Les facéties de Lucie

18 juin 2013

Grands boulevards de Tonie Behar

tonie behar 

J'ai commencé ce roman dans le tram un vendredi matin sans parvenir à accrocher tout de suite. Mais je l'ai repris le samedi et lu d'une traite. Belle surprise !

J'ai a-do-ré ! C'est exactement la bouffée d'air frais et d'enthousiasme dont j'avais besoin. 

Doria a le regard photographique, elle zoome, fait le point et des gros plans. Mais elle n'a pas eu besoin d'ajuster son objectif pour voir son mec vérifier l'alignement des dents d'une nana avec sa langue. Ni une, ni deux, elle le quitte et rapplique chez son père, Max. Dans son appartement sur les grands boulevards, il vit avec Simon, le fils de la soeur de Doria, étudiant en médecine.

Quand Doria déboule avec son envie de pleurer dans les bras de son papounet, elle tombe en pleine partie de poker. Max a une vie de patachon : il fume, boit, enchaîne les conquêtes, joue et perd, et s'il gagne, il dépense tout. Pas vraiment un modèle pour le petit-fils donc. Mais Simon, en même temps, la fac de médecine, il n'accroche pas, il préfère se perdre dans les bras d'Angélique. 

"Ma prochaine relation sera stable ou ne sera pas. Je ne veux plus d'un truc perdu d'avance avec un mec impossible".

Voilà ce qu'annonce Doria, c'est sa nouvelle résolution. Il lui faut donc fuir les hommes dont le pourcentage de toxicité est trop élevé et éviter de succomber à l'irrésistible voix de Sacha. Trop tard...

Quand Max reçoit une lettre le prévenant que la Banque propriétaire de l'immeuble dans lequel il vit va le vendre par lots, ce sont tous les habitants qui se mobilisent et s'associent pour éviter l'expulsion.

Doria, comédienne cantonnée aux pubs pour le canard wc, se fait le relais de cette contestation sur les réseaux sociaux et grâce à elle le mouvement prend une sacrée ampleur.

Les camps se forment.

Les personnalités sont contrastées entre la fantasque vendeuse de sex toy et l'austère fiancier, l'auteure décline la gardienne chaleureuse, le designeur besogneux, la voisine du dessous à consoler, le barman challengeur, la serveuse libre, la mère créatrice de fragrances haut de gamme et la meilleure amie dont la fille joue avec un anneau vibrant.

Cette galerie a de quoi fournir des situations cocasses !

On résiste à coup de whisky/pistaches ou de vodka selon le niveau du moral.

Et dieu sait qu'il est chahuté quand Doria lève le voile sur le passé et découvre que l'histoire familiale n'est pas tout à fait celle qu'elle imaginait. 

Max en cuisine c'est un bonheur : sardines à l'escabèche et poulet roti aux poivrons avec frites maison. J'arrive !

Portes qui claquent, retournements de situations, quiproquo, happy end. On a tout ça et on en est ravi !!!

Comédie romantique peut être, mais ancrée dans son époque. Encore un miroir tendu qui donne à rire mais aussi à réfléchir. La finance toute puissante trouve parfois un os bien humain en travers du chemin et l'amour n'est pas forcément aussi loin que l'on croit. Pour peu qu'on ouvre les yeux et les mains, enfin. 

A mi chemin entre Bridget Jones et Clara Sheller, je l'ai lu comme je regarde une série addictive. 

Extraits : 

"Il se demanda quelle névroses en lui l'obligeaient à se mettre en retrait des bonheurs possibles, quelle peur, quel besoin de se punir. Doria, elle savait l'entraîner dans la vraie vie. Doria donnait de la joie, de l'energie, du temps et de l'attention."

"Elle aurait tout donné pour poser sa tête pleine de tristesse contre son épaule. Mais les hommes n'ont pas été crées pour consoler les femmes. Les hommes sont faits pour mener leurs propres combats et, parfois, tenir la main parfumée d'une compagne pour traverser un bout de vie. Elle devait s'en sortir seule, trouver la force de rebondir. "

"Ses pensées ping-pongant à l'intérieur de son crâne, cherchait une issue, une évasion."

"Certaines images explicites vinrent lui parasiter la mémoire, provoquant un petit pincement au ventre."

"Elle n'aspirait qu'à une chose de toute son âme : entrer dans la peau de quelqu'un d'autre, sentir, agir, vibrer ailleurs". 

"One shot mais l'épisode venait parfois squatter son esprit sans qu'elle s'y attende. Des pensées incontrôlables, qui lui mettaient des papillons dans le ventre avant de disparaître chassées par la raison".

"On dirait que tu as cherché ton père chez tous les garçons que tu as fréquentés. Ils étaient tous trop égoïstes pour rendre une femme heureuse."

"Doria bénit Facebook qui permettait aux esprits curieux comme le sien de pénétrer au coeur de la vie des autres."

Le billet de Stéphie qui y a trouvé un arrière goût des Chroniques de San Francisco et pour qui "Tonie Behar montre qu'on peut être française et savoir écrire une comédie romantique de qualité : simple, légère comme c'est attendu, légèrement caricaturale comme le veut le genre mais sans jamais tomber dans le ridicule ni le mièvre. Tout finit bien, c'est vrai, mais c'est un des attendus du genre. 

Lisez un autre avis positif chez Blablablamia et glissez ce roman dans votre sac de plage. 

Merci Tonie Behar et merci aux éditions JC Lattès !

Posté par lulu38 à 06:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


17 juin 2013

Une photo, quelques mots (84)

londres

Me voici arrivée à Londres. Une couette de nuages doucement repoussée laisse entrevoir le bleu du ciel. Mon pull noir aimante la chaleur lorsque le soleil perce la ouate de ses rayons. J'emmagasine, j'accumule pour lutter contre le froid en moi. Je ferme doucement mes paupières parce que c'est comme si mon acupuncteur avait réservé toutes ses aiguilles pour mes yeux. Elles me perforent l'iris. Le bain de larmes qu'elles provoquent apaisent la douleur. Je ne sens plus les pointes, juste le filet d'eau salée qui dévale sur chacune de mes joues. J'imagine les traits verticaux plus clairs qui doivent maintenant être peints sur mon fond de teint.

J'ai changé mes plans au dernier moment. Je devais te rejoindre. Enfin, plutôt me rapprocher de toi. Etre dans les parages pour que tu puisses venir me voir dès que c'était possible. Quelques minutes après ce genre de sms : réunion parents/profs, on a deux heures devant nous. 

J'entends encore ton souffle court, tes longs soupirs et ta voix qui me réclame. Je ne te demandais pas de quitter ta femme. Non, même pas. Et pourtant. Du jour au lendemain, silence, plus rien. Ni appel, ni message, ni mail. Tu t'es ecclipsé. Tu as du te raisonner. Tu dois essayer de te recentrer sur cette vie de famille que tu es en train de ranger dans une boite. Une boite en moellons. Je ne suis rien d'autre qu'un vice de construction. Vive la garantie décennale. On peut colmater les brèches sans demander une rallonge de prêt. 

La femme et les enfants d'abord. Loin des récifs rocheux où se font bronzer les sirènes. Loin de leurs chants, on ne sait jamais. Elles émettent sur des fréquences à vous vriller le cerveau, à vous faire croire que la passion existe encore. Que la folie est permise, qu'on peut vivre intensément. 

J'ai cru que j'avais perdu la raison. Que la démence amoureuse n'était autre qu'une véritable folie. Que j'avais tellement envie d'y croire, envie d'aimer, que j'ai rêvé éveillée. Que je t'ai inventé de toutes pièces toi...

Tout à l'heure dans l'Eurostar, pourtant, j'ai cru t'aperçevoir. Encore une attaque d'épingles. Elles se sont précipitées comme aimantées sur mon cuir chevelu. Capillaires redressées, casque de chaleur. Un frisson a dévalé le long de ma nuque, a chevauché ma colonne vertebrale pour faire une arrivée fracassante dans mes lombaires...Ce n'était pas toi, évidemment. Le gars que j'ai fixé intensément a du me trouver illuminée. La théorie de la folie se trouve confirmée, je suis à deux doigts de me faire interner. 

Ta vie à toi n'a sans doute pas changé. L'eau troublée par les galets en ricochet a du retrouver sa clarté. On doit voir à nouveau les poissons tout au fond. Ils font mine de changer de direction mais tournent en rond. Ils se croient en pleine mer alors qu'ils sont dans un tout petit bassin d'eau douce qu'ils connaissent par coeur. Trop corrosif le sel du grand bain...

C'était ma participation à l'atelier de Leiloona. 

Posté par lulu38 à 06:36 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,

16 juin 2013

La petite cloche au son grêle de Paul Vacca

cloche COUP de COEUR !!!

Les sons, les odeurs et les couleurs nous ramènent à l'enfance comme Proust l'a été par sa madeleine.

Pour le narrateur qui s'adresse à sa mère dans ce roman, c'est le tintement de la cloche de la porte du bar, les odeurs de tabac brun et d'anisette, les senteurs du lilas et de la glycine, l'odeur contenue dans les pages d'un roman, la couleur mauve d'une robe...

Quand un ado de 12 ans croise la route d'une femme qui le fascine (ou la découvre derrière un buisson) et que celle ci abandonne sa lecture en cours dans l'herbe, se saisir du livre revient à pénétrer le monde mystérieux des femmes.

Ce roman, c'est "du côté de chez Swann" et il va représenter bien plus qu'un éveil à la sensualité. Ses personnages vont peupler son quotidien et une lecture de ses phrases alambiquées sera faite chaque soir avec Paola, sa mère. Un rituel qui s'ajoute à ceux qu'ils ont déjà tous les deux et va ancrer une complicité dont Aldo, le mari et père, exclu, va devenir jaloux.

Mais Paola est malade. Aldo déploie des trésors d'imagination pour la distraire et éloigner le démon. Il ne fabrique pas de grigris et n'a pas de mantras magiques. Juste des idées lumineuses : une escapade à Cabourg sur les traces de Proust (quitte à faire rater une soirée décisive à son fils), une lecture à voix haute par Pierre Arditi et un spectacle dont leur fils sera l'auteur. La proustmania atteint dès lors toute la commune et fait flamber le cours de la madeleine.

S'il n'empêche pas l'usine de métallurgie de fermer et la maladie de Paola de progresser, ce roman de Proust soude ses lecteurs désormais unis en une communauté bienveillante et forme un matelas de mots rendant pour toutes et tous la chute moins douloureuse. C'est un "grimoire empli d'heureux sortilèges" qui font la vie plus douce et plus drôle.

Un bijou de délicatesse et de tendresse ce premier roman de Paul Vacca. Il est également truffé d'humour.

L'épisode du casting pour le spectacle est très drôle, la prof de français arrogante est joliment mouchée, les réflexions que font naître la lecture de Proust parfois savoureuses, la Proustmania et ses conséquence aussi : l'horlogerie est rebaptisée ("le temps retrouvé") et le poissonnier vous invite à partir "à la recherche du thon perdu" !. On sourit des petits mensonges du jeune homme autour de sa prétendue idylle à Cabourg (qui ne s'est pas inventé un amoureux éloigné ?) et des conseils de Stéphane, son pote, alias Mouche, qui ne sont pas toujours bien avisés (sans compter le fait qu'il est parfois défaillant dans les missions qu'on lui confie)

Ode au pouvoir de la littérature dans nos vies. Refuges et guides, les romans nous aident à grandir, à comprendre, à accepter, à vivre. Traits d'union entre les êtres, ils nous donnent le sentiment d'appartenir à quelque chose de plus grand, et nous permettent de confronter notre solitude à celle des autres.

Un grand merci à Paul de m'avoir offert ce roman.

Clara aussi a aimé, elle l'a refermé la gorge serrée d'émotions. Pour théoma, "une premier roman d'une justesse éblouissante qui possède la force de toucher universellement les lecteurs." Fais moi les poches a aimé aussi cette tendresse infinie qui affleure.

Ce roman a fait naitre chez moi l'envie de lire Proust ce que je n'ai encore pas fait. J'ai la trouille des phrases de 10 mètres de long, du style et des mots de ce grand Auteur.

Quelques extraits : "la vie d'un écrivain ça n'a pas de rapport avec ce qu'il écrit dans les livres".

"le bouche à oreille n'est pas chez nous un mode de communication haute fidélité."

"l'acteur se fait funambule. Délicat et aérien, il évolue élégamment sur le long fil des phrases proustiennes. Celles ci se déploient dans l'espace, donnant vie à un monde vibrant et lumineux".

"On est perusadés qu'en refusant de nommer le mal, il finira par se lasser. En l'ignorant superbement, on est sûr qu'il abandonnera la partie. Dans ce combat psychologique de tous les instants, il ne faut pas lâcher la garde, pas même une minute, on sait qu'il faut se montrer intraitable. Pour être capable de conjurer le sort, il nous faut absoulument rendre plus beau, plus intense, chaque instant de notre vie à tous les trois. Seul moