Les facéties de Lucie

12 décembre 2017

Juste quelqu'un de bien d'Angéla Morelli. A glisser sous tous les sapins.

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Le teasing était fabuleux, le livre est à la hauteur. 

Un gros coup de coeur !

"- Je trouve juste que la vie est injuste. 

- Elle l'est. Injuste. Terrible. Mais aussi excitante et magnifique. Et courte, ma chérie, terrbilement courte. Nous n'avons pas de temps à perdre avec les regrets et les remords." page 219.

Une chose est sûre, Bérénice ne regrettera pas d'avoir quitter son "vrai travail" pour devenir écrivain. Elle a plusieurs romans publiés à son actif. Pourtant, quand on la rencontre en ouvrant ce roman, elle a le syndrome de la page blanche. Panne sèche aussi dans son coeur. Des amants en pagaille mais aucun qui ne la fasse palpiter. 

Pour relancer sa vie amoureuse et sa plume, Bérénice doit affronter son passé pour comprendre son rapport aux hommes. 

Et toi lectrice, quand tu commences ce roman, tu as une seule envie : ne plus le lâcher et qu'il ne s'arrête jamais. Droguée tu deviens. Addict. 

Grand merci Angéla. Elle fait du bien ton histoire. 

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07 décembre 2017

Premier billet de rattrapage qui contient un coup de coeur à offrir pour Noël.

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clafoutis

Je passe 70 h par semaine sur mon lieu de travail et encore un poignée d'heures à chercher de nouvelles recettes et classer mes papiers. Ceux qui suivent mon facebook ou mon instagram voient passer des photos de livres et me demandent souvent comment je fais pour lire autant. Je ne lis pas tant que ça en réalité. Je m'endors au bout de deux paragraphes, ne parviens souvent pas à ouvrir le moindre roman. Alors une fois que je suis allée au bout d'une histoire, venir vous écrire ici mon ressenti, c'est mission impossible. 

Ce soir je le tente et vous parle de deux romans. 

  • J'ai lu le premier d'une traite à la faveur d'une coloscopie paternelle. Un hall d'attente de clinique dromoise, un siège qui grince, deux capuccinos et deux napolitains, 3 heures d'attente, voilà comment j'ai avalé Summer de Monica Sabolo. D'abord ravie par la plume au point de photographier de nombreux passages, je suis passée par des phases d'ennui qui auraient eu raison de ma motivation si j'avais eu un autre roman dans le sac à main. 

Benjamin, le narrateur, ne se remet pas de la disparition de sa lolita de soeur 25 ans plus tôt. Et il s'englue tellement dans ses souvenirs qu'il a bien failli me faire râter le dénouement. Deux mois après lecture je ne sais plus si j'en recommande la lecture, c'est triste cette histoire. Merci quand même à Gaëlle pour le prêt. 

Des extraits : "où sont les êtres que l'on a perdus ? Peut être vivent-ils dans les limbes ou à l'intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l'intéreur de nos corps, ils inspirent l'air que nous inspirons. Toutes les couches de leurs passés sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui- même. "

"Enfant, ce rire me terrifiait. Il surgissait de façon inappropriée, on avait l'impression que quelque chose ne fonctionnait pas dans son cerveau, qu'on avait par erreur interverti des branchements, et qu'ils n'étaient pas connectés aux émotions appropriées."

  • Le deuxième roman dont je veux absolument vous parler est un joli coup de coeur. Il s'agit d'"un clafoutis aux tomates cerises" de Veronique de Bure ou le journal intime d'une nonagénère qui vit à la campagne.

"Ce sont les jeunes filles qui tiennent un journal, pas les vieilles dames. Je n'ai plus d'histoire de coeur à y coucher, je ne fais qu'y radoter, que pourrais je faire d'autre ? Ils vont bien se moquer ceux qui trouveront ce cahier après ma mort" écrit Jeanne.

Oh que non, car son quotidien est loin d'être ennuyeux. Elle égrène, saison après saison, les plaisirs simples de vie, les apéritifs et les parties de cartes avec les copines, les coups de cafard et la difficulté de la solitude, les visites de ses enfants, le corps qui répond moins bien. J'ai corné des tas de pages tant sont nombreux les extraits qui m'ont touché, questionné, fait sourire et rire. Un roman à lire absolument, à relire, à offrir !!

