Les facéties de Lucie

27 août 2018

Linea nigra de Sophie Adriansen

linea negra 

Linéa Nigra ou le pavé (493 pages tout de même) que j'ai dévoré à la vitesse de la lumière en décembre dernier. Je l'ai refermé avec les mêmes peur et envie mêlées de faire un enfant qu'avant de l'ouvrir.

La narratrice, Stéhanie, 32 ans, conciente que la fertilité diminue avec l'âge, en couple depuis peu avec Luc, sans vivre encore avec lui, pèse le pour et le contre d'avoir un enfant. Elle en conclut que ok, ils le feront, mais pas sans césarienne. 

Avant d'être enceinte c'était olives vertes et reuilly, amandes grillées et blanc de Loire quand il y avait réunion d'urgence avec son amie Méredith, c'est devenu noix de cajou et diabolo violette.

Au fond de Stéphanie, la blessure laissée par les vaines tentatives d'enfanter avec Guillaume (le syndrôme de la vitre étoilée), des peurs et notamment celle de tomber sur un corps médical qui ne soit pas bienveillant (les bouchers qu'elle a entendu discuter dans le train). Elle lit, se documente, imagine mais rien ne va se passer comme elle le rêvait. 

Sophie Adriansen aborde tout sur la grossesse et l'accouchement sans tabou au travers de l'histoire de sa narratrice. Et c'est une lecture qui a certainement participé à l'arrêt de mon contraceptif un mois après... 

Posté par lulu38 à 12:17 - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,


17 juillet 2018

Tant bien que mal, Arnaud Dudek. Un livre qui laisse sans voix.

tant bien que mal

 

Des chapitres courts d'une page ou deux. Pour heurter. Marquer. Gagné. 

Un enfant de 7 ans bourrés de tocs qui reproduit des rituels pour éviter que le mauvais scénario ne se reproduise. 

Vingt trois ans plus tard. L'enfant est devenu homme et écrivain d'histoires de monstres pour enfant. Il a un mal de chien à prendre la moindre décision. Il peine à être heureux.

Il retrouve le salaud, l'homme à la ford, qui a brisé son enfance, sa vie. Il lave le linge sale, il tient pressing. 

Dans un aller retour maitrisé entre présent et passé, l'auteur donne à lire la culpabilité de s'être fait avoir, de ne pas s'être assez méfié, de ne pas avoir parlé de suite et l'envie de se venger sans savoir comment blesser son bourreau autant qu'on l'a été. 

Un roman qui laisse sans voix. 

"Quand j'ai laché le point final de ce livre, j'ai tangué un peu, j'étais ivre. Peut être que vous tanguerez aussi. Peut être que nous tanguerons ensemble. Mais c'est une belle ivresse, la littérature. "page 91

"Avec le temps, nous ne sommes plus les mêmes. Lorsque nous regardons en arrière, nous nous reconnaissons à moitié, tandis que l'autre moitié nous laisse généralement perplexes. " page 66

 

Posté par lulu38 à 08:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

16 juillet 2018

Le ciel est partout de Luke Allmutt. Waou, un sacré premier roman !!!

le ciel est à nous

"Dans tous les livres sur la grossesse que j'avais lu, on prévenait qu'il me faudrait du temps pour développer une relation intime avec mon enfant, contrairement à Anna pour qui l'attachement serait immédiat. Et tous, ils se trompaient. Car ce lien, je l'ai ressenti instantanément, comme une décharge électrique qui m'a saisi la colonne vertébrale, la certitude soudaine que toute ma vie, toute mon histoire venait de prendre enfin sens. Quoi, nous, nous avions crée cette créature minuscule, ce machin qui faisait des bruits d'oiseau ? Non, Impossible... Nous, nous avions crée une nouvelle personne, un être humain avec des doigts, des orteils, un cerveau, une âme ?" page 88 de ce roman splendide. Le sujet est pourtant dur : un enfant de même pas 10 ans atteint d'une vilaine tumeur au cerveau.

