Les facéties de Lucie

02 décembre 2018

Parler ne fait pas cuire le riz de Cécile Krug

PARLER NE FAIT PAS CUIRE LE RIZ  

C'est ma caro qui m'a prêté ce petit roman de Cécile Krug. Sa lecture m'a fait un bien fou. De la littérature de poulette me dites vous ? Oui et c'est réussi.  

Notre Bridget Jones s'appelle Jeanne, elle a 40 ans. Insomniaque et acheteuse compulsive, elle a quelques kilos en trop et une mauvaise relation avec sa mère dont elle dépend financièrement. Elle s'embourbe dans sa vie sentimentale et professionnelle.

Sa soeur Justine lui offre un cadeau empoisonnée censé l'aider à prendre un nouveau départ : une semaine de jeûne, yoga et randonnée au fin fond du Pays Basque.

Jeanne s'y rend à contre coeur, persuadée de ne pas tenir une semaine à ne boire que du bouillon. Elle n'est pas au bout de ses surprises ! 

Nous, lecteurs, on se régale grâce à l'écriture pétillante, rythmée, bourrée d'humour et de cynisme de Cécile Krug qui glisse habilement des petites leçons de développement personnel certes connues mais qu'il est bon de relire.

Bref une bonne comédie romantique punchy !

Il ne me reste plus qu'à lire son premier roman dont j'avais noté le titre dans mon carnet de livres à lire : Demain matin si tout va bien. 

Quelques extraits : 

"quand tu te promènes dans la rue et que tu as l'impression que tous les gens te rentrent dedans, demande-toi plutôt si ça n'est pas toi qui leur fonces dessus." 

page 62 "Douze mille deux cents calories plus tard, équitablement réparties sur les hanches, les cuisses et les fesses, je redresse le menton en m'interdisant de baisser les bras. Je me connais, si ne bouge pas maintenant, je vais déprimer. Quand je déprime, je mange et quand je mange, je grossis. Quand je grossis, je me trouve moche et quand je me trouve moche, je mange encore plus pour oublier que je suis incasable parce que bien trop moche. Donc, je déprime et je mange. Je suis le chien attaché au révèrbere qui se mord la queue en effectuant cent fois le tour du poteau et qui enroule lui-même la laisse qui finit par l'étrangler."

page 73 "égarée dans le labyrinthe de mes noeuds maternels, je réalise soudain qu'il y a une partie de moi qui vient chercher l'affrontement. En fait, c'est tellement évident que cela ne m'avait pas traversé l'esprit jusqu'alors. Je ne connais que ce mode de fonctionnement avec elle, il est devenu notre cadre de référénce et nous serions aussi perdue l'une que l'autre s'il n'existait plus. C'est comme un rituel, une picèe qui se rejoue inlassablement avec les mêmes acteurs. Deux rôles principaux bien définis, une victime et un bourreau. La victime ne peut pas s'empêcher de croiser la route et le fer avec son bourreau pour prendre des coups que celui-ci trépigne d'impatience de lui donner et elle, de recevoir."

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01 décembre 2018

Valentine ou la belle saison de Anne-Laure Bondoux

valentine 

Ne vous fiez pas à ce titre un peu "cucul la praline" , ni à la 4ème de couverture qui ne donne pas la pleine mesure de l'histoire. Dites vous juste que c'est du bon Anne-Laure Bondoux, et lisez sans attendre ce roman qui fait du bien.

Je suis une inconditionnelle des romans de cette auteure. Depuis ma lecture du fameux "Le temps des miracles" en 2009, j'ai enchainé la lecture de ses histoires avec le même plaisir à chaque fois sans avoir toujours le temps de vous en dire un mot. J'ai par exemple récemment dévoré "l'aube sera grandiose" grâce aux bons conseils de Madeline. 

C'est sur un coup de tête que Valentine , 48 ans et demi, divorcée, décide de prendre le premier train pour Brive La Gaillarde. Un séjour chez Monette, sa maman, lui fera du bien. Elle pourra y travailler à l'écriture du guide sur la sexualité des ados qu'on lui a commandé et se ressourcer dans sa province natale. Ce séjour chez sa maman va être bien plus bouleversant et bénéfique qu'elle ne l'imagine. L'occasion de déterrer de sacrés secrets de famille avec son frère Fred et de redémarrer d'un nouveau pied. 

Extraits

"Un sachet de tisane infusait dans le mazagran qu'elle avait déniché dans le vaisselier. Elle le porta à ses lèvres et but deux gorgées de la décoction. Un truc ayurvédique à base de réglisse, de gingembre, de basilic et de zestes d'orange dont la boite attirait l'attention au rayon des produits bio avec cette promesse : "Joie de vivre". Dans chaque sachet, une étiquette apportait un supplément d'âme à la consommatrice avide de bien-être, en l'occurence un message écrit en anglais. Celui qu'avait pioché Valentine disait "Am I ready to change myself ?". " Tout le monde aura reconnu le Yogi tea ! 

"Quelque chose se serre dans la poitrine de Valentine, on dirait qu'un poign se referme sur son coeur et le presse de toute sa force pour en extraire le jus, le sang, l'amour. Pour le réduire à rien, à une pelure morte et sans substance."

"A 50 ans, je me dis qu'on est parfois rien de plus qu'un petit garçon dans un costume de grande personne."

"J'ai compris qu'on n'est jamais plus fort qu'en prenant appui sur des modèles, des tuteurs, en s'érigeant des totems". 

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29 novembre 2018

Les bracassées de Marie-Sabine Roger, encore une pépite.

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Pendant deux semaines, à chaque fois que je passais devant la librairie "la comédie humaine", je l'ai vu trôner fièrement en vitrine avec un gros post-it de recommandation.

Je résistais, parce que 20 € c'est une somme tout de même, il serait plus raisonnable d'attendre de le trouver à la bibliothèque.

Le jour où je m'étais finalement décidé à craquer, il n'était plus en vitrine.

Je me suis dit c'est un signe, je ne devais pas l'acheter. Sauf que je suis entrée dans la librairie quand même embarquant le dernier exemplaire rapatrié sur la table des nouveautés françaises. 

J'ai bien fait.

J'ai adoré, comme à chaque fois avec cette auteure, lire les tribulations de personnages attachants qui s'épaulent pour mieux avancer. L'écriture singulière de Marie Sabine Roger truffe le récit de tendresse, bienveillance et humour. Et ça fait du bien. 

Cette fois il s'agit d'Harmonie atteinte du syndrôme de Gilles de la Tourette et de Fleur agoraphobe et grande angoissée.

Ces deux là se rencontrent grâce à l'annonce que publie Fleur pour trouver officiellement une femme de ménage, officieusement quelqu'un pour garder Mylord, son chien, lorsqu'elle se rend chez son psy. 

Une fois l'étrangeté de l'autre apprivoisée, ces deux là forment un binôme qui fonctionne et donne la force de tout affronter. Surtout le regard des autres, ces autres qui les qualifient de bracassées. 

Autour de ces deux femmes, gravite une galerie de personnages un peu fêlées et tout aussi touchants. On les suit avec plaisir au bout des 300 pages et de leur projet dingue. 

Quant aux extraits là encore je ne sais plus où donner du clavier tant j'ai coché de pages...

page 19 "L'inquiétude agit sur moi comme une piqûre d'insecte, cela part de presque rien et puis ça se précise, ça gratte, ça démange, ça s'étend peu à peu, on finirait par s'arracher toute la peau du corps. Penser est un prurit. Ecrire me soulage. 

page 111 "il y a des gens qui vous aiment de travers, vous enveloppent d'un amour en coton épais filandreux pour protéger des chocs et que surtout rien ne vous fêle, qu'aucune aspérité n'arrache votre peau. Ce n'est pas bon d'être aimé de façon aussi précautionneuse. Maman me laissait faire du vélo du patin à roulettes et pourtant elle savait bien que. Le coton n'était pas dans le coeur de ma mère, il était dans la pharmacie à côté des pansements. Freddie m'aime d'un amour solide et résistant mais il n'a pas confiance en moi. Son amour me rassure mais il ne me grandit pas. Il me coupe les ailes, il ne me permet pas d'oublier comme le nid est haut tellement sur la branche et comme le risque est grand de vouloir le quitter. 

page 31 "chez moi c'est la Syrie chaque jour de la semaine tout est à réparer ramasser recoller ou jeter suivant le cas j'exagère bien sûr c'est plus grave en Syrie ce sont des gens qui pleurent pour d'autres gens qui meurent rien à voir avec moi Wouh-ah. Chez nous chez moi ça se situe entre la casse automobile et le tir aux pigeons d'argile. " 

page 35 la tristesse parfois ressemble à de la rage on peut mordre parce qu'on a mal. 

page 257 On continue à vivre ce n'est pas le problème, vivre c'est mécanique, il suffit de respirer de boire de se nourrir Ce qui gêne ce qui tue c'est toujours le regard celui qui vous détaille sans vergogne Celui qui vous évite par pudeur hypocrite mais vous file de loin Celui qui vous transperce ou pire celui qui ne vous regarde plus. Vivre n'est pas le problème C'est vivre ensemble qui.

page 258 Tout ce qui fait de nous ce que nous sommes absolument tout prend naissance dans le regard. Celui que les autres posent sur nous Celui qu'on pose sur nous-même sur le voisin l'ami l'ennemi la famille. (...) On ne peut voir le monde qu'avec ses propres yeux mais on peut décider de distinguer le beau dans le sigracieux le sublime dans le grotesque l'immense dans le minuscule Ne voir que ce qui dérange c'est du temps perdu sur le bonheur"

page 278 Comme on le dit si bien l'appétit vient en mangeant. J'ai souvent vérifié la véracité de cette phrase, mais je venais de comprendre qu'elle ne parlait pas seulement de nourriture. Faire donne l'envie de faire. 

L'avis de Mel 

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27 novembre 2018

Une longue impatience de Gaëlle Josse, bouleversant.

une longue impatience 

Ce roman de Gaëlle Josse, je tournais autour depuis longtemps. Sans franchir le pas, sans oser l'acheter ni l'emprunter. Je craignais l'ambiance lendemain de seconde guerre mondiale dans un village de Bretagne et surtout la tristesse de cette femme qui attend son fils de 16 ans parti sans laisser d'adresse.

Charlotte avait tellement aimé ce récit et Madeline avait carrément qualifié cette lecture d'indispensable. J'ai donc fini par l'acheter pour mes vacances en Corse au mois d'août dernier.

Je l'ai emmené dans mes valises mais je lui ai préféré "La délicatesse du Homard" dont les pages se souviennent encore de l'eau salée qui les a gondolées. Bref, je ne l'ai pas ouvert craignant d'assombrir un ciel d'été sans nuage. 

C'est à l'automne que j'ai enfin décidé de me plonger dans ce livre à la couverture sépia. La mousse des cafés réconfortants, l'envie d'une écriture précise et émouvante, l'enfant qui grandit dans mon ventre, je ne sais ce qui a été déterminant...

Toujours est-il que je ne l'ai pas dévoré d'une traite pour ne pas le quitter trop vite. C'est un beau, un très beau roman qui dit la douleur d'une mère dont l'enfant est parti sans plus jamais donner de nouvelles. 

Nous sommes au lendemain de la seconde guerre mondiale, en Bretagne. La mer a pris le premier mari d'Anne. Le bateau de pêche d'Yvon a sombré sans que son corps soit retrouvé. De leur union Louis était né. Anne a du apprendre à vivre seule avec son fils. Jusqu'à la rencontre avec Etienne, pharmacien du village, qui a promis d'aimer et chérir le duo, la mère et l'enfant. Quelque chose a basculé lors des naissances de Gabriel puis Jeanne. Louis est l'enfant de l'autre. Un intrus qui doit se montrer discret et soumis. Le coup de ceinture de trop et Louis s'en va conformément aux souhaits inavoués du beau père. 

Anne est dévastée, perdue, désemparée. Elle écrit à Louis des lettres qu'il ne lira jamais. Elle lui conte par le menu le festin qu'elle lui cuisinera à son retour. Elle se tient debout chaque jour et attend son enfant. Elle revisite le passé, veut comprendre ce qui a pu déclencher son départ, en veut à Etienne de ne pas avoir tenu ses promesses, d'avoir écarté cet enfant qui n'était pas le sien. 

Je ne vous en dis pas davantage si ce n'est que l'écriture de Gaëlle Josse toute en pudeur et en émotions bouleverse. Je vous invite à le lire comme l'ont fait Charlotte et Madeline. Parce qu'en effet savoir poser des mots si délicats et si justes sur ce qu'être une mère veut dire est de l'ordre de la magie. 

Je pourrais vous extraire des tas de passages aussi beaux les uns que les autres. Il a fallu choisir. 

"Seize ans, à vif. Le temps de tous les tourments, des désordres, des élans, des questions, des violences contenues qu'un mot heureux pourrait apaiser, des fragilités qui n'attendent qu'une main aimante. L'âge où tout est prêt à s'embraser, à s'envoler ou à s'abimer. Je le sais, je suis passée par là. Les grandes marées du coeur. (...) Il faut du temps pour se déchiffrer à ses propres yeux. (...) Louis avance dans cette zone incertaine, entre le rejet et l'espoir, entre la défiance et une terrible envie d'être aimé. Comme nous tous." page 24

Page 147 : "Car toujours les mères courent, courent et s'inquiètent, de tout, d'un front chaud, d'un toussotement, d'une pâleur, d'une chute, d'un sommeil agité, d'une fatigue, d'un pleur, d'une plainte, d'un chagrin. Elles s'inquiètent dans leur coeur pendant qu'elles accomplissent tout ce que le quotidien réclame, exige et ne cède jamais. Elle se hâtent et se démultiplient, présentes à tout, à tous, tandis qu'une voix intérieure qu'elles tentent de tenir à distance, de museler, leur souffle que jamais elles ne cesseront de se tourmenter pour l'enfant un jour sorti de leur flanc."

Page 15 " Au lit, maintenant, les enfants. Je les accompagne jusqu'à leur chambre, où j'arrange une couverture, regonfle les oreillers, propose une peluche, ramasse un livre, un jouet à terre. Non, pas d'histoire ce soir, il est tard. Oui, je laisse la lumière dans le couloir, promis. C'est le temps des mots secrets, ceux qui permettent de dénouer la journée, de la reposer dans ses plis avant de la laisser s'enfuir, se dissoudre, c'est le temps d'apprivoiser la nuit, c'est le temps des mots sans lesquels le sommeil ne viendrait pas.Je plonge le visage dans la tiédeur des cous, des oreilles, des bras qui veulent me retenir, des doigts légers, un peu collants, qui caressent mes joues, je sombre dans la douceur des cheveux lavés, du linge frais. Chut maintenant. Il faut dormir. "

 

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L'avis de Noukette.  

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27 août 2018

Linea nigra de Sophie Adriansen

linea negra 

Linéa Nigra ou le pavé (493 pages tout de même) que j'ai dévoré à la vitesse de la lumière en décembre dernier. Je l'ai refermé avec les mêmes peur et envie mêlées de faire un enfant qu'avant de l'ouvrir.

La narratrice, Stéhanie, 32 ans, conciente que la fertilité diminue avec l'âge, en couple depuis peu avec Luc, sans vivre encore avec lui, pèse le pour et le contre d'avoir un enfant. Elle en conclut que ok, ils le feront, mais pas sans césarienne. 

Avant d'être enceinte c'était olives vertes et reuilly, amandes grillées et blanc de Loire quand il y avait réunion d'urgence avec son amie Méredith, c'est devenu noix de cajou et diabolo violette.

Au fond de Stéphanie, la blessure laissée par les vaines tentatives d'enfanter avec Guillaume (le syndrôme de la vitre étoilée), des peurs et notamment celle de tomber sur un corps médical qui ne soit pas bienveillant (les bouchers qu'elle a entendu discuter dans le train). Elle lit, se documente, imagine mais rien ne va se passer comme elle le rêvait. 

Sophie Adriansen aborde tout sur la grossesse et l'accouchement sans tabou au travers de l'histoire de sa narratrice. Et c'est une lecture qui a certainement participé à l'arrêt de mon contraceptif un mois après... 

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17 juillet 2018

Tant bien que mal, Arnaud Dudek. Un livre qui laisse sans voix.

tant bien que mal

 

Des chapitres courts d'une page ou deux. Pour heurter. Marquer. Gagné. 

Un enfant de 7 ans bourrés de tocs qui reproduit des rituels pour éviter que le mauvais scénario ne se reproduise. 

Vingt trois ans plus tard. L'enfant est devenu homme et écrivain d'histoires de monstres pour enfant. Il a un mal de chien à prendre la moindre décision. Il peine à être heureux.

Il retrouve le salaud, l'homme à la ford, qui a brisé son enfance, sa vie. Il lave le linge sale, il tient pressing. 

Dans un aller retour maitrisé entre présent et passé, l'auteur donne à lire la culpabilité de s'être fait avoir, de ne pas s'être assez méfié, de ne pas avoir parlé de suite et l'envie de se venger sans savoir comment blesser son bourreau autant qu'on l'a été. 

Un roman qui laisse sans voix. 

"Quand j'ai laché le point final de ce livre, j'ai tangué un peu, j'étais ivre. Peut être que vous tanguerez aussi. Peut être que nous tanguerons ensemble. Mais c'est une belle ivresse, la littérature. "page 91

"Avec le temps, nous ne sommes plus les mêmes. Lorsque nous regardons en arrière, nous nous reconnaissons à moitié, tandis que l'autre moitié nous laisse généralement perplexes. " page 66

 

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16 juillet 2018

Le ciel est partout de Luke Allmutt. Waou, un sacré premier roman !!!

le ciel est à nous

"Dans tous les livres sur la grossesse que j'avais lu, on prévenait qu'il me faudrait du temps pour développer une relation intime avec mon enfant, contrairement à Anna pour qui l'attachement serait immédiat. Et tous, ils se trompaient. Car ce lien, je l'ai ressenti instantanément, comme une décharge électrique qui m'a saisi la colonne vertébrale, la certitude soudaine que toute ma vie, toute mon histoire venait de prendre enfin sens. Quoi, nous, nous avions crée cette créature minuscule, ce machin qui faisait des bruits d'oiseau ? Non, Impossible... Nous, nous avions crée une nouvelle personne, un être humain avec des doigts, des orteils, un cerveau, une âme ?" page 88 de ce roman splendide. Le sujet est pourtant dur : un enfant de même pas 10 ans atteint d'une vilaine tumeur au cerveau.

Ce roman se situe en Angleterre, on y tartine de la Marmite dans les sandwichs (pâte à tartiner à base de levure de bière) et c'est Rob dont on fait la connaissance en premier. Rob semble noyer un lourd chagrin dans l'alcool et alimente un curieux blog avec des photos de ciel. On comprend peu à peu de quoi il s'agit grâce à un retour dans le passé. On rencontre alors Anna, cartésienne pragmatique, une femme qui marchait "toujours avec une espèce de résolution exagérée, comme si elle était en retard à un rendez vous important". Elle a l'élocution et l'attitude d'une héroîne d'Enid Blyton, "un rien chichiteuse, un poil sainte Nitouche". Ils viennent de milieux complètements différents, lui des quartiers pauvres, elle des riches. Ils ont mené un vrai combat pour créer leur famille et ont mis la même énergie pour éviter qu'elle n'éclate à cause de la maladie. Chacun y a réagi avec sa façon de voir la vie, Anna en faisant preuve d'une résignation réaliste, Rob d'un naif optimisme. Elle fait confiance aux médecins quand lui cède aux sirènes de traitements experimentaux dont les mérites sont vantés sur les forums internet. 

Je vous recommande ce roman excellement traduit de l'anglais par Sophie Bigot. Foncez sans avoir peur de ce que vous allez lire.

Pour une fois je vous cite la quatrième de couverture si juste : "Dans ce voyage jusqu'au bout de la peine et de l'acceptation, c'est pourtant la beauté de la vie qu'il nous donne à voir au travers d'une écriture hyperréaliste profondément émouvante."

"Tu crois toujours que tout va finir par s'arranger, a-t-elle dit avec un demi-sourire. - Oui. C'est mieux que de croire que tout va finir par merder, non ?" page 162

"Les souvenirs c'était comme du cartilage, ça résistait à tout, ça ne se laissait pas briser". page 253. 

"C'est comme ça l'alcool fiston : ça te donne l'impression que tu tiens le monde dans ta main, mais en réalité c'est le monde qui t'écrase dans son poing". page 373

"Parce que c'était possible en rêve alors c'était possible tout court. C'etait ce que me répétait mon père." page 254. 

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31 mai 2018

Comment j'écris. Leïla Slimani.

leila 

J'avoue, en 2016 j'étais passée à côté de "chanson douce" et de son auteure qui a reçu pour ce roman le prix Goncourt. Madeline m'a glissé "Comment j'écris" entre les mains et cette conversation entre Leïla Slimani et Eric Fottorino m'a non seulement donnée une furieuse envie de le lire, mais également de fréquenter à nouveau un atelier d'écriture. 

Leïla et Eric évoque la manière dont elle écrit, ce qui nourrit son imaginaire "boursouflé" depuis l'enfance, comment elle a intégré les conseils précieux délivrés en atelier d'écriture pour camper des personnages sans forcément les décrire et créer une ambiance sans tout dire au lecteur auquel elle fait éminement confiance. 

J'ai relevé des tas de passages et j'ai beaucoup pensé à Sophie Anne, Viviane et Sonia David, mes coachs d'écritures qui me manquent tant. Je me souviendrai toujours de la manière dont Viviane m'invitait à raboter mes textes quand j'en disais beaucoup trop. "Laisse de la place au lecteur"

A ceux qui ont tenté l'écriture, lisez le. Quant aux autres, lisez le aussi. 

Merci Madeline !

"Je crois que ce qui est important dans l'écriture, comme dans tout processus de création, c'est que cela demande un mélange à la fois d'orgueil, parce qu'il faut croire un minimum en soi, et surtout de très, très grande modestie. C'est à dire d'accepter qu'on s'est planté, que ce n'est pas bon, que cette fois ce n'est pas bien, que cette fois on a échoué et donc être capable d'entendre ce que l'autre a à vous dire de votre texte, ce ce que vous écrivez." page 36

"On n'écrit pas pour rien, les situations, on ne les crée pas pour rien, on jette des petits caillous, et à la fin, il faut que tout cela prenne sens." 

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21 mai 2018

Petits secrets, grands mensonges de Liane Moriarty. Prenant.

LIANE

Ce roman est prenant. Preuve en est que je l'ai commencé il y a un mois, que je me suis souvent endormi en pleine lecture et que j'ai lu un autre livre entre temps, sans jamais perdre le fil. C'est fort. 

En même temps l'histoire l'est, forte. On sait dès le début que quelqu'un est mort lors du quiz organisé par l'école. Mais on ignore qui, pourquoi et comment.

On s'attache à Jane, Céleste et Madeline, mères de famille aux secrets bien gardés, on déteste le gang des serre- tête qui juge et médit. On rêve de déguster un muffin offert par Tom au café le Blue Blues. Les masques tombent et les voiles se lèvent au fil des chapitres. On comprend peu à peu ce qui sous tend les comportements des adultes et des enfants. Et cela fait froid dans le dos.

Bref, j'ai adoré ce livre. Merci Sarah !!!

Je serai curieuse de visionner Big little Lies la miniserie qui s'est inspirée de ce roman. 

Bravo à Beatrice Taupeau pour la traduction. 

extraits : " L'idée qu'envoyer son enfant à l'école serait comme y retourner elle-même ne lui avait jamais effleuré l'esprit." page 162

"les parents sont en effet enclins à se juger les uns les autres. J'ignore pourquoi. Peut être parce que aucun de nous ne sait vraiment ce qu'il fait". page 149

"Jane sentait que quelque chose n'allait pas. les singes étaient là - des têtes qui se tournaient discrètement, des sourires qui ne montaient pas jusque dans les yeux, le vent du jugement, léger mais présent. " page 202

"Force était de constater qu'en marchant, on pouvait confier des choses qu'on n'aurait probablement pas partagées s'il avait fallu soutenir le regard de l'autre autour d'une table."

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07 mai 2018

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi de Laurent Gounelle. Passionnant.

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J'ai dévoré le dernier roman de Laurent Gounelle dont j'attendais impatiemment la sortie en poche. J'en ai carrément laissé tomber ma lecture en cours (le Liane Moriarty, "petits secrets, grands mensonges"). 

Ce livre est passionnant. Alice travaille dans une agence de communication et est spécialisée dans la communication de crise. Quand ses parents lui disent que son ami d'enfance, Jérémie, devenu curé à Cluny en Bourgogne, ne va pas bien, elle décide de lui venir en aide.

Il déprime de ne pas parvenir à mobiliser davantage de fidèles dans son Eglise qui est bien vide chaque dimanche. Alice lui propose de l'aider à revoir sa "stratégie marketting". L'indécrottable athée qu'elle est, prend sa mission à coeur et lit la Bible dans son intégralité. Elle interroge des grands spécialistes, confronte les idées de Lao-Tseu et Jésus. Tout est bon pour identifier un message qui soit plus moderne, accessible et attractif. Y compris emmener Jérémie suivre la grande messe du pape du développement personnel : Toby Collins. Elle tente d'instiller les méthodes de son gourou de la confiance en soi dans les prêches de son ami jusqu'à remplacer le protocole rigide de la confession par une sorte de coaching moderne. Pour Alice, il appartient à Jéremie de montrer à ces concitoyens comment les messages de la Bible peuvent les aider à vivre.

J'ai corné des tas de pages, beaucoup d'extraits sont à relire. Notamment ceux qui abordent l'égo qui nous empêche d'accéder à l'eveil. 

Je vous recommande chaudement cette lecture qui fait réflechir. Elle a captivé la non croyante que je suis. A chaque baptême auquel j'assiste, je reste hermétique au bla-bla des hommes d'Eglise. J'ai adoré cette tentative de dépoussiérer le rituel catholique et le crossover avec le développement personnel.

Et si Dieu se trouvait en chacun de nous ? 

Extraits :

page 41 : le malaise ressenti comme à chaque fois à l'entrée dans l'Eglise , ce sentiment désagréable de ne pas être à sa place, et ce conflit interne : faire le signe de croix et le vivre comme une simagrée hypocrite ou ne pas le faire et se sentir jugée comme une impie. 

page 68 : l'arrogance et la dévalorisation sont les deux faces d'une même pièce, car celui qui jouit d'une réelle estime de soi n'éprouve pas le besoin d'affirmer sa valeur aux autres. 

page 172 : on gagne à se libérer des attachements de l'égo. Votre égo s'attache à tout ce qui le valorise mais qui n'est pas vous : les rôles que vous jouez, les belles choses que vous possédez, vos attributs les plus flatteurs et vos putains de succès. 

page 242 : plus on cultive son image, plus on etouffe son être. 

page 175 : Le désir dans les spiritualités orientales renvoie à l'égo : c'est l'égo qui désire un objet, une promotion, plus d'argent ou je ne sais quoi encore. Parce qu'avec l'objet du désir, l'égo ambitionne toujours de se renforcer, se valoriser. A travers ce qu'on désire,on cherche inconsciemment à accroître notre identité ou plutôt notre sentiment d'identité. Il faut dire quon tend à être confus sur qui on est, donc on ne sait pas trop comment être plus soi-même. On désire alors des choses pour tenter d'éxister un peu plus grâce à elles. Quand vous désirez un vêtement, une voiture ou n'importe quoi d'autre, vous croyez inconsciemment que ce vêtement, cette voiture va ajouter quelque chose à qui vous êtes, va vous rendre spécial, intéressant, va vous apporter de la valeur. Bref, va renforcer votre identité. C'est une illusion, bien sûr, et les spiritualités orientales comme le taoïsme, le bouddhisme ou l'Hindouisme invitent à se libérer des désirs (...) ça vire à l'escalavage. Comme le désir est basée sur une illusion, renforcer votre didentité, l'objet du désir n'apporte pas ce qui est recherché, donc c'est une quête sans fin : vous désirez sans cesse de nouvelles choses qui ne vous apportent jamais ce que vous recherchez. "

page 214: Vos traditions, ce sont des discours et des rituels imaginées à une époque reculée comme le meilleur moyen de transmettre les messages aux gens. Mais l'époque a changé, les gens ont évoulé, et vos traditions devraient rester immuables ? Il y a deux mille ans, la science était à l'état larvaire, personne ne comprenait l'univers, les gens étaient pétris de peur, de supersititions et de croyances stupides. Il suffisait peut être d'ajouter de nouvelles croyances pour qu'ils vous suivent, les êtres humains ayant besoin de sens. Pas aujourd'hui : les gens sont intelligents, cultivés, et plus personne ne peut croire des sornettes. On a besoin de comprendre. Il faut expliciter les choses et aussi les faire experimenter par les gens. 

page 295 : Aimer, c'est déja s'aimer soi-même. S'aimer nous donne la force de ne pas être bléssé par les piques décochées par l'égo des autres, et de ne pas les laisser activer le nôtre en retour. Aimer, c'est aimer l'autre en parvenant à discerner la personne derrière un égo parfois déplaisant, et voir ce dernier se dissoudre. Aimer, c'est trouver la force de parvenir à aimer ses ennemis, et les transformer en alliés. Aimer, c'est aimer la vie malgrè les tracas et les coups durs, et découvrir qu'ils ne sont que les outils de notre lâcher-prise, de notre évolution, de notre éveil. L'amour est la clé de tout. Le secret du monde. 

page 182 : Le chrisitanisme est une religion dualiste : Dieu est vu comme un être tout-puissant, à qui le croyant s'adresse, qu'il adore, qu'il implore, à qui il demande pardon...Le chrétien croit que la dévotion le libérera après la mort. Le bouddhiste, l'hindou ou le taoïste croit que la Connaissance peut le libérer maintenant, de son vivant. (...) Le chrétien croit en l'existence du Paradis, de l'enfer, comme des lieux réels où il ira un jour. Les hindous savent que tout est en nous, tout : le Paradis, l'enfer, Dieu. 

Page 183 : puisque notre état de conscience ordinaire ne nous permet pas de réaliser notre nature divine, nous ressentons un certain flou sur qui nous sommes, et c'est angoissant. Nous avons peur de ne pas exister assez, de ne pas avoir de valeur. C'est là que nous nous créon une fausse identité rassurante : notre égo. Or plus on developpe cette fausse identité, plus on s'éloigne de sa vraie nature, sa nature divine. Et plus on est alors malheureux : vivre dans l'égo, c'est vivre l'enfer. (...) notre égo veut que l'on soit unique, pour avoir une existence propre, indépendante, et pour se sentir unique il faut se sentir différent. Donc l'égo nous sépare des autres... et nous éloigne de plus en plus de notre vraie nature, qui au contraire tend à l'union, à l'unité. S'il le faut notre égo peut pousser certains dentre nous à l'opposition, au conflit, à la division...Mon égo ne veut pas voir l'unité, il veut de la dualité. Certaines personnes ont besoin de conflits pour se sentir exister ! (...) le diable aussi est en nous. 

 

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