"et puis l'automne, c'est aussi du rouge, de l'orangé, de l'or en feuilles. C'est l'odeur d'enfance des marrons chauds, le goût sucré des raisins mûrs et la saveur boisée des poêlées de cèpes."

"J'aime les longues soirées de juin, quand le jour s'étire jusqu'aux premières étoiles."

"Elle devient triste, et la tristesse, à trop la fréquenter on finit par l'attraper. "

Dans mon deuxième billet de rattrapage, je vous parlerai du roman de Lorraine Fouchet, "Les couleurs de la vie "et du "livre que je ne voulais pas écrire" de Erwan Larher, que je n'ai toujours pas réussi à terminer. 

Merci à ceux qui restent fidèles malgré la rareté de mes écrits. 

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07 août 2017

"Je me demande combien de chances on a dans une vie." La fille idéale de Gilly Macmillan. Le thriller idéal.

la fille ideale

 

Voilà un polar génial que j'ai dévoré en 10 jours en plein festival d'avignon. Et  quand on sait que je suis traiteur et que juillet est mon plus gros mois de l'année et bien on comprend combien le livre est prenant. 

L'histoire s'ouvre sur un concert de musique classique. Au piano Zoe et Lucas. Dans la salle dès les premières notes un homme crie au scandale. Zoe s'enfuit. Elle a accidentellement tué la fille de cet homme il y a des années. Elle a payé, sa mère et elle ont déménagé. Apparemment pas dans la bonne ville. Maria, la mère de Zoe, s'est installée avec un homme, le père de Lucas, qui ne sait rien du passé de sa fille...Cette soirée gâchée débouche sur une nuit cauchemardesque : un meurtre est commis. Zoe, morte de trouille, essaye de comprendre ce qu'il s'est passé. Elle sait qu'en la matière la vérité est parfois plus complexe qu'il n'y parait. 

Je ne peux pas vous en dire davantage sous peine de vous casser tous les effets de la lecture de ce thriller qui est un véritable page turner. Emmenez le en vacances, n'importe où, on s'en fout, Lisez le. 

extraits "Un bon échange, honnête, avec un officier de police, vous fait retrouver la foi en votre profession, et vous donne la force d'affronter le train-train quotidien du monde criminel. Cet échange courtois, entre deux parties, vous apparait alors comme honotable. C'est ce qui permet de chasser au loin l'image de ces avocats marrons qui ne s'occupent que d'affaires de dommages et intérêts pouvant rapporter gros et de flics qui ne seraient que des bouffeurs de beignets et des as de la matraque. " page 64

"lorsque les choses étaient parties en vrille, quand tout le sable de mon sablier s'était écoulé, quand je n'avais donc plus le temps, j'avais pu le retourner et recommencer. Et je me demande si c'est encore possible désormais. Je me demande combien de chances on a dans une vie. " page 155

Un grand merci à la traductrice Christel Paris et aux éditions Les escales. 

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04 août 2017

David Bowie n'est pas mort de Sonia David. A lire.

bowie

J'ai lu ce roman sans perdre jamais le fil malgrè le nombre d'interruptions qui a égréné ma lecture.

La phrase de fin m'a interpelée. Notez bien, je n'ai ni frère, ni soeur. "Chaque fois que j'entends l'une ou l'autre prononcer son mot, son expression, il me vient comme une évidence que les enfants uniques sont terriblement à plaindre". Je ne suis pas d'accord mais la vie d'une fratrie n'est en rien comparable c'est évident. 

Pour preuve, Helène, Anne et Emilie, sont trois soeurs qui perdent coup sur coup une mère fantasque et égocentrique et un père généreux à s'endetter. Avant cette double perte, elles se sont alliées et aimées, détéstées et opposées et ont parfois préféré mettre des kilomètres entre elles. La mort et la maladie de leurs parents les rappochent le temps de régler les détails administratifs. Funérailles, biens à se partager, dettes à refuser, il faut tout gérer dans la douleur.

On remue les souvenirs, on les disperse et la vie reprend. Jusqu'à la mort de David Bowie qui est la goutte d'eau qui fait déborder le vase et fait rejaillir ce qui s'est joué entre les 5 éléments de cette famille.

Voici un texte qui renvoie à notre propre histoire et qui émeut, serre le coeur, fait rire et sourire aussi. Sonia, vos mots, parfaitement choisis comme toujours, touchent y compris la fille unique que je suis et qui a déjà vécu la première partie de ce roman et n'est absolument pas pressée de vivre la deuxième. 

Je vous recommande ce roman. Et je dois vous dire que chaque échange avec Sonia ou lecture de ses romans me redonne envie d'écrire. Elle a été ma coach d'écriture pendant quelques semaines il y a 3 ans. Allez zou notez ce titre et foncez en librairie !

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02 août 2017

Le vertige des falaises de Gilles Paris.

vertige

De Gilles Paris, j’avais adoré Au pays des kangourous notamment à cause de l’écriture « arc-en-ciel » et imagée de l’auteur. Et puis j’étais passée à côté de l’été des Lucioles.

Le vertige des falaises m’a captivée. Marnie Mortemer, 14 ans, est une ado tellement attachante. Elle vit sur une île avec sa mère Rose et sa grand mère Olivia dans un palais de verre et d’acier à flanc de falaise. Elle s’en échappe souvent pour calmer ses tempêtes intérieures. Sa best friend forever est Jane, aveugle et fille de Prudence l’intendante de la famille.

 L’image que Marnie a des hommes est plutôt pitoyable compte tenu des modèles que lui offrent Luc et Aristide, ses père et grand père. « Les hommes n’apportent rien de bon » dit elle. Elle rêve d’un garçon qui aurait autre chose à lui proposer que le malheur.

Au fil des pages on comprend mieux qu’elle n’ait pas éprouvé tant de chagrin que ça à la mort de son papa.

Les points de vue de Prudence, Rose, Marnie, Olivia, du médecin de l’île, du curé, de la fleuriste la prostituée forment un kaleidoscope qui permet peu à peu de reconstituer l’histoire dramatique de cette famille. Ils sont autant de témoins de ces femmes brisées que de porteurs d’un lourd secret.

L’écriture de Gilles a gardé sa poésie imagée et colorée tout en gagnant en puissance. Bravo !

 Quelques extraits pour le plaisir et une invitation à le lire !

 « je l’aime à la folie et qu’une seule marguerite ose me dire le contraire » page 19

« j’ai des cheveux incendies, des tâches de rousseur partout, et des yeux verts qui changent de couleur selon mes humeurs, tout comme grand mère et maman. » page 28

« elle disait que les accrocs de la vie rendaient les instants de bonheur plus intenses » page 53

« Les hommes sont des enfants qui grandissent malgrè eux. Et dieu sait combien leur bêtise est sans limites. Certes, ils ne cassent plus de jouets. Ils brisent le cœur des femmes. » page 21

« j’ai de beaux cheveux courts, gris argentés (…) Ils étaient bruns, autrefois, et longs. J’y attachais un crayon à papier et les ramassais en un chignon bohème. Les hommes en étaient fous. J’ai toujours ce regard vert qui pénètre les êtres et farfouille leurs âmes tourmentées. Personne n’ose me mentir. Sauf Arsistide. » page 20

« Je me souviens à peine comment j’étais à son âge. Sûrement peureuse et ignorant tout de la vie. Je ne comdamne pas mes choix. La vie est ainsi faite, on se trompe souvent. Page 168.

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12 juillet 2017

Quand Le petit carré jaune m'invite à écrire...

Quand Sabine m'invite à écrire pour une fenêtre estivale sur son blog et que j'ai en tête la photo d'un atelier de Leiloona, ça donne ça...

talons-aiguilles

 

« Tu veux que je te dise ce qui me plait dans cette histoire de smileys et d’émoticônes ? »

Juchée sur des escarpins vernis noirs, elle fume une dernière cigarette avant le moment fatidique. Elle ne me laisse pas le temps de lui répondre.

« C’est qu’on s’envoie sans arrêt des bisous, des sourires et des cœurs. Même mes clients m’envoient des bonhommes qui pleurent de rire, des cotillons et des bouteilles de champagne et mon père m’envoie des petits chats qui ont des cœurs à la place des yeux ! C’est quand même formidable ! On n’en fait pas autant hors écran. On n’ose pas se câliner, se dire merci et qu’on s’apprécie. Alors que là bham ! On glisse des cœurs de toutes les couleurs, des mains en prière de gratitude ou qui applaudissent, une bouille couverte d’effroi ou de tristesse. On assume nos émotions, on les affiche. » Elle jette sa cigarette et l’écrase de la pointe de sa chaussure vernie.

« - C’est à vous dans 15 secondes » lui annonce le jeune homme à l’oreillette qui tient clipboard et est avec nous dans les coulisses.

La robe de Mélinda paillette grave, elle fait boule à facettes. Son parfum rend dingue. Je lui enverrai bien une pluie de cœurs sur les cheveux, là, maintenant.

Elle s’apprête à se mettre à nu devant des milliers de paires d’yeux et quatre dossiers de fauteuils en skaï rouge.

Melinda en a assez d’être la pulpeuse chanteuse, le joli morceau. Elle en a marre d’entendre « c’est sûr qu’avec des poumons pareil, elle doit avoir du coffre ».

Melinda veut seulement qu’on l’aime pour sa voix, pas pour son corps de dingue et son joli minois. The voice c’est sa chance. Melinda la saisit comme elle le fait chaque fois qu’ils s’en présentent dans sa vie, des moments propices. Je suis toujours dans l’ombre, dans les coulisses. Soutien indéfectible. Pense bête, porte sac, secrétaire, épaule sur laquelle pleurer, pote avec qui picoler. Mais je ne suis jamais sur le devant de la scène. J’en rêve souvent sans oser lui dire. Et si je lui envoyais un sms truffé d’émoticônes expressifs ? Le rideau s’ouvre, elle commence à chanter. Je croise les doigts et répète comme un mantra : retournez vous les jurés, tapez sur le buzzer, retournez vous….

Et toi Mélinda, Regarde moi. 

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13 avril 2017

Le coeur du Pélican de Cécile Coulon "Il faut que la vie vous arrache le coeur sinon ce n'est pas la vie."(C.Bobin)

le coeur du pelican 

J'ai tellement entendu parler des romans de Cécile Coulon que j'ai décidé d'essayer moi aussi. J'ai choisi cette histoire d'homme qui court et illustre bien cette phrase de Christian Bobin. Je l'ai commencé, puis laissé pour un roman jeunesse. Je l'ai récupéré, puis j'ai failli flancher et le lâcher dans les derniers chapitres. Bref. Ma lecture a eu à peu près le même rythme que le destin d'Anthime : j'ai dévoré ses débuts prometteurs, fait une pause avant sa chute et lut laborieusement sa tentative de vengeance. J'en ressors avec un sentiment étrange : une tristesse pour cet homme aigri par l'échec qui a fait le choix d'une vie sans joie.

Cécile est née en 1990 et c'est à peine croyable tant son écriture est mature et son observation des relations humaines poussée. Elle nous donne à lire le portrait d'un homme dont l'orgueil blessé va guider tout ses choix. Autour de lui gravitent trois femmes, sa soeur Hélena, son fantasme Béatrice et sa femme par dépit : Joanna. Les deux premières lui donnent des ailes quand la troisième lui coupe. Cet homme à terre qui se remplit va trouver un moyen de venger l'adolescent blessé qu'il était. Il va aller au bout de lui même quitte à se perdre. 

Quelques extraits en images.

peur

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26 mars 2017

Les singuliers d'Anne Percin, coup de coeur.

les singuliers

A l'époque de la sortie de ce roman, Les singuliers, j'avais lu des billets à son propos qui ne m'avaient pas donné envie de relire du Percin.

J'avais pourtant adoré Bonheur Fantôme au point de ne pas parvenir à faire de billet dessus. Je l'avais acheté sur les conseils de Clara et avait carrément corné des centaines de pages tant les mots me parlaient. Dans le billet de ma prescriptrice on peut encore lire "Le style d’Anne Percin est unique, comme des touches de couleurs différentes qui font un très beau tableau".

Il est justement question de tableaux dans ce roman "les singuliers" publié en 2014 au rouergue dans la collection La brune.

C'est un coup de coeur. A cause du genre, épistolaire, mais surtout parce que l'auteure le maitrise à merveille. Pourtant rien de facile, les courriers sont écrits en 1888 à l'heure de la contruction de la Tour Eiffel, de l'emergence de nouveaux mouvements de peinture, de Jack l'éventreur, du kodak à pellicule et de l'Exposition Universelle. C'est dire si Anne Percin avait du boulot pour que tout ait l'air juste et crédible. C'est réussi.

Elle nous donne à lire les lettres que Hugo,Tobias et Hazel s'envoient. Hazel et Hugo sont cousins, elle vit à Paris et lui a élu domicile à Pont Aven. Tobias et lui sont amis d'enfance. Tobias vit à Ostende. Tous les trois sont peintres, contemporains de Gauguin et Van Gogh. 

A travers leurs échanges, on comprend la difficulté de vivre de son art, de trouver chaque jour l'inspiration, d'être légitime aux yeux des siens. Et on lit la passion qui les anime, l'impossibilité de faire autre chose pour supporter la vie. 

C'est passionnant et tellement actuel, c'est drôle, émouvant et bien senti. Anne Percin mêle le réel à la fiction sans qu'on ne perçoive aucune des coutures. Je dis chapeau. Et j'ai freiné ma lecture pour ne pas quitter trop vite ces personnages devenus familiers dont je lisais le courrier depuis 400 pages... Je vous le recommande chaudement.

La 4ème de couverture, une fois n'est pas coutume, était une invitation très bien formulée d'ailleurs : "Anne Percin mêle figures historiques et personnages fictifs pour nous offrir un roman épistolaire bouillonnant. C'est un tableau monumental, qui croque sur le vif l'esprit du temps et nous le rend vivant. "

Des extraits (j'en ai relevé tant...)

page 284 : C'est plein de vent, d'orages sur la mer, de nuages comme des colonnes solides élevées dans le ciel, de pierres grises debout le long des chemins. Très Breton. 

page 375 Comme dit toujours Gauguin, on est bien obligé de croire en ses rêves. A un certain point de la vie, on est allé trop loin pour renoncer, on n'a plus le choix. 

Il y a des gens qu'on a presque peur de photographier tant on craint que quelque chose d'eux passe par l'objectif et vous atteigne.page 60

Page 252 A part ça, j'ai vu des toiles de Vincent. Une fameuse idée, ces tournesols, énormes comme des météorites ! J'ai toujours dit que la fleur était un sujet ridicule en peinture et douté qu'on puisse en faire autre chose qu'un motif simplement joli, mais ce gaillard là me fait mentir, tout simplement parce que ce ne sont pas des fleurs qu'il peint. Ce sont des têtes humaines, chargées de songes et de soucis, écrasés de leurs poids, pensives et bourdonnantes comme des cerveaux trop pleins... vivantes ! oui plus que des portraits, de vraies têtes. Elles sont vivantes car elles ont l'air de mourir sous nos yeux. "

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07 mars 2017

Les passants de Lisbonne de Philippe Besson

LES PASSANTS DE LISBONNE 

D'abord vous dire tout de go que j'ai adoré ce roman. Il y a 4 ans j'avais déjà eu le coup de coeur pour "l'arrière saison". 

C'est confirmé, l'écriture cinématographique de Philippe Besson me plait. Il a le don pour trouver les mots justes pour décrire nos états d'âme. Ici encore il s'agit d'amour perdu. La toile de fond c'est Lisbonne. 

Tout est bien senti, rendu : l'ambiance des rues, la vie portugaise, l'hôtel feutré protecteur et la douleur des amours meurtris. 

Héléne est veuve depuis peu. Son homme a péri dans le tremblement de terre de San Francisco. 

Celui de Mathieu a crée la secousse fatale par une lettre de rupture posée sur la table de la cuisine. 

Tout deux ont le coeur qui saignent et sont venus à Lisbonne pour noyer leur chagrin, le rendre plus supportable. Hélène ne voit rien autour d'elle, les yeux plongés dans le vide quand Matthieu se frotte à d'autres corps pour oublier celui de son amant perdu. 

Il séjournent dans le même hôtel et vont finir par unir leur solitude dans un dialogue autour des disparus. Comment vivre sans eux ? 

Philippe Besson est talentueux. Peu d'action ou de changement de décor dans ce roman et pourtant on ne s'ennuie pas une seule seconde avec ces deux êtres en souffrance. Ils se sont reconnus et rapprochés. Ils se racontent, se délestent, s'épaulent et marchent bras dessus, bras dessous. Ils prennent garde de ne pas heurter l'autre.  

C'est splendide. 

page 166 "Je crois qu'à cause de ça, je ne serai pas capable d'en aimer un autre, un jour. (...) Elle se trompe. Enkystée dans son deuil, elle a juste occulté que le temps change beaucoup à l'affaire. Qu'il gomme les névroses, balaye les fidélités. Et que le hasards fabrique des rencontres. Il ne s'est pas écoulé assez de temps encore et le hasard n'a pas frappé, voilà tout, mais cela viendra."

page 140 " elle n'imaginait pas qu'il existait un écart si grand entre l'intuition et la certitude, entre lhypothèse et la vérité. De ces écarts en apparence minimes et qui s'ouvrent tels des précipices où on perd la raison. Elle croyait avoir accompli la plus grande partie du chemin, elle a appris que les tout derniers mètres sont les plus durs, les plus épuisants. Elle s'est rappelé ces marathoniens ayant parcouru plus de quarante kilomètres et qui donnent l'impression de déployer des efforts surhumains pour franchir la ligne d'arrivée. Elle s'était dit, chaque fois: c'est trop bête, pourquoi flancher maintenant, et qu'ont-elles de plus ardu, ces ultimes foulées? Au contraire, ils devreient se sentir pousser des ailes, puisque la délivrance es si proche. Mais non. "

page 30 "c'est curieux comme on compte sur les exils pour régler nos névroses et comme on doit convenir rapidement qu'ils ne règlent rien. Au mieux ils apaisent les névralgies. Mais on part quand même, on repart quand même. Dans les lieux neufs, les visages du passé n'ont pas les mêmes contours, ils ne sont plus aussi précis. Et on ne se cogne pas contre les moments insignifiants, vécus ensemble. "

page 28 "Elle, elle ne voit que ça, sa détresse, sa déroute. Elle a appris que les gens sont incapapables d'accueillir une nouvelle comme celle-là, ils n'y ont pas été préparés, ils sont maladroits le plus souvent, visent trop court ou trop long, elle ne leur en veut pas, inatteignable dans son deuil. "

page 29 "Les gens fuient le chagrin le plus souvent."

page 33 "il aurait aimé l'emmener dans le vieux Lisbonne, dans un lieu exigu et bruyant, où l'on sert de la morue et du vinho verde."

page 41 "Il a appris qu'on a presque toujours tort de vouloir rester seul avec son anxiété, pourtant il sait aussi qu'on a ce réflexe, qu'ainsi on se protège, que ce blanc autour de soi est une sorte d'ascèse. Il aurait sans doute agi comme elle. Il aurait refusé la présence des autres, leur pollution." 

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27 février 2017

Adieu de Jacques Expert

adiue

 

J'étais ravie de retrouver la plume de Jacques Expert dont j'avais adoré "ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils". 

A mi livre pourtant je peinais. J'ai alors hésité entre abandonner ce commissaire cinglé ou lui laisser une chance de me prouver qu'il n'est pas un raté. 

Je vous explique un peu mais je vous dis d'entrée de jeu que je suis allée jusqu'au bout sans le regretter. Le dénouement vaut le coup des longueurs. Pire, c'est carrément orchestré par l'auteur cet agacement chez le lecteur. 

On rencontre le commissaire Langelier au moment de son pot de départ à la retraite. Dix ans auparavant, a commencé une série de meurtres atroces. Ce qui semblait au départ une tuerie familiale semble ensuite être le scénario d'un tueur qui enchaine : une mère de famille égorgée, ses enfants étouffés et le mari introuvable.

Le commissaire Langelier est chargé de l'enquête. Il maintient la théorie d'un père tueur contre l'avis de tous. Ses supérieurs finissent par lui retirer le job, il patine depuis trop longtemps. Il fait alors cavalier seul et détricote toute l'enquête pour découvrir la vérité. Son entêtement lui coûte la confiance de ses pairs et, pire, sa vie de famille. 

Alors Langelier a t'il résolu l'enquête et trouvé le meurtrier ? Il vous faudra rester jusqu'à la fin de son pot de départ pour le savoir. Prenez une chaise et ouvrez grand vos oreilles. 

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