Ce roman se situe en Angleterre, on y tartine de la Marmite dans les sandwichs (pâte à tartiner à base de levure de bière) et c'est Rob dont on fait la connaissance en premier. Rob semble noyer un lourd chagrin dans l'alcool et alimente un curieux blog avec des photos de ciel. On comprend peu à peu de quoi il s'agit grâce à un retour dans le passé. On rencontre alors Anna, cartésienne pragmatique, une femme qui marchait "toujours avec une espèce de résolution exagérée, comme si elle était en retard à un rendez vous important". Elle a l'élocution et l'attitude d'une héroîne d'Enid Blyton, "un rien chichiteuse, un poil sainte Nitouche". Ils viennent de milieux complètements différents, lui des quartiers pauvres, elle des riches. Ils ont mené un vrai combat pour créer leur famille et ont mis la même énergie pour éviter qu'elle n'éclate à cause de la maladie. Chacun y a réagi avec sa façon de voir la vie, Anna en faisant preuve d'une résignation réaliste, Rob d'un naif optimisme. Elle fait confiance aux médecins quand lui cède aux sirènes de traitements experimentaux dont les mérites sont vantés sur les forums internet. 

Je vous recommande ce roman excellement traduit de l'anglais par Sophie Bigot. Foncez sans avoir peur de ce que vous allez lire.

Pour une fois je vous cite la quatrième de couverture si juste : "Dans ce voyage jusqu'au bout de la peine et de l'acceptation, c'est pourtant la beauté de la vie qu'il nous donne à voir au travers d'une écriture hyperréaliste profondément émouvante."

"Tu crois toujours que tout va finir par s'arranger, a-t-elle dit avec un demi-sourire. - Oui. C'est mieux que de croire que tout va finir par merder, non ?" page 162

"Les souvenirs c'était comme du cartilage, ça résistait à tout, ça ne se laissait pas briser". page 253. 

"C'est comme ça l'alcool fiston : ça te donne l'impression que tu tiens le monde dans ta main, mais en réalité c'est le monde qui t'écrase dans son poing". page 373

"Parce que c'était possible en rêve alors c'était possible tout court. C'etait ce que me répétait mon père." page 254. 

Posté par lulu38 à 12:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

31 mai 2018

Comment j'écris. Leïla Slimani.

leila 

J'avoue, en 2016 j'étais passée à côté de "chanson douce" et de son auteure qui a reçu pour ce roman le prix Goncourt. Madeline m'a glissé "Comment j'écris" entre les mains et cette conversation entre Leïla Slimani et Eric Fottorino m'a non seulement donnée une furieuse envie de le lire, mais également de fréquenter à nouveau un atelier d'écriture. 

Leïla et Eric évoque la manière dont elle écrit, ce qui nourrit son imaginaire "boursouflé" depuis l'enfance, comment elle a intégré les conseils précieux délivrés en atelier d'écriture pour camper des personnages sans forcément les décrire et créer une ambiance sans tout dire au lecteur auquel elle fait éminement confiance. 

J'ai relevé des tas de passages et j'ai beaucoup pensé à Sophie Anne, Viviane et Sonia David, mes coachs d'écritures qui me manquent tant. Je me souviendrai toujours de la manière dont Viviane m'invitait à raboter mes textes quand j'en disais beaucoup trop. "Laisse de la place au lecteur"

A ceux qui ont tenté l'écriture, lisez le. Quant aux autres, lisez le aussi. 

Merci Madeline !

"Je crois que ce qui est important dans l'écriture, comme dans tout processus de création, c'est que cela demande un mélange à la fois d'orgueil, parce qu'il faut croire un minimum en soi, et surtout de très, très grande modestie. C'est à dire d'accepter qu'on s'est planté, que ce n'est pas bon, que cette fois ce n'est pas bien, que cette fois on a échoué et donc être capable d'entendre ce que l'autre a à vous dire de votre texte, ce ce que vous écrivez." page 36

"On n'écrit pas pour rien, les situations, on ne les crée pas pour rien, on jette des petits caillous, et à la fin, il faut que tout cela prenne sens." 

Posté par lulu38 à 20:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

21 mai 2018

Petits secrets, grands mensonges de Liane Moriarty. Prenant.

LIANE

Ce roman est prenant. Preuve en est que je l'ai commencé il y a un mois, que je me suis souvent endormi en pleine lecture et que j'ai lu un autre livre entre temps, sans jamais perdre le fil. C'est fort. 

En même temps l'histoire l'est, forte. On sait dès le début que quelqu'un est mort lors du quiz organisé par l'école. Mais on ignore qui, pourquoi et comment.

On s'attache à Jane, Céleste et Madeline, mères de famille aux secrets bien gardés, on déteste le gang des serre- tête qui juge et médit. On rêve de déguster un muffin offert par Tom au café le Blue Blues. Les masques tombent et les voiles se lèvent au fil des chapitres. On comprend peu à peu ce qui sous tend les comportements des adultes et des enfants. Et cela fait froid dans le dos.

