les indifferents

 

Une sacrée claque ce roman. Une écriture vive et fraiche pour un scénario glaçant. Un dénouement qui te gifle comme une vague frappant la rive. Un page turner magistral. Rien que ça.

"Je n'ai jamais fait partie d'un groupe. Je préfère les amitiés seules. Les murmures, les gestes dans le noir, les aveux courts. Le groupe, je ne suis pas taillé pour. Je ne crois pas aux idéologies, aux foules organisées, aux amen scandés docilement qui s'enracinent dans les têtes. Mon corps est athée. Avec Théo, Léonard et Daisy, on forme un clan pourtant. On vit de façon fusionnelle depuis quatre ans. Il y a des rituels, des processions, nos yeux ressemblent à des mots d'amour. Chez nous, la vie de groupe est devenue une seconde nature. Jamais de heurt et de chardon. On grandit et on s'aime à en crever. Je suis devenue croyante. Mais depuis l'arrivée de Milo, le groupe perd la foi. Cela a surgi vite, comme une embardée. Peu à peu, on enfreint les règles. On se dégrade. C'est ma faute peut-être. On devient égoïste. On s'évite et on cogne. Les uns font du mal aux autres. Les autres préparent leur vengeance. C'est la loi. La société jusqu'au bout. C'est la vie et la mort d'une bande. "

Le bassin d'Arcachon. Le Cap Ferret. Justine y a débarqué d'Alsace avec sa mère, recrutée pour faire la comptabilité d'un notable du coin. Théo, le fils du notable, introduit Justine dans son cerle d'amis. Après un traditionnel bizutage, elle fait partie de la bande et vit avec ses membres de très belles heures. Jusqu'au drame sur la plage. 

"Nous, on nous appelle les indifférents. Ceux qui restent entre eux. Les gens à distance. Indifférents aux autres. C'est notre business."

On sait dès le début qu'il s'est passé quelque chose de grave, que la bande a dépassé les limites, que le groupe est devenu meurtrier. On découvre petit à petit ce qu'il s'est passé. Et le fin mot de l'histoire coupe le souffle. 

"Les bourgeois on les abrite. On les immunise contre le danger. Mais est ce qu'on les juge ? "

Les privilégiés et les autres. Deux mondes qui ne peuvent pas cohabiter. Et quand ils le font, cela dégénère. 

C'est un coup de coeur pour la rousse bouquine. Pour moi aussi. Il est impossible de refermer le livre une fois ouvert.

Et le billet de MR K du blog Le capharnaüm éclairé est le reflet fidèle des émotions qui m'ont traversée pendant la lecture. 

"J'éteins le téléphone d'un mouvement raide en pensant à ma mère, à nous, aux amoureuses. A nous, les fragiles, qui se prélassent seules sur le sable. Les affolées, les rêveuses, les tirées d'affaire, les émues, les vulnérables. A toutes celles, comme ma mère et moi, qui croient éperdument au miracle. " page 324. 

Et Julien est doué pour brosser des portraits :  "Daisy est une contradiction. Douce et volubile, bavarde et mutique, pleine d'élan et de retenue. Face à elle, j'ai du mal à composer. Sa voix porte comme une alarme. Elle aime mettre des expressions américaines dans ses phrases pour montrer qu'elle est de là-bas, you know. Daisy porte des vetes outrancières qui disent, barre-toi de mon chemin. Elle n'a jamais peur de rien et c'est beau à voir. Comme Léonard, il y a quelque chose de cassé en elle. Une manie de traverser les routes sans regarder, de frôler les camions et de rire au nez des gens quand ils sont en colère. Mais elle est affectueuse. Tactile, à la limite de vous embarasser. Parfois, sans raison, elle tire la tronche. On ne sait pas ce qu'elle a. Léonard la supplie de dire quelque chose mais elle fait la gueule. Elle rentre chez elle en frappant du pied. Par frustration, Léonard la surnomme l'Alien. Une fille tellement jolie en apparence mais que, si on lui cisaillait le ventre, on découvrirait un moteur visqueux et des boyaux violets. "