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Depuis que j'ai cessé mon activité pour cause d'actif insuffisant pour faire face au passif, je vis quelques insomnies. Alors je lis en regardant amoureusement mon bébé qui dort juste à côté. C'est Sarah qui m'a glissée ce roman là entre les mains. Si ça n'est pas le coup de coeur annoncé en couverture, je l'ai tout de même beaucoup aimé. 

Nathalie enseigne la littérature à des classes de terminales au Lycée Montaigne à Paris. Son mari, Nathan, est architecte. Elise, leur fille ainée, étudie la photographie à Arles et Guillaume, son frère, vient d'obtenir son bac.

Nathalie suffoque et étouffe, la ville la bouffe.  Il est urgent de partir. 

"Résister, c'est souvent étouffer sa sensibilité, s'endurcir, jusqu'au jour où l'armure craque". Page 18

Le couple découvre Uzès au mois de janvier et tombe sous le charme. "Il est facile d'avoir un coup de foudre pour Uzès en hiver, attablés à une terrasse devant une tartine de chèvre arrosée d'huile d'olive."

J'y ai passé une journée il y a 5 ans et en garde un souvenir flou mais positif. Au coeur de la ville, la place aux herbes où se tient le marché. La librairie de cette place est en vente. "J'ai tellement d'amis qui ont fait le rêve d'avoir une librairie comme d'autres font celui d'une chambre d'hôtes. Ce sont des rêves protecteurs, des rêves en forme de fuite parfois... Se mettre à l'abri des livres ou de grands murs...Je pense que les livres ouvrent davantage d'horizons que les grands murs." page 25

Page 26 " je dois beaucoup à mes lectures. Ce sont elles qui m'ont fait grandir et choisir mon chemin, qui m'ont permis de ne pas voir le monde qu'avec mes seules lunettes mais aussi avec le point de vue de ceux qui m'ont ouverte à d'autres univers, d'autres époques. Je ne me suis jamais sentie si proche de moi-même qu'en lisant les mots des autres. Tous ces autres qui m'ont rejointe dans mon intimité l'ont fait avec pudeur et sans rien juger de mes ressentis. Ils ne me connaissent pas mais c'est bien au frottement de leurs phrases que j'ai découvert qui je suis. J'ai pleuré avec eux autant que j'ai ri."

Nathalie dit avoir hérité ça de son père, je tiens quant à moi cette passion des livres et de la lecture de ma maman. 

Au fil des chapitres de ce roman, Nathalie nous présente des clients marquants qui ont fait naitre chez elle de sacrées reflexions sur notre societé et sur sa vie. Comme dit la 4ème de couverture, elle se fait tour à tour confidente, guide et médiatrice pour tous ces clients qui vont trouver grâce à elle et aux livres qu'elle leur conseille, des réponses à leurs questions. 

On rencontre d'abord Cloé dont la mère choisit les lectures. "Stendhal, Balzac, Hugo et consorts ont pris une telle place qu'ils sont considérés comme un péage intellectuel obligatoire pour l'apprenti lecteur (...) avec ces parcours imposés lors de notre scolarité, bien des adultes garderont ensuite longtemps une résistance à ouvrir, par plaisir, un livre classique. "

J'aime le passage où elle évoque les romans fleuves comme celui de Proust A la recherche du temps perdu. Le lire c'est accepter "de prendre le temps d'être infusé par les mots." "Prendre e temps de lire n'est pas seulement tourner page après page, mais prendre le temps des mots. (...) Accepter de les déposer, comme on laisse reposer une pâte à crêpe, et de les reprendre ensuite". page 39

Comme Nathalie, j'ai des tas de carnets contenant les citations des livres que j'ai lus et qui me rappellent ce par quoi j'ai pu passer. 

"Et n'oubliez jamais que la lecture d'un livre n'est pas un devoir et que l'abandonner au bout d'une cinquantaine de pags barbantes n'est pas un sacrilège mais un impératif". Page 43

"J'aime les auteurs qui savent donner des odeurs à leurs histoires, ceux dont les mots peuvent frôler ma peau ou s'y poser lourdement". "C'est un bon exercice que de chercher la couleur dominante d'un livre, son odeur, son bruit..." page 48

Nathalie partage cet amour de la lecture avec sa fille "les livres étaient des témoins que je lui passais, avec la certitude qu'ils seraient autant de jardins où cueillir des fleurs pour nourrir son imaginaire mais aussi pour inspirer sa propre histoire.". Page 54

"Lorsque nous croisons la trajectoire d'un livre, c'est que nous avons rendez vous. Qu'il était temps que la rencontre ait lieu. Quand nous parlons d'un livre, ce n'est pas seulement de ce que nous avons lu que nous parlons, mais de nous-mêmes. C'est d'abord vrai de l'écrivain. Même la fiction la plus improbable raconte quelque chose de son auteur, mais il intervient ensuite une mise en abyme entre son histoire et la nôtre. "page 57

On rencontre ensuite Jacques. Un pélerin sur le chemin de St Jacques de Compostelle direction le Mont St Michel. Il profite d'un repos forcé pour cause de douleur au mollet pour lire à Uzès et échanger avec Nathalie à chaque visite à la librairie. Son histoire n'est pas légère. J'aime sa définition de la sérénité : "Simplement apprécier ce que l'on a, sans pleurer sur ce que l'on a perdu ou rêver de ce que l'on n'a pas encore." page 76

"Les livres sont comme des épices, ils relèvent nos jours, non pas en nous renvoyant à notre condition ordinaire mais en nous permettant de souligner combien chacun peut trouver dabs sa vieun espace où développer son désir de joie, d'amour, de paix d'aventure. A l'image de ceux qui sont capabkes d'identifier quelle rencontre a changé leur vie, avec un peu de réflexion, il est aisé de lister les livres qui ont été des repères, comme des cairns sur notre chemins. Parfois repères rassurants sur un sentier où l'on se croyait égar, d'autres fois invitations à changer d'orientation, voire à effectuer une coversion." page 83

Philippe est le troisième personnage que l'on rencontre. Il voyage sans cesse, beaucoup, beaucoup trop.

"En réduisant le temps de nos trajets, en annulant celui de la recherche d'une infirmation, en multipliant les écrans qui nous attirent et nous relient au monde entier, nous avons fait naître un humain hyper connecté sauf à lui-même." page 111

Leïla, c'est l'éleveuse de chèvres et fromagère qui apprend à lire avec Nathalie. 

"Je mesurais tous les jours combien la lecture offre la plus belle évasion, même à celui qui ne quitte jamais son territoire." page 139 "il m'est arrivé souvent que la lecture d'un livre me donne la clairvoyance nécessaire pour exprimer ce que je pensais."

Bastien, Tarik, Soeur Véronika, Arthur, Solange, Nathalie le reconnait "tous les échanges qui se sont développés grâce à la librairie m'ont bien aidée " et notamment à comprendre sa relation compliquée avec son ado de fille. 

" Quand on admet que réussir l'education d'un enfant c'est surtout lui permettre de choisir librement son propre chemin pour être heureux, on a franchi une vraie étape qui remet bien des choses à leur place."

"Je dois beaucoup à ceux qui viennent à la librairie car ils m'apportent l'air du large et, par procuration, m'emmènent ailleurs, au bout du monde ou à la découverte de tous ces plis de l'âme humaine que je n'aurai jamais fini d'explorer. " page 276. 

J'ai corné tellement de pages de ce livre dont de nombreux passages ont alimenté ma propre reflexion que je vous invite à le lire. 

Merci Sarah ! J'ai noté quelques titres de livres à lire conseillés par Nathalie. 

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