Bref, j'ai adoré ce livre. Merci Sarah !!!

Je serai curieuse de visionner Big little Lies la miniserie qui s'est inspirée de ce roman. 

Bravo à Beatrice Taupeau pour la traduction. 

extraits : " L'idée qu'envoyer son enfant à l'école serait comme y retourner elle-même ne lui avait jamais effleuré l'esprit." page 162

"les parents sont en effet enclins à se juger les uns les autres. J'ignore pourquoi. Peut être parce que aucun de nous ne sait vraiment ce qu'il fait". page 149

"Jane sentait que quelque chose n'allait pas. les singes étaient là - des têtes qui se tournaient discrètement, des sourires qui ne montaient pas jusque dans les yeux, le vent du jugement, léger mais présent. " page 202

"Force était de constater qu'en marchant, on pouvait confier des choses qu'on n'aurait probablement pas partagées s'il avait fallu soutenir le regard de l'autre autour d'une table."

Posté par lulu38 à 14:35 - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,


07 mai 2018

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi de Laurent Gounelle. Passionnant.

gounelle 

J'ai dévoré le dernier roman de Laurent Gounelle dont j'attendais impatiemment la sortie en poche. J'en ai carrément laissé tomber ma lecture en cours (le Liane Moriarty, "petits secrets, grands mensonges"). 

Ce livre est passionnant. Alice travaille dans une agence de communication et est spécialisée dans la communication de crise. Quand ses parents lui disent que son ami d'enfance, Jérémie, devenu curé à Cluny en Bourgogne, ne va pas bien, elle décide de lui venir en aide.

Il déprime de ne pas parvenir à mobiliser davantage de fidèles dans son Eglise qui est bien vide chaque dimanche. Alice lui propose de l'aider à revoir sa "stratégie marketting". L'indécrottable athée qu'elle est, prend sa mission à coeur et lit la Bible dans son intégralité. Elle interroge des grands spécialistes, confronte les idées de Lao-Tseu et Jésus. Tout est bon pour identifier un message qui soit plus moderne, accessible et attractif. Y compris emmener Jérémie suivre la grande messe du pape du développement personnel : Toby Collins. Elle tente d'instiller les méthodes de son gourou de la confiance en soi dans les prêches de son ami jusqu'à remplacer le protocole rigide de la confession par une sorte de coaching moderne. Pour Alice, il appartient à Jéremie de montrer à ces concitoyens comment les messages de la Bible peuvent les aider à vivre.

J'ai corné des tas de pages, beaucoup d'extraits sont à relire. Notamment ceux qui abordent l'égo qui nous empêche d'accéder à l'eveil. 

Je vous recommande chaudement cette lecture qui fait réflechir. Elle a captivé la non croyante que je suis. A chaque baptême auquel j'assiste, je reste hermétique au bla-bla des hommes d'Eglise. J'ai adoré cette tentative de dépoussiérer le rituel catholique et le crossover avec le développement personnel.

Et si Dieu se trouvait en chacun de nous ? 

Extraits :

page 41 : le malaise ressenti comme à chaque fois à l'entrée dans l'Eglise , ce sentiment désagréable de ne pas être à sa place, et ce conflit interne : faire le signe de croix et le vivre comme une simagrée hypocrite ou ne pas le faire et se sentir jugée comme une impie. 

page 68 : l'arrogance et la dévalorisation sont les deux faces d'une même pièce, car celui qui jouit d'une réelle estime de soi n'éprouve pas le besoin d'affirmer sa valeur aux autres. 

page 172 : on gagne à se libérer des attachements de l'égo. Votre égo s'attache à tout ce qui le valorise mais qui n'est pas vous : les rôles que vous jouez, les belles choses que vous possédez, vos attributs les plus flatteurs et vos putains de succès. 

page 242 : plus on cultive son image, plus on etouffe son être. 

page 175 : Le désir dans les spiritualités orientales renvoie à l'égo : c'est l'égo qui désire un objet, une promotion, plus d'argent ou je ne sais quoi encore. Parce qu'avec l'objet du désir, l'égo ambitionne toujours de se renforcer, se valoriser. A travers ce qu'on désire,on cherche inconsciemment à accroître notre identité ou plutôt notre sentiment d'identité. Il faut dire quon tend à être confus sur qui on est, donc on ne sait pas trop comment être plus soi-même. On désire alors des choses pour tenter d'éxister un peu plus grâce à elles. Quand vous désirez un vêtement, une voiture ou n'importe quoi d'autre, vous croyez inconsciemment que ce vêtement, cette voiture va ajouter quelque chose à qui vous êtes, va vous rendre spécial, intéressant, va vous apporter de la valeur. Bref, va renforcer votre identité. C'est une illusion, bien sûr, et les spiritualités orientales comme le taoïsme, le bouddhisme ou l'Hindouisme invitent à se libérer des désirs (...) ça vire à l'escalavage. Comme le désir est basée sur une illusion, renforcer votre didentité, l'objet du désir n'apporte pas ce qui est recherché, donc c'est une quête sans fin : vous désirez sans cesse de nouvelles choses qui ne vous apportent jamais ce que vous recherchez. "

page 214: Vos traditions, ce sont des discours et des rituels imaginées à une époque reculée comme le meilleur moyen de transmettre les messages aux gens. Mais l'époque a changé, les gens ont évoulé, et vos traditions devraient rester immuables ? Il y a deux mille ans, la science était à l'état larvaire, personne ne comprenait l'univers, les gens étaient pétris de peur, de supersititions et de croyances stupides. Il suffisait peut être d'ajouter de nouvelles croyances pour qu'ils vous suivent, les êtres humains ayant besoin de sens. Pas aujourd'hui : les gens sont intelligents, cultivés, et plus personne ne peut croire des sornettes. On a besoin de comprendre. Il faut expliciter les choses et aussi les faire experimenter par les gens. 

page 295 : Aimer, c'est déja s'aimer soi-même. S'aimer nous donne la force de ne pas être bléssé par les piques décochées par l'égo des autres, et de ne pas les laisser activer le nôtre en retour. Aimer, c'est aimer l'autre en parvenant à discerner la personne derrière un égo parfois déplaisant, et voir ce dernier se dissoudre. Aimer, c'est trouver la force de parvenir à aimer ses ennemis, et les transformer en alliés. Aimer, c'est aimer la vie malgrè les tracas et les coups durs, et découvrir qu'ils ne sont que les outils de notre lâcher-prise, de notre évolution, de notre éveil. L'amour est la clé de tout. Le secret du monde. 

page 182 : Le chrisitanisme est une religion dualiste : Dieu est vu comme un être tout-puissant, à qui le croyant s'adresse, qu'il adore, qu'il implore, à qui il demande pardon...Le chrétien croit que la dévotion le libérera après la mort. Le bouddhiste, l'hindou ou le taoïste croit que la Connaissance peut le libérer maintenant, de son vivant. (...) Le chrétien croit en l'existence du Paradis, de l'enfer, comme des lieux réels où il ira un jour. Les hindous savent que tout est en nous, tout : le Paradis, l'enfer, Dieu. 

Page 183 : puisque notre état de conscience ordinaire ne nous permet pas de réaliser notre nature divine, nous ressentons un certain flou sur qui nous sommes, et c'est angoissant. Nous avons peur de ne pas exister assez, de ne pas avoir de valeur. C'est là que nous nous créon une fausse identité rassurante : notre égo. Or plus on developpe cette fausse identité, plus on s'éloigne de sa vraie nature, sa nature divine. Et plus on est alors malheureux : vivre dans l'égo, c'est vivre l'enfer. (...) notre égo veut que l'on soit unique, pour avoir une existence propre, indépendante, et pour se sentir unique il faut se sentir différent. Donc l'égo nous sépare des autres... et nous éloigne de plus en plus de notre vraie nature, qui au contraire tend à l'union, à l'unité. S'il le faut notre égo peut pousser certains dentre nous à l'opposition, au conflit, à la division...Mon égo ne veut pas voir l'unité, il veut de la dualité. Certaines personnes ont besoin de conflits pour se sentir exister ! (...) le diable aussi est en nous. 

 

Posté par lulu38 à 17:31 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

26 avril 2018

Quand je vous parle enfin de mes dernières lectures...

Chaque fois que je termine un roman, je me dis : écris ton billet à chaud sinon tu ne vas conserver qu'un sentiment diffus intransmissible. Mais le temps passe si vite quand on travaill 70 H par semaine...

Alors je vous livre tout en vrac : les romans qui me sont tombés des mains et ceux qui m'ont charmée. 

Impossible de vous glisser une photo, canalblog fait de la résistance, dommaaaaaage. Si vous êtes visuelles comme moi, restez, y a pas d'image mais j'ai fait synthétique

Me sont tombés des mains : 

  • Eparse de Lisa Balavoine. Pas d'accroche, pas le moment peut être. Pas fan des fragments. 
  • Les furies de Lauren Groff. Pas du tout bien dans cet univers. 
  • Que ta volonté soit faite de Maxime Chattam. Trop malsain, glauque. 
  • La bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina Bivald. Trop nunuche. 
  • Des phrases courtes, ma cherie de Pierrette Fleutiaux. Il m'a parlé beaucoup, beaucoup trop. Quand nos parents vieillissent...Suis pas encore prête. 

M'a plus que charmée

  • La beauté des jours. Claudie Gallay. Un bijou ce roman. Jeanne voit sa vie bien rangée bouleversée par le retour d'un amour de jeunesse. J'avais découvert Pina Baush dans le roman de Julien Dufresne-Lamy, ici c'est l'artiste Marina Abramovic dont les performances bousculent et fascinent Jeanne. 

extraits : "Les surprises, c'est du vent dans la vie". page 277

"Une vie ne suffit pas. Jeanne aurait voulu en avoir plusieurs, pour vivre tous les choix qu'elle n'aura pas faits, toutes les directions qu'elle n'aura pas prises."

Deux formats courts à lire d'une traite et qui scotchent

  • Une fille de... de Jo Witek. Un format court qui sied bien à la plume alerte de l'auteure. La narratrice qui court ? La fille d'une prosituée Ukrainienne. "Courir pour que mon corps n'appartienne qu'à moi". Une lecture qui marque. 
  • Boom de Julien Dufresne Lamy. Même collection qu'Une fille de...Seulement 100 pages pour décrire une amitié adolescente fauchée par le terrorisme. 

Ceux qui touchent et font rire

  • In utero de Julien Blanc-Gras. Le journal de grossesse d'un père. A glisser entre toutes les mains. 
  • Celle qui a dit fuck de Anne Sophie Lesage et Fanny Lesage. Pour toutes les hypersensibles, overthinker, hypercérebrales qui se prennent la tête pour tout, culpabilisent pour un rien, se dévalorisent, anticipent les soucis, vivent pour les autres et se diminuent sans cesse. 

Posté par lulu38 à 19:03 - Commentaires [6] - Permalien [#]

27 mars 2018

Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher

ces jours

 

Je rêvais de découvrir cette bande dessinée de Timothé le Boucher, Price Minister me l'a envoyée dans le cadre de l'opération la BD fait son festival

L'histoire est dingue : Lubin agé d'une vingtaine d'années tombe sur la tête lors d'une répétition de danse acrobatique. Dès lors, sa vie bascule dans un drôle de rythme : lorsqu'il se révéille le matin, il s'aperçoit qu'il s'est écoulé un jour entier sans lui.

Le phénomène empire : il se fait virer du supermarché qui l'embauchait en tant que caissier et se fait remplacer dans sa troupe de danse tant ses absences se font de plus en plus longues. Il comprend très vite que les jours qu'il ne vit pas, c'est une autre version de lui qui les investit.

Le psy qu'il rencontre lui conseille de rentrer en contact avec ce jumeau maléfique en lui adressant des messages videos. Le mal empire, le double est son exact opposé : maniaque et business man, quand Lubin est un artiste rêveur et bordélique. Lubin tente de déjouer les plans de son double parfait et ce combat dure des années. 

 

Si j'ai bien accroché aux 3/4 de cette bd à la thématique originale, j'avoue que j'ai moins adhéré au dernier quart par trop de fantastique dans les notes finales de ce récit. J'en garde toutefois un souvenir plus qu'agréable et des réflexions sur la manière dont notre cerveau peut réagir face à un évènement traumatique. Le black out est parfois salutaire pour continuer à vivre coûte que coûte.

Un grand Merci à Price Minister ! Et puisqu'il faut la noter sur 20 je mettrai un 14. 

Foncez vous procurer cette BD originale ici.  

Extraits en image : 

pas de tant pis

Posté par lulu38 à 19:02 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

19 mars 2018

La fissure de Jean Paul Didierlaurent, la splendide découverte.

