Les facéties de Lucie

12 juillet 2017

Quand Le petit carré jaune m'invite à écrire...

Quand Sabine m'invite à écrire pour une fenêtre estivale sur son blog et que j'ai en tête la photo d'un atelier de Leiloona, ça donne ça...

talons-aiguilles

 

« Tu veux que je te dise ce qui me plait dans cette histoire de smileys et d’émoticônes ? »

Juchée sur des escarpins vernis noirs, elle fume une dernière cigarette avant le moment fatidique. Elle ne me laisse pas le temps de lui répondre.

« C’est qu’on s’envoie sans arrêt des bisous, des sourires et des cœurs. Même mes clients m’envoient des bonhommes qui pleurent de rire, des cotillons et des bouteilles de champagne et mon père m’envoie des petits chats qui ont des cœurs à la place des yeux ! C’est quand même formidable ! On n’en fait pas autant hors écran. On n’ose pas se câliner, se dire merci et qu’on s’apprécie. Alors que là bham ! On glisse des cœurs de toutes les couleurs, des mains en prière de gratitude ou qui applaudissent, une bouille couverte d’effroi ou de tristesse. On assume nos émotions, on les affiche. » Elle jette sa cigarette et l’écrase de la pointe de sa chaussure vernie.

« - C’est à vous dans 15 secondes » lui annonce le jeune homme à l’oreillette qui tient clipboard et est avec nous dans les coulisses.

La robe de Mélinda paillette grave, elle fait boule à facettes. Son parfum rend dingue. Je lui enverrai bien une pluie de cœurs sur les cheveux, là, maintenant.

Elle s’apprête à se mettre à nu devant des milliers de paires d’yeux et quatre dossiers de fauteuils en skaï rouge.

Melinda en a assez d’être la pulpeuse chanteuse, le joli morceau. Elle en a marre d’entendre « c’est sûr qu’avec des poumons pareil, elle doit avoir du coffre ».

Melinda veut seulement qu’on l’aime pour sa voix, pas pour son corps de dingue et son joli minois. The voice c’est sa chance. Melinda la saisit comme elle le fait chaque fois qu’ils s’en présentent dans sa vie, des moments propices. Je suis toujours dans l’ombre, dans les coulisses. Soutien indéfectible. Pense bête, porte sac, secrétaire, épaule sur laquelle pleurer, pote avec qui picoler. Mais je ne suis jamais sur le devant de la scène. J’en rêve souvent sans oser lui dire. Et si je lui envoyais un sms truffé d’émoticônes expressifs ? Le rideau s’ouvre, elle commence à chanter. Je croise les doigts et répète comme un mantra : retournez vous les jurés, tapez sur le buzzer, retournez vous….

Et toi Mélinda, Regarde moi. 

Posté par lulu38 à 19:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


13 avril 2017

Le coeur du Pélican de Cécile Coulon "Il faut que la vie vous arrache le coeur sinon ce n'est pas la vie."(C.Bobin)

le coeur du pelican 

J'ai tellement entendu parler des romans de Cécile Coulon que j'ai décidé d'essayer moi aussi. J'ai choisi cette histoire d'homme qui court et illustre bien cette phrase de Christian Bobin. Je l'ai commencé, puis laissé pour un roman jeunesse. Je l'ai récupéré, puis j'ai failli flancher et le lâcher dans les derniers chapitres. Bref. Ma lecture a eu à peu près le même rythme que le destin d'Anthime : j'ai dévoré ses débuts prometteurs, fait une pause avant sa chute et lut laborieusement sa tentative de vengeance. J'en ressors avec un sentiment étrange : une tristesse pour cet homme aigri par l'échec qui a fait le choix d'une vie sans joie.

Cécile est née en 1990 et c'est à peine croyable tant son écriture est mature et son observation des relations humaines poussée. Elle nous donne à lire le portrait d'un homme dont l'orgueil blessé va guider tout ses choix. Autour de lui gravitent trois femmes, sa soeur Hélena, son fantasme Béatrice et sa femme par dépit : Joanna. Les deux premières lui donnent des ailes quand la troisième lui coupe. Cet homme à terre qui se remplit va trouver un moyen de venger l'adolescent blessé qu'il était. Il va aller au bout de lui même quitte à se perdre. 

Quelques extraits en images.

peur

peur 1

Posté par lulu38 à 20:08 - Commentaires [6] - Permalien [#]

26 mars 2017

Les singuliers d'Anne Percin, coup de coeur.

les singuliers

A l'époque de la sortie de ce roman, Les singuliers, j'avais lu des billets à son propos qui ne m'avaient pas donné envie de relire du Percin.

J'avais pourtant adoré Bonheur Fantôme au point de ne pas parvenir à faire de billet dessus. Je l'avais acheté sur les conseils de Clara et avait carrément corné des centaines de pages tant les mots me parlaient. Dans le billet de ma prescriptrice on peut encore lire "Le style d’Anne Percin est unique, comme des touches de couleurs différentes qui font un très beau tableau".

Il est justement question de tableaux dans ce roman "les singuliers" publié en 2014 au rouergue dans la collection La brune.

C'est un coup de coeur. A cause du genre, épistolaire, mais surtout parce que l'auteure le maitrise à merveille. Pourtant rien de facile, les courriers sont écrits en 1888 à l'heure de la contruction de la Tour Eiffel, de l'emergence de nouveaux mouvements de peinture, de Jack l'éventreur, du kodak à pellicule et de l'Exposition Universelle. C'est dire si Anne Percin avait du boulot pour que tout ait l'air juste et crédible. C'est réussi.

Elle nous donne à lire les lettres que Hugo,Tobias et Hazel s'envoient. Hazel et Hugo sont cousins, elle vit à Paris et lui a élu domicile à Pont Aven. Tobias et lui sont amis d'enfance. Tobias vit à Ostende. Tous les trois sont peintres, contemporains de Gauguin et Van Gogh. 

A travers leurs échanges, on comprend la difficulté de vivre de son art, de trouver chaque jour l'inspiration, d'être légitime aux yeux des siens. Et on lit la passion qui les anime, l'impossibilité de faire autre chose pour supporter la vie. 

C'est passionnant et tellement actuel, c'est drôle, émouvant et bien senti. Anne Percin mêle le réel à la fiction sans qu'on ne perçoive aucune des coutures. Je dis chapeau. Et j'ai freiné ma lecture pour ne pas quitter trop vite ces personnages devenus familiers dont je lisais le courrier depuis 400 pages... Je vous le recommande chaudement.

La 4ème de couverture, une fois n'est pas coutume, était une invitation très bien formulée d'ailleurs : "Anne Percin mêle figures historiques et personnages fictifs pour nous offrir un roman épistolaire bouillonnant. C'est un tableau monumental, qui croque sur le vif l'esprit du temps et nous le rend vivant. "

Des extraits (j'en ai relevé tant...)

page 284 : C'est plein de vent, d'orages sur la mer, de nuages comme des colonnes solides élevées dans le ciel, de pierres grises debout le long des chemins. Très Breton. 

page 375 Comme dit toujours Gauguin, on est bien obligé de croire en ses rêves. A un certain point de la vie, on est allé trop loin pour renoncer, on n'a plus le choix. 

Il y a des gens qu'on a presque peur de photographier tant on craint que quelque chose d'eux passe par l'objectif et vous atteigne.page 60

Page 252 A part ça, j'ai vu des toiles de Vincent. Une fameuse idée, ces tournesols, énormes comme des météorites ! J'ai toujours dit que la fleur était un sujet ridicule en peinture et douté qu'on puisse en faire autre chose qu'un motif simplement joli, mais ce gaillard là me fait mentir, tout simplement parce que ce ne sont pas des fleurs qu'il peint. Ce sont des têtes humaines, chargées de songes et de soucis, écrasés de leurs poids, pensives et bourdonnantes comme des cerveaux trop pleins... vivantes ! oui plus que des portraits, de vraies têtes. Elles sont vivantes car elles ont l'air de mourir sous nos yeux. "

Posté par lulu38 à 21:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

07 mars 2017

Les passants de Lisbonne de Philippe Besson

LES PASSANTS DE LISBONNE 

D'abord vous dire tout de go que j'ai adoré ce roman. Il y a 4 ans j'avais déjà eu le coup de coeur pour "l'arrière saison". 

C'est confirmé, l'écriture cinématographique de Philippe Besson me plait. Il a le don pour trouver les mots justes pour décrire nos états d'âme. Ici encore il s'agit d'amour perdu. La toile de fond c'est Lisbonne. 

Tout est bien senti, rendu : l'ambiance des rues, la vie portugaise, l'hôtel feutré protecteur et la douleur des amours meurtris. 

Héléne est veuve depuis peu. Son homme a péri dans le tremblement de terre de San Francisco. 

Celui de Mathieu a crée la secousse fatale par une lettre de rupture posée sur la table de la cuisine. 

Tout deux ont le coeur qui saignent et sont venus à Lisbonne pour noyer leur chagrin, le rendre plus supportable. Hélène ne voit rien autour d'elle, les yeux plongés dans le vide quand Matthieu se frotte à d'autres corps pour oublier celui de son amant perdu. 

Il séjournent dans le même hôtel et vont finir par unir leur solitude dans un dialogue autour des disparus. Comment vivre sans eux ? 

Philippe Besson est talentueux. Peu d'action ou de changement de décor dans ce roman et pourtant on ne s'ennuie pas une seule seconde avec ces deux êtres en souffrance. Ils se sont reconnus et rapprochés. Ils se racontent, se délestent, s'épaulent et marchent bras dessus, bras dessous. Ils prennent garde de ne pas heurter l'autre.  

C'est splendide. 

page 166 "Je crois qu'à cause de ça, je ne serai pas capable d'en aimer un autre, un jour. (...) Elle se trompe. Enkystée dans son deuil, elle a juste occulté que le temps change beaucoup à l'affaire. Qu'il gomme les névroses, balaye les fidélités. Et que le hasards fabrique des rencontres. Il ne s'est pas écoulé assez de temps encore et le hasard n'a pas frappé, voilà tout, mais cela viendra."

page 140 " elle n'imaginait pas qu'il existait un écart si grand entre l'intuition et la certitude, entre lhypothèse et la vérité. De ces écarts en apparence minimes et qui s'ouvrent tels des précipices où on perd la raison. Elle croyait avoir accompli la plus grande partie du chemin, elle a appris que les tout derniers mètres sont les plus durs, les plus épuisants. Elle s'est rappelé ces marathoniens ayant parcouru plus de quarante kilomètres et qui donnent l'impression de déployer des efforts surhumains pour franchir la ligne d'arrivée. Elle s'était dit, chaque fois: c'est trop bête, pourquoi flancher maintenant, et qu'ont-elles de plus ardu, ces ultimes foulées? Au contraire, ils devreient se sentir pousser des ailes, puisque la délivrance es si proche. Mais non. "

page 30 "c'est curieux comme on compte sur les exils pour régler nos névroses et comme on doit convenir rapidement qu'ils ne règlent rien. Au mieux ils apaisent les névralgies. Mais on part quand même, on repart quand même. Dans les lieux neufs, les visages du passé n'ont pas les mêmes contours, ils ne sont plus aussi précis. Et on ne se cogne pas contre les moments insignifiants, vécus ensemble. "

page 28 "Elle, elle ne voit que ça, sa détresse, sa déroute. Elle a appris que les gens sont incapapables d'accueillir une nouvelle comme celle-là, ils n'y ont pas été préparés, ils sont maladroits le plus souvent, visent trop court ou trop long, elle ne leur en veut pas, inatteignable dans son deuil. "

page 29 "Les gens fuient le chagrin le plus souvent."

page 33 "il aurait aimé l'emmener dans le vieux Lisbonne, dans un lieu exigu et bruyant, où l'on sert de la morue et du vinho verde."

page 41 "Il a appris qu'on a presque toujours tort de vouloir rester seul avec son anxiété, pourtant il sait aussi qu'on a ce réflexe, qu'ainsi on se protège, que ce blanc autour de soi est une sorte d'ascèse. Il aurait sans doute agi comme elle. Il aurait refusé la présence des autres, leur pollution." 

Posté par lulu38 à 17:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

27 février 2017

Adieu de Jacques Expert

adiue

 

J'étais ravie de retrouver la plume de Jacques Expert dont j'avais adoré "ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils". 

A mi livre pourtant je peinais. J'ai alors hésité entre abandonner ce commissaire cinglé ou lui laisser une chance de me prouver qu'il n'est pas un raté. 

Je vous explique un peu mais je vous dis d'entrée de jeu que je suis allée jusqu'au bout sans le regretter. Le dénouement vaut le coup des longueurs. Pire, c'est carrément orchestré par l'auteur cet agacement chez le lecteur. 

On rencontre le commissaire Langelier au moment de son pot de départ à la retraite. Dix ans auparavant, a commencé une série de meurtres atroces. Ce qui semblait au départ une tuerie familiale semble ensuite être le scénario d'un tueur qui enchaine : une mère de famille égorgée, ses enfants étouffés et le mari introuvable.

Le commissaire Langelier est chargé de l'enquête. Il maintient la théorie d'un père tueur contre l'avis de tous. Ses supérieurs finissent par lui retirer le job, il patine depuis trop longtemps. Il fait alors cavalier seul et détricote toute l'enquête pour découvrir la vérité. Son entêtement lui coûte la confiance de ses pairs et, pire, sa vie de famille. 

Alors Langelier a t'il résolu l'enquête et trouvé le meurtrier ? Il vous faudra rester jusqu'à la fin de son pot de départ pour le savoir. Prenez une chaise et ouvrez grand vos oreilles. 

Posté par lulu38 à 12:16 - Commentaires [7] - Permalien [#]


26 février 2017

Accords parfaits de Daria Bignardi. Coup de coeur !

ACCORDS PARFAITS

 

Je m'apprêtais à quitter la salle des romans de la médiathèque lorsque la couverture de ce livre a attiré mon attention. La 4ème de couverture a fini de me convaincre et j'ai bien fait de suivre mon instinct. 

Elle est belle l'histoire de Sara et d'Arno. Adolescents, ils se sont aimés le temps d'un été. Sara a quitté Arno. 

Seize ans plus tard, ils se retrouvent. C'est l'évidence, ils se marient et créent une famille composée de trois enfants. Arno a réalisé tout ses rêves : il est devenue viollonceliste à la Scalla et il a retrouvé sa Sara avec laquelle il vit un amour idéal.

Pourtant 4 jours avant Noël, Sara disparait en lui laissant un mot laconique sur la table de la cuisine. Elle évoque un besoin impérieux de s'éloigner. Arno croit à une mauvaise blague de sa femme. Son absence s'éternise. Il s'organise avec son métier et les enfants. Pour la retrouver il parcourt toute l'Italie à la rencontre de ceux qui connaissent ou ont connu Sara. Il s'aperçoit alors qu'il ne connaissait pas sa femme aussi bien qu'il le croyait. 

J'ai dévoré et adoré ce roman.

Il faut remercier la traductrice Anaïs Bokobza pour son travail réussi et l'auteure pour la manière dont elle a tissé cette histoire qui interroge subtilement la notion de couple. Le passé et le présent sont habilement mêlés. La tension maintenue est justement dosée. Les drames intimes sont crédibles et terribles. On s'attache aux personnages et on a envie de parcourir l'Italie aussi. Bravo !

"Je comprends maintenant d'où vient la capacité de Sara à nouer des relations intimes avec les personnes les plus disparates : de son père. Ces deux là sont un mélange de sauvagerie e d'empathie, ils sont proches à la fois de tout le monde et de personne." page 85

"A Cala Fasla, les couleurs sont changeantes. Ce matin  la mer est gris-bleu et le sable semble briller d'une lumière propre, lunaire tandis  que les rochers roses sont assombris par le ciel. On ne voit pas le soleil. Quelques rares groupes de nuages immobiles, blancs ou gris pâle, se détachent sur le ciel gris-violet : ici nous sommes au Nord , chaque instant de la journée et chaque jour de l'année est unique." page 109

"Les ciels bleus au soleil éblouissant et la mer plate sont rares par ici, mais personne n'en sent le manque. Ce paysage est en mutation permanente, il est inquiet, vivant. "

Clara avait aimé ces pages subtiles et remplies de finesse ! 

Gwen a été emballée !

Posté par lulu38 à 18:04 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

21 février 2017

Zen de Maxence Fermine. L'art de faire taire les dragons qui sommeillent en soi.

zen

 

Ce roman de Maxence Fermine a été glissé dans mon colis de Noël par Sabine des Livres voyageurs. Comme elle a bien fait ! 

La 4ème de couverture m'a parlé de suite et la citation en exergue aussi : "les vraies rencontres sont rares". François Cheng

Ce roman met en scène un japonais calligraphe, Maître Kuro. Retiré du monde, il pratique son art toute la journée dans le silence le plus absolu. Son quotidien est réglé comme du papier à musique : temps de travail, de repos, temps de repas et de méditation. Rien ni personne ne semble pouvoir le distraire de cette routine. C'était sans compter sur l'arrivée d'une jeune femme à laquelle il doit enseigner son art. Elle est comme une bourrasque d'air frais qui va le ramener à la vie. Je ne vous en dis pas davantage sous peine de dévoiler tous les secrets de cette histoire. 

Je l'ai déjà relu plusieurs fois par touches. Pas un mot n'est de trop. Ces 134 pages atteignent une densité émouvante. Bravo. 

On tente parfois de cacher ses tourments, d'éteindre le feu de la vie et les passions déraisonnables. On pense avoir atteint une certaine sagesse. Jusqu'à ce qu'une Yuna déboule dans notre existence et nous fasse réaliser qu'on ne peut pas vivre à moitié dans la tiédeur d'une discipline rassurante. 

page 55 "Après tout, il est parfois agréable de se laisser entrainer par l'imprévu. Qui est venu frapper à sa porte, telle une tempête de neige en plein été. Quelque chose d'absolument dérengeant, mais tellement rafaichissant. "

page 61 " le zen est une voue d'authenticité et d'éveil. Un état d'esprit. Basé sur le relâchement, la concentration et la méditation. Pour y parvenir, il est nécessaire d'entretenir son corps et de cultiver son esprit. retrouver la notion de geste naturel. Rester vrai. C'est le seul chemin à suivre pour connaître la plénitude."

zen

Posté par lulu38 à 16:52 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

20 février 2017

"Pars avec lui" d'Agnès Ledig

pars avec lui

 J'ai lu, dans le dernier numéro du magazine Flow, un portrait d'Agnès Ledig. J'ai alors mieux compris pourquoi sa plume m'a fait pleurer. Cette auteure est traversée par les émotions, les siennes et celles qu'elle perçoit si bien autour d'elle. Hypersensbile et douée d'empathie, elle est d'un optimisme sans faille malgré les coups durs qu'elle a vécus. 

En lisant les premiers mots de "Pars avec lui" j'aurais dû comprendre qu'il ferait fortement écho en moi : "C'est tout au fond de soi, dans l'obscurité des failles profondes, que l'on trouve parfois la force de se battre pour la lumière. L'amour sans respect n'est pas l'amour. En prendre conscience et le fuir ne constitue ni un échec ni même une défaite, mais une grande, une très grande victoire ". 

Je l'ai lu sans me douter qu'il me laisserait les yeux aquariums une fois refermé. Jusqu'à la moitié je me disais ok c'est un roman "feel good" facile à lire et sympathique. Il a finalement représenté bien plus que cela pour moi. 

L'histoire : un jeune pompier est soufflé par l'explosion de l'immeuble sur lequel il intervenait pour sauver un enfant des flammes. L'infirmière du service dans lequel il est hospitalisé va booster son envie de se remettre sur pied. Ils vont s'aider l'un l'autre à faire revenir la vie en eux. 

"Pars avec lui" c'est le message que souffle parfois la petite voix au fond de soi. Cela parait parfois déraisonnable et cela se révèle pourtant être la meilleure solution. 

"Rien n'arrive par hasard. Je suppose qu'il aura fallu que Juliette vive des choses très dures pour se libérer de cet homme. ça s'appelle l'experience. Après tout, nous souffrons tous et c'est ce qui nous indique le chemin à suivre ou celui à éviter. Pour moins souffrir la fois suivante." page 272

J'ai adoré l'idée de l'arc en ciel =

"-il y a une seule chose importante que vous puissiez faire pour ce bébé quand ça ne va pas et que vous avez peur pour lui, c'est lu envoyer un arc en ciel d'amour...

- un arc-en-ciel d'amour ?

- vous visualisez votre coeur, vous visualisez le sien, le trajet est court, et vous imaginez un ar-en-ciel d'amour de l'un à l'uatre. Un arc-en-ciel, parce que l'amour est tout aussi impalpable et immatériel, et tout aussi coloré. " page 212

"elle s'est délicatement posée sur la vie, comme une plume qui jusque là a été prise dans les remous des vents violents et rencontre enfin une zone de non-turbulence". page 218

"je suis souvent revenue sur ces années, en cherchant à comprendre ce qui avait bien pu se passer pour que je tombe dans cet engrenage malsain. J'ai compris que la seule chose qui m'avait vraiment manqué, c'était ce discernement dont on a besoin pour savoir si l'on se respecte. (...) je ne me suis pas respectée en laissant cet homme me mérpiser, me maltraiter psychiquement, puis physiquement."

"j'ai une certitude : on apprend la vie toute sa vie." "ça n'existe pas les personnes sensibles qui n'ont pas besoin d'un bouclier". "on a tous besoin de se sentir aimé véritablement, reconnu dans ses qualités et malgré ses défauts. Ainsi on peut s'épanouir sans crainte et sans jugement". page 342 et 343

Comme à Celeste du blog Livrogne, ce livre m'a fait du bien. 

Posté par lulu38 à 16:34 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

07 février 2017

Deux cigarettes dans le noir de Julien Dufresne-Lamy, à lire.

deux cigarettes 

Le 29 janvier je publiais sur facebook cette photo et ce commentaire : "Chic il existe encore des auteurs et des éditeurs qui m'envoient des romans malgré mon rythme de publication sur le blog. Pour la peine je l'ai entamé de suite !! Et il accroche d'entrée ! Merci !!" 

Julien Dufresne Lamy et Les éditions Belfond ont bien fait de m'envoyer ce roman. Je l'ai tout bonnement dévoré. La 4ème de couverture m'avait mis l'eau à la bouche.

Une fois ouvert, méfie toi lecteur, l'écriture te ferre et tu es foutu. Tu ne peux plus le lâcher. 

C'est à cause de l'écriture, oui, mais aussi à cause de cette femme singulière, Clémentine. On fait sa connaissance alors qu'elle est au volant, en route pour la maternité, secouée par de violentes contractions. Elle percute un piéton. Elle ne s'arrête pas. 

Une fois l'enfant né - Barnabé - les souvenirs remontent, par bribes, flous. Avant de donner la vie, Clémentine en a retiré une. Elle découvre qu'elle a privé le monde de la danse d'un grand nom : Pina Bausch. 

L'auteur m'avait mis en garde : "Attention aux rebondissements. (Bonhomme qui sourit)." En effet. 

Standardiste dans une usine de parfum, Clémentine est obsédée par la mort de Pina. Elle ne cesse d'avoir des flashs de l'accident. Elle enquête sur ce qu'il s'est passé cette nuit dont elle ne se souvient que de manière parcellaire. Elle veut savoir si elle est bien la meurtrière qu'elle croit. 

Elle lit et visionne tout ce qui concerne cette danseuse et chorégraphe talentueuse. On se régale des passages sur la création scénique de ce ballet de danse et sur le rôle de Pina qui demande à sa troupe d'exprimer ses émotions les plus viscérales par la danse. En remontant le fil de la vie de Pina, Clémentine revisite la sienne. Et l'on comprend alors ce qui l'a construit et d'où lui vient sa manière si particulière d'être mère. 

Un superbe roman sur la création et le procréation. Je l'ai aimé dans toutes ces facettes et vous le recommande chaudement. 

Un peu de philo pour finir je vous invite à lire cet article.  

Extraits

en parlant de son bébé : "il pèse comme un sac de courses, des courses de mi-semaine quand il reste encore quelques yaourts abricot dans le frigo" 

"la première nuit ici, Barnabé dort à tout rompre". 

Page 97 : "la naissance c'est comme un tatouage, le corps souffre mais il lave la mémoire."

page 199 " mon ventre se trouble"

deux cig

Posté par lulu38 à 20:03 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

06 février 2017

Une activité respectable de Julia Kerninon

une activité respectable

 

Sur le mur de Madeline Roth le post du 22 janvier 2017 m'a donné envie. Elle avait juste extrait deux passages du roman de Julie Kerninon. 

"Ma vie je la passe à lire des livres pour remettre les choses en place, pour me déplier, et c'est comme chanter tout bas à ma propre oreille pour me réveiller."

"Maintenant, mes livres sur des étagères de librairies paraissent logiques, évidents, on peut s'en servir pour justifier tous mes manquements, mais je me rappelle du moment où mes failles n'avaient pas encore d'explication, où il était possible qu'elles n'en aient jamais, et que je reste pour toujours à la porte de ce qui est important."

De cette auteure, je n'avais encore rien lu. Et pourtant "Buvard" m'avait souvent fait de l'oeil. Là j'ai craqué. 

"Une activité respectable" est une ode à la littérature et au rôle que les romans jouent dans nos vies, que nous soyons lecteur, écrivain ou les deux à la fois. Heureusement qu'il y a les mots pour nous aider à traverser l'existence. 

Ce court roman m'a parlé. Beaucoup. Sans doute parce que comme Julie j'ai été élevée par un dévoreuse de livres qui m'a en outre donnée une machine a écrire jaune. Comme celle que je vous glisse en photo, là. 

MZCHINE A ECRIRE

On écrivait beaucoup chez moi. Maman achetait des bloc notes, des crayons, des cahiers. Dans l'un d'entre eux, j'avais même commencé un roman. L'histoire d'un couple avec enfant unique qui emmenage dans une maison dont le grenier renferme une ancienne malle. La petite fille l'ouvre sans imaginer que c'est comme la boite de Pandore. Dès lors, de sacrés ennuis guettent sa famille. J'y décris les repas concoctés par la maman en long en large et en travers. (ça n'étonne personne n'est ce pas cette obsession pour la bouffe ?)

Lorsque je n'avais pas de livres ou de magazine sous la main,  j'ai comme Julie lu toutes les étiquettes de shampoing, papier wc, cornflakes, cookies,etc. Je continue parfois à le faire ...

Julia évoque le coup d'oeil de sa mère sur ses romans. C'est elle qui l'a convaincue de renoncer à décrire physiquement ses personnages "arguant que dans les livres d'horreur parfait qu'elle avait lus, les créatures monstrueuses ne sont décrites qu'au travers des bruits qu'ils font ou de l'odeur qu'ils dégagent, ou même la texture de leur peau, leur température, et que c'est dans ce silence que le lecteur est le plus en mesure d'assembler le monstre intime qui lui fait vraiment peur à lui, personnellement, parce qu'on ne peut pas exactement deviner ce qui effraie quelqu'un d'autre que soi. Il y a avait une seconde leçon à l'intérieur de la première - derrière la conviction de ma mère qu'il était important de laisser de la place au lecteur d'un livre, il y avait l'idée floue mais tenace que dans la réalité les autres étaient impénétrables quil devait exister des moyens pour comprendre et s'en faire comprendre, mais que ces moyens étaient encore plus complexes que le le problème qu'ils étaient censés résoudre." page 23 et 24. 

Julia prend une année sabatique pendant ces études pendant laquelle elle lit de manière boulimique le jour - elle " saute de livres en livres comme sur des nénuphars"- et écrit la nuit en mangeant des pommes. 

J'aodre la manière dont elle décrit ses introvertis de parents. Des choses certaines. Et notamment comme elle évoque son père, un homme ultraprévisible et prévoyant dont elle a hérité " sa façon d'envisager dans les moindres détails tous les cas de figure possibles avant de prendre la moindre décision." 

page 44 "j'ai vu ma mère être capable de tout (...) mais je n'ai jamais vraiment compris qu'elle avait appris toutes ces choses d'abord en échouant. "

page 48 "comme des répères, les livres nous mènent à d'autres livres, il nous font ricocher." 

page 54 "ma vie, je la passe a lire des livres pour remettre les choses en place, pour me déplier, et c'est comme chanter tout bas à ma propre oreille pour me réveiller." 

page 55 "Les histoires ne sont que des histoires, elles permettent une respiration mais ne réparent rien, elles sont ce qu'on peut fabriquer avec les petits débris retrouvés après les catastrophes, elles ne sont pas une seconde chance, simplement les louanges du mort chuchotés à l'oreille des survivants, ausi éloquentes qu'elles sont vaines. "

Voilà, je cesse de vous citer des extraits, je vous invite à le lire. 

Posté par lulu38 à 16:50 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,