Les facéties de Lucie

25 juin 2016

Giboulées de soleil ou le coup de coeur après lequel je quitte l'aventure des 68.

giboulées 

Pour ceux qui n'ont rien compris au titre de ce billet, j'explique : j'ai eu un jour l'idée folle d'accepter de participer au projet non moins délirant d'une boulimique de livres, j'ai nommé Charlotte l'insatiable.

Objectif : lire un maximum de premiers romans et les chroniquer sur mon blog. Faire circuler les livres et partager gaiement avec les autres participants.

J'avais choisi l'option cool, l'option douce, bref je pensais que j'y arriverai. Je me vois contrainte de baisser les bras, de déclarer forfait. Mes yeux se ferment à chaque fois que j'ouvre les romans, j'ai trop peu de temps et d'énergie pour lire. Les gentilles organisatrices ne savaient même plus comment me demander de faire circuler plus vite les romans qui stagnaient dangereusement à mon chevet. J'en ai renvoyé un sans l'avoir ouvert. J'en ai lu deux quasi d'une traite à la faveur d'une accalmie professionnelle.

Et enfin j'ai reçu Giboulées de soleil. C'est un roman splendide. Je l'ai lu de manière tellement décousue que j'en ai perdu le fil des secrets de famille. L'histoire des ces femmes, Magdalena, Libuse et Eva, m'a beaucoup plu et malgré la frustration de ne pas avoir pu pleinement profiter de ces moments de lecture, je n'hésite pas à hisser ce roman au rang de coup de coeur.  Alors je vais le faire décoller vers sa prochaine lectrice et je vais l'acheter pour le relire, tranquillement. Carrément. 

Cette histoire de femmes qui répétent le même scenario m'a fait penser aux petites mères de Sandrine Roudeix. Et comme avec Sandrine, j'ai littéralement fondu pour cette écriture photographique et sensible. Lenka pourrait raconter n'importe quoi que je la lirai avec le même bonheur au point d'avoir envie de le faire à voix haute. 

Extrait de la note de fin de roman de l'auteure qui explique avoir raconté cette histoire à une amie avant de la coucher sur le papier : "je lui ai parlée d'une lignée de femmes inscrites dans l'histoire de la Tchécoslovaquie de sa création jusqu'aux années 80. Chacune d'elles doit assumer son destin, toutes espèrent vivre loin de la politique et du Tumulte de l'Histoire. Mais le monde les attrape, les rattrape, et leurs vies en sont ébranlées. Pourtant, si tragique que cela aurait pu être, rien n'est irrémédiable, même dans les moments les plus sombres. C'est une histoire de mères, de grand-mères, de filles et de petites filles, d'amour et de non-dits qu'elles voudraient protecteurs ; une histoire de racines et d'identité, de famille et de batardise fatalement transmise de génération en génération. De cette différence, ces femmes feront une distinction".

Enfin quelques extraits "Que ce soit chez les mamies ou à la maison, à l'école, partout, on n'entend que ça : travailler, il faut travailler, pour soi, pour les autres, pour que la vie avance. je suis sûre que la vie avancerait très bien sans mon travail. Elle n'en a que faire de mon travail la vie, et puis c'est quoi, la vie ? J'espère que la vie ne se résume pas au travail." page 271

"les confitures ne sont pas servies directement dans des pots posés sur la table, mais dans de jolies coupelles au bord desquelles Madame Gabriela a disposé ces petites cuillères fines. Toute cela fait de chaque leçon une fête. ses confitures sont presque aussi bonnes que celles des mamies. Le pain aussi. Elle le grille, et le beurre. Le beurre fond sur le pain chaud, le rend craquant et moelleux à la fois" quelques pages avant...

"Chacune de vous, les filles, porte en elle un brin de soleil. Je me demande pourquoi je ne vous ai jamais dit ça avant. On pense que ce qui est évident pour soi l'est aussi pour les autres, que c'est inutile à dire. Tu vois, ma petite, on ne sait rien. On cesse d'être innocent et ignorant quand on s'aperçoit qu'on ne sait rien. Et c'est déjà trop tard. "

"Maman a dit qu'on peut espérer, et papa a répondu que les espoirs, les espoirs ce ne sont que des paillettes qu'on se jette dans les yeux pour ne pas voir, qu'il n'y a plus rien à espérer. Je trouve ça plutôt stupide de se jeter soi même quelque chose dans les yeux. Je sais aussi que l'espoir est bon, parce que c'est Mamie Magdina qui me l'a dit. Elle a dit que l'espoir c'est comme une petite poche d'air, comme celle qui est dans la carpe que l'on mange à Noël, qui fait flotter le poisson, et que si un jour on se sent noyé et on pense qu'on va mourir, cette petite poche est là, en résevre, pour le moment le plus difficile, et parce qu'on le sait, on peut faire bien plus et toujours mieux. " page 238

"j'aimerais ajouter tout de même que je ne suis pas sûre qu'on puisse inventer une politique agricole dans un bureau. Depuis un bureau, on n'imagine ni la douleur ni la beauté. Oui, la terre, pour la connaître, il faut y plonger ses mains, mettre son nez dedans pour la sentir" page 40

Leiloona aussi a follement aimé cette "plume enchanteresse". 

L'irrégulière l'a trouvé implacable et puissant et Sabine friable et indestructible. 

Posté par lulu38 à 18:27 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :


07 juin 2016

C'est où le nord ? de Sarah Maeght

c'est ou 

Pourquoi j'ai lu ce roman ? 

A cause de Katherine Pancol et d'un de ses posts sur facebook nous invitant à courir l'acheter. Elle racontait la petite histoire de la naissance de ce roman et sa rencontre avec l'auteure. Il ne m'en fallait pas plus. 

Comment se fait il que je sois parvenue à le lire aussi vite ? 

Parce que si j'ai d'habitude les yeux qui se remplissent de sable dès la première page c'est sans compter le talent de l'écrivaine à m'accrocher d'emblée et pour longtemps. 

Doit on se fier à la 4ème de couverture dithyrambique (avoue, ça faisait longtemps que tu ne l'avais pas utilisé celui là) ? 

Oui, Oui, Oui, 3 fois oui, donc. Aucune publicité mensongère. Katherine Pancol dit que " des romans comme celui-là, on les ouvre et on reste planté à tourner les pages, la langue pendante..." Et c'est vrai, c'est addictif. 

Elle vous aura prévenu Katherine, "Dès la première scène, vous êtes happé, fait aux pattes. Saucissonné. Vous ne voulez plus lâcher son heroine, Ella". Ni aucun personnage de cette galerie colorée. 

L'écriture est sensorielle et résolument moderne. L'ambivalence, y compris amoureuse, de cette jeune prof de français en collège catholique et ses questionnements incessants marquent ce roman, portrait d'une génération. 

Je vous le recommande chaudement !!!

Edit de 20h53 : obsédée que je suis par la chanson de christophe Mae "il est où le bonheur, il est où ???" (la faute à qui on se demande) j'avais rebaptisé le roman Il est où le Nord ? Je crains...

Posté par lulu38 à 20:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

21 mai 2016

Jupe et pantalon de Julie Moulin

jupe

Il est temps de vous dire quelques mots de cette lecture qui m'a désarçonnée (mais que j'ai quand même effectuée en 3 jours, un record compte tenu de mon rythme de boulot).

Voici ceux que j'ai griffonné dans un carnet que je destine à Charlotte, organisatrice à l'initiative de cette folle aventure des 68 premières fois...

15 avril = J'ai commencé la jupe et le pantalon et ne suis pas autant emballée que toi. C'est original cette personnification du corps, cette narration est dingue mais je ne suis pas dedans. Pourtant le thème, la superwoman qui fatigue, s'épuise, je le conçois avec une grande facilités. Mes journées sont trop remplies de choses à faire, et encore, je n'ai pas d'enfant. (...)

16 avril = je viens d'entamer la deuxième partie, je connais maintenant le prénom de A. Page 135 cette phrase me laisse songeuse : " l'avenir était devant nous. C'était avant le grand carrefour. Avant que l'amant devienne mari, avant que la femme soit mère, avant que l'envie se mue en rancoeur et que l'insomnie détruise les rêves". 

18 Avril = J'ai terminé hier en rentrant Jupe et Pantalon. J'ai beaucoup mieux aimé et été captivée par la deuxième partie. La forme de narration plus classique sans doute, et le retour vers la lumière. Pas mal du tout ce roman et toutes les questions qu'il pose encore...Comment tout réussir, vie pro, vie perso, peut être lâcher un peu aussi, ne pas vouloir tout faire, tout mener de front. J'avoue que j'ai tendance à tout faire sans me faire aider et à me sentir débordée et frustrée de ne pas avoir de temps pour moi. Bref ce roman fait réfléchir. 

Voilà. En résumé, pas un coup de coeur mais un livre qui m'a bousculée, assurément. Et c'est bon de rencontrer ce genre de temps en temps.

Posté par lulu38 à 19:47 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

20 avril 2016

En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut, petit bijou fantaisie !

en attendant

"Certains ne deviennent jamais fous. Leurs vie doivent être bien ennuyeuses. " Charles Bukowski

Dans ce premier roman d'Olivier Bourdeaut, la vie de la famille de l'enfant narrateur est loin d'être ennuyeuse. Elle est comme aspirée par un tourbillon fou. Et nous lecteurs, nous sommes emportés par l'écriture musicale de l'auteur et la loufoquerie de la famille. 

"Mon père n'appelait jamais ma mère plus de deux jours de suite par le même prénom". Les parents dansent partout et tout le temps, se préparent "des cocktails fous, avec des ombrelles, des olives, des cuillers et des collections de bouteilles", jouent aux dames sur le carrelage de l'entrée avec des coussins noir et blanc. Dans cette maison, on mange à toute heure, on part en vacances n'importe quand dans un château en Espagne. On invente des histoires et réinvente la vie quand elle est banale et triste. 

Si cette vie facétieuse parait amusante, elle l'est moins lorsque la bascule vers la folie se fait et qu'il faut interner maman...

L'alternance du récit de l'enfant et des extraits du journal du papa est bien dosée. 

Quel joli roman ! Autant de fantaisie et d'amour réunis, c'est rare. 

Lu dans le cadre du challenge 68 premières fois. 

Page 45 "la montagne était pliée en quatre. Avec la neige de l'hiver, en névés au sommet ; le roux et le marron de l'automne en dessous, sur les terres sèches et les rochers,les couleurs fruitières du printemps sur les terrasses et la chaleurs, les senteurs de l'été étouffées près du lac dans la vallée. Papa disait qu'avec une montagne comme celle là, je pouvais dévaler toute une année en une journée. "

Posté par lulu38 à 21:56 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

04 avril 2016

Dans le désordre, Un tout petit rien, Une sainte, Les apparences et Les mijaurées. Bref, quatre bons romans.

une sainteun tout petit rien

les apparencesles mijaurés

Ces derniers temps j'ai lu de très très bons romans. Vous n'en avez rien su car je n'ai pas pris le temps de venir vous en parler ici.

  • Une sainte de Emilie de Turkheim m'a scotchée par sa loufoquerie. Son héroïne est dingue. Voici, en vrac, les notes que j'ai prises aussitôt après l'avoir refermé : Foutraque. Folie douce. Loufoque. Diablement rédigé. Un grand talent pour les dialogues.  Page 11 : les barettes des collégiennes retiennent leurs mèches et leurs terribles idées. Page 16 "Juliette est un personnage secondaire que nous croiserons 7 fois au cours du roman." page 21 "c'est affreux, parfois, de se souvenir". Loin de l'être, Sainte, l'héroïne.  Elle a laissé mourir le chat de faim, tout fait pour que l'homme dont elle était la visiteuse reparte en prison une fois libéré, volé sa propre mère. Pourtant il lui pousse des ailes d'ange.page 115 "finalement il n'y a pas que le mensonge et la vérité, il y a la façon de raconter". Emilie de Thurkheim a l'art de transformer en fable fantastique les atrocités dont sont capables ses contemporains. Et on se laisse charmer sans difficulté. 
  • Les mijaurées d'Elsa Flageul mérite que je revienne en parler dans un billet juste pour lui. Je l'ai dévoré d'une traite et j'envisage de le relire. C'est un coup de coeur absolu. 
  • Quant à Un tout petit rien de Camille Anseaume, c'est Charlotte qui me l'a offert. Je l'avais commencé. Puis reposé sans aller au bout. Et cette fois je l'ai repris et lu en entier. J'ai adoré.  Pour avoir une idée du genre de plume, du ton de Camille, foncez lire son blog Café de filles. Et puis achetez vite Un tout petit rien dans lequel elle raconte comme personne l'histoire d'une femme qui tombe enceinte d'un homme qui se fiche pas mal de construire une famille avec elle. C'est l'histoire d'un choix à faire : avorter ou faire un bébé toute seule. Les chapitres sont courts, le ton est irrésistible car teinté d'une ironie et d'un humour touchants. C'est beau car si joliment exprimé. extraits : page 57 "Je ne suis qu'un doute. Une hésitation qui prend le métro, une incertitude qui se lève et se douche, une indétermination qui essaye d'avaler un truc à manger, un point d'interrogation qui cherche le sommeil". page 58 " En fait, je me mens. Je ne doute pas, au contraire, je suis pétrie de certitudes. l'une et son contraire. Au fur et à mesure des minutes qui passent, des odeurs que je sens, des choses que je vois, des pièces que je visite. En me réveillant, je ne veux pas le garder. Dans la salle de bains j'ai changé d'avis. Une chance que je n'ai que deux pièces."
  • J'allais oublier de vous parler du thriller "les apparences" de Gillian Flynn dans lequel, lecteur, nous sommes retournés comme des crèpes par l'auteure qui a monté une histoire incroyablement bien foutue et tordue. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus sans vous en dire trop. Prenez un jeune couple américain modèle, faites disparaître la femme, regardez les projecteurs de la police se tourner vers le mari, accusé parfait, lisez le journal intime de la disparue, folle d'amour pour son mari. La suite : pas du tout ce à quoi vous aviez pensé. Jusqu'au bout. Extraits : "je ne dis pas les choses tout haut, même quand je le devrais. Je garde tout, je compartimente à un degré perturbant : dans la cave que j'ai dans le ventre, il y a des centaines de bouteilles de rage, de desespoir, de peur, mais on ne s'en douterait jamais en me voyant". page 60 " Nick est semblable à un bon verre d'alcool bien corsé : il donne sur toutes choses la perspective correcte. Pas une autre perspective, la perspective correcte." A noter que ce bon thriller est traduit de l'anglais par la talentueuse Héloïse Esquié. 

Voilà, vous savez ce qu'il vous reste à faire : vous procurer les romans de ces quatre auteures à suivre. 

Posté par lulu38 à 17:37 - Commentaires [8] - Permalien [#]


15 février 2016

Voir du pays de Delphine Coulin

VOIR DU PAYS

 J'ai lu ce roman à l'aveugle c'est à dire en ignorant, le nom de l'auteur, le titre, la couverture et la 4ème de couverture. C'est une experience interessante que j'ai vécue grâce à Charlotte qui avait emballé le roman dans du papier kraft brun. Je me rends compte à quel point je choisis mes lectures en fonction de ces 4 éléments que j'ignorais en entamant le premier chapitre. 

Tout commence dans un avion. Les 3 jeunes femmes, Marine, Aurore et Fanny qui ont pris ce vol ne reviennent pas d'un pays paradisiaque ou d'un voyage d'études. Elles ont fait "l'afgha", pendant 6 mois. Cet avion les emmène vers Chypre pour un séjour de décompression. A coup de simulation des scènes les plus violentes qu'elles ont vécu et de débriefings, elle sont censées se remettre de la guerre en 3 jours... 

Mais comment oublier ce qu'elles ont vécu, ce qui s'est imprimé dans leur chair  et a écorné leur amitié ? Ce roman ne masque rien de la violence, de la folie qui s'empare des soldats, de la perte des repères, de la difficulté d'être une femme dans l'armée.  Une lecture qui marque. 

Merci Charlotte, je ne serai pas forcément allée vers un livre pareil sans ton stratagème ! J'ai aimé l'écriture de cette auteure que je vais continuer à découvrir. 

Posté par lulu38 à 17:29 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

13 février 2016

"Je, d'un accident ou d'amour" Loïc Demey, délicieux coup de coeur !!!

je

D'abord, moment de gratitude : merci mon petit carré jaune pour cette découverte. Le premier exemplaire que tu m'as envoyée a été dérobé dans ma boite aux lettres, je serai curieuse de savoir si le voleur l'a lu et ce qu'il en a pensé...S'il l'a jeté j'espère que quelqu'un l'a sauvé de la déchetterie. 

Dans ce roman, Loïc Demey raconte, du point de vue de l'homme, la rencontre entre deux trentenaires parisiens. Hyper classique allez vous me dire, une histoire d'amour qui nait, ok c'est du déjà vu, rien d'original. Au contraire ! Cet auteur a eu l'audace d'oter les verbes, tout les verbes, et de les remplacer par des noms, des adjectifs ou des adverbes.  Il faut dire qu'il est chamboulé ce narrateur garçon depuis l'apparition de cette fille "sur une chaise verte du jardin du Luxembourg". Quand l'amour vous tombe dessus ainsi il y a de quoi en perdre facilement quelques mots au passage...On peut toutefois s'interroger sur l'origine du mal puisque le narrateur se prend un arbre en voiture : est ce vraiment l'amour qui lui a "confusionné" le langage ou le choc de l'accident ?

Antoine Wauters qui a préfacé ce bijou l'exprime très bien : "Ce livre nous rappelle, si besoin en est, ce que module en nous l'amour, comme soudain ça soulève et comme soudain ça pulse."

Ce récit devenu quasi absurde par sa folle rédaction est pourtant parfaitement compréhensible et lisible. C'est comme ces textes qui circulent sur internet et que l'on vous demande de lire et de comprendre alors qu'il manque tout un tas de mots. Notre cerveau est ainsi fait qu'il reconstitue, qu'il refabrique, qu'il s'en sort bien. Ici il se dégage de l'ensemble une mélodieuse poésie moderne

Le narrateur est en couple avec Delphine quand il rencontre Adèle "Mais depuis quelques mensualités, nos sentiments se pâles et se fades. le rouge se rose et le blanc se boue. On se trente ans passés avec pas l'envie de seul. On se fatalité, on se facilité. On se quoitien, on se tablette tactile et téléphone portable au petit déjeuner. le soir, on se télévision au lit. Elle se séries, je me navets. Et l'on se corps de moins en moins. Notre couple s'usure. Jusqu'à la corde. "

Alors qu'avec Adèle : "on s'entente, on s'osmose. On se fusion d'esprits. On se rire et sérieux. "

Le chapitre 8 qui évoque le soir deuxième est savoureux : " Je me chancelant, je me trac. Elle me chuchotements d'amour à l'oreille. La rue se nuit, le ciel se lune. Je la nue. La pièce se sombre, je m'orage. La fermeture éclair. La robe, tonnerre. (...) Elle me peau, je la pulpe des doigts. On s'épiderme."

Je ne vous en livre pas davantage, je vous invite à le lire, c'est splendide !

Le billet du petit carré ICI pour qui ce mec est génial, oui je suis d'accord. 

Le blog de l'auteur

Pour Clara c'est original et frais, une vraie friandise et pour tulisquoi c'est un immense coup de coeur, 

Posté par lulu38 à 18:04 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

11 février 2016

J'envisage de te vendre (j'y pense de plus en plus) de Frédérique Martin

j'envisage de te vendre

Si le but était de secouer le lecteur et de le déranger alors c'est parfaitement réussi. (c'était déjà le cas du roman "le vase où meurt cette verveine")

Ce recueil de nouvelles met mal à l'aise. Parce que le futur qui y est dépeint semble tout à fait possible et que ça fait froid dans le dos. 

Il n'y a qu'à lire "le desespoir des roses", où un jeune homme met en vente sa mère sur le marché ou bien "le fruit de nos entrailles" dans laquelle un couple choisit son enfant sur catalogue. 

Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher la surprise des chutes de ces nouvelles qui piquent. "Pure malt, sec et bien tassé" disait la 4ème de couverture c'est exactement ça. C'est le "court, noir et sans sucre" d'Emmanuelle Urien. 

Je ne vous cache pas mon bonheur d'avoir retrouvé l'écriture de l'auteure. 

Extraits : 

page 47 "On est heureux et puis d'un coup on ne l'est plus. ça ne s'explique pas et c'est ce qui rend la vie si moche au bout du compte. Parce qu'il ny'a rien qui dure toujours, rien qui soit toujours pareil. "

page 51 "La chambre était fraiche, le store rayait le trop plein de lumière et balafrait le mur." 

page 24" A mon retour, il était assez tôt pour assister aux fiévreuses retrouvailles du soleil et de l'horizon."

page 45 "Je jurerais que la lumière elle même était complice et l'éclairait d'une drôle de façon. Un vitrail hors de l'église. "

page 46 "C'est comme ça l'amour, le très grand. C'est évident et ça ne se discute pas". 

page 17 "un couple vend des cornets d'illusion"

page 13 "le ciel pesait bas, harassé de lassitude. La rosée s'obstinait malgrè les coups d'éponge ou de torchon (...) des arômes de café, de friture et de tabac mêlés repoussaient l'air frais avec hargne."

Posté par lulu38 à 07:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

10 février 2016

"Total Kheops" de Jean Claude Izzo : coup de coeur

total

C'est grâce à Kriss que j'ai lu ce premier volet de la trilogie de Fabio Montale. Je me suis régalée. "Total kheops" c'est le titre d'une chanson d'IAM et ça signifie Bordel immense. C'est peu de le dire puisque Fabio Montale est chargé d'enquêter sur la mort de ses deux meilleurs amis, Manu et Ugo, et que l'écheveau n'est pas simple à déméler. 

Où l'écriture de l'auteur rend le flic attachant, où Marseille devient un personnage, où la violence et la haine de 1995 reste malheureusement d'actualité. Où Alain Delon a bien failli me faire passer à côté de cet excellent roman noir.

On se demande d'ailleurs pourquoi c'est cet acteur qui a été choisi pour incarner ce flic. Relégué au maintien de l'ordre dans les quartiers, fils d'immigrés italiens, incapable d'une relation stable avec les femmes, Fabio Montale aime la soupe au pistou, le lagavulin (un whisky au goût de tourbe iodée), le blancass' et le Bandol, les poivrons farcis, la poésie et pêcher seul ou marcher dans les calanques. Il a bien failli être lui même un voyou mais a finalement choisi de rester du bon côté de la barrière et en a gardé une notion bien à lui de la loi et de son respect. 

Et Marseille est le décor et en même temps qu'un personnage. On sent l'amour de Jean Claude Izzo pour cette ville portuaire même s'il y règne magouilles, grands trafics et mafia italienne. Il arrive à en extraire la beauté. Il s'agit presque d'un hommage. 

A lire absolument. 

Extraits : "'l'honneur, ici, c'est capital -"t'as pas d'honneur" était la plus grosse insulte"-on pouvait tuer pour l'honneur". Page 70

"le ciel était gris et bas, mais chargé d'une lumière violente. La mer s'inventait un bleu métallisé. J'aimais bien quand Marseille se trouvait des couleurs de lisbonne." page 136

"ça s'appelait la vie, ce cocktail de haine et d'amour, de force et de faiblesse, de violence et de passivité. " page 247

marseille

marseille 1

Posté par lulu38 à 17:21 - Commentaires [1] - Permalien [#]

21 janvier 2016

La tête de l'emploi où comment relire du bon David Foenkinos.

la tete de l'emploi 

Théorie des dominos, loi des séries, appelez ça comme vous voulez mais parfois le sort s'acharne, les ca-ta s'enchaînent. Bernard le narrateur de cette histoire aurait préféré ne pas illustrer ce cas de figure.

Enfant unique de parents qui ont traversé la vie sans faire de bruit, il a connu l'âge d'or de la Banque avant que son métier ne devienne synonyme d'escroquerie. Il filait le parfait amour avec Nathalie avec laquelle il avait eu une fille lumineuse, Alice.

Que sa fille chérie parte de la maison pour faire un stage de deux ans à Sao Paulo, passe encore, on ne fait pas les enfants pour soi. Mais être retrogradé au guichet puis carrément viré, voir sa femme le quitter pour un autre et ses amis lui tourner le dos, là ça fait beaucoup.

Retour à la case maison familiale, voici Bernard contraint de chausser les patins et de se fader questions pour un champion chaque soir. Et quand on a cinquante ans revenir chez ses parents et tout recommencer, c'est dur. 

David Foenkinos a l'art de nous faire rire de tout y compris des cas les plus désespérés. J'ai retrouvé sa plume mélancolique fantaisiste et ça m'a beaucoup plu. (mention spéciale pour les notes de bas de page)

"Sao paulo, ce n'était pas un nom serieux. On ne fait pas de stage au Brésil. C'est un pays où l'on boit des cocktails en exhibant ses seins, où on passe son temps à danser et à jouer au football pieds nus."

 

Posté par lulu38 à 08:22 - Commentaires [6] - Permalien [#]