FullSizeRender-4 

C'est grâce à Madeline que j'ai eu la chance de dévorer cette pépite. Je n'ai pas lu le Liseur du 6h27, le précédent roman de cet auteur. Je l'ai vu passer sur la blogo sans qu'il ne retienne mon attention. Je vais désormais me le procurer pour retrouver la plume alerte, drôle et tendre de Jean-Paul Didierlaurent. 

Pitoyable représentant de commerce en objets statutaires à vocation décorative extérieure, voilà comment se voit Xavier Berthoux après avoir découvert une fissure sur le mur de sa résidence secondaire. Dès lors il ne pense plus qu'à ça, arracher la vigne qui la camoufle; colmater cette brèche, en venir à bout, quitte à perdre pied. Il se contrefiche des ventes de nains de jardin de piètre qualité depuis que leur fabrication a été délocalisée en Chine, il est obsédée par ce trait épais qui fend sa maison en deux. Sa quête de perfection va le mener aux confins de la folie, aux antipodes peut on précisément dire, avec pour compagnon de voyage un nain de jardin collector qui lui tient le crachoir et l'encourage à suivre les signes pour accomplir son destin. 

Je ne vous en dis pas plus au risque de vous gâcher le plaisir de lecture. Il a pour moi était immense en raison de la construction "sans faille" du roman et de cette écriture singulière. On s'attache, on lit d'une traite. On est heureux du chemin parcouru par cet homme et on s'interroge un peu sur le nôtre. Elle est belle cette histoire. 

Merci Madeline !!!

Extraits 

"Avec le temps, la sellerie de sa voiture de société s'était avachie, accueillant son corps tel un vieux gant de base-ball sa balle de cuir. " page 41

"Les hommes ont tous une fissure quelque part qui les attend, une fissure bien à eux, aussi unique et personnelle que leur ADN. Et si la plupart des gens passent leur vie sans jamais tomber dessus, il arrive que de petits veinards comme toi se retrouvent un beau matin nez à nez avec leur faille et se mettent à gamberger, à remettre tout en cause, à se poser enfin les bonnes questions auxquelles il leur faut soudain trouver des réponses." page 197

"ça le saisit comme une fringale. Une envie soudaine d'exercice physique, un besoin viscéral de s'abrutir par le gaste avant que la pensée obscurcisse tout. Nécessité de bouger, d'occuper coûte que coûte son temps pour sortir de cette hébétude avant qu'elle n'engourdisse totalement son esprit. " page 282

 

Posté par lulu38 à 16:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 mars 2018

Saut en hauteur. Une photo, quelques mots n°298.

jumping

 

Dans le bus, et toute la journée d'une salle de cours à l'autre, trainer un sac supplémentaire. A l'heure dite, traverser le passage clouté pour atteindre le gymnase. Enfiler le jogging glacé, les baskets, changer de tee-shirt. Garder son pull torsadé beige, il fait trop froid. Quelqu'un est il allé récupérer le filets de ballon de hand et les chasubles qui sentent la transpiration ? Non, pas la peine, aujourd'hui c'est saut en hauteur. Tout ce que je déteste. Des sauts d'essai pour trouver son pied d'appel. Je n'ai toujours pas trouvé le mien. Qu'importe le coté par lequel j'engage mon corps, il me semble être un sac de plomb, je ne prends pas de hauteur. Je fais tomber la barre, au mieux la touche du pied.

Et puis, arrive le temps de la fac. Plus de sport obligatoire. Il est proposé en option que je ne prends évidemment pas. Et je deviens elève Erasmus. Autrement dit je pars en Australie. Six mois. Je vis dans une ferme. Je m'occupe des bêtes et des champs. J'améliore mon anglais. Et sans le vouloir mon niveau en sport. Une fin de journée de Mars, je suis chargé de faire le tour des terres pour vérifier les clôtures. J'ai le vent de coté, il souffle dans mon oreille gauche. La droite perçoit le bruit sourd d'un galop sur la terre qui a manqué d'eau cet hiver. C'est un fucking taureau, j'ai dû me tromper de patûre. Il me fonce dessus. L'adrénaline me donne des ailes il faut croire. Sur l'image capturée par mon ami Victor, on dirait que j'ai fait ça toute ma vie. Une main en appui sur le bois, les deux jambes propulsées vers le haut, je franchis la barrière sans difficulté. Je devrai l'envoyer à mon prof de sport de collège, il n'en croirait pas ses yeux. 

Pour lire les textes des autres, c'est par là

Posté par lulu38 à 19:57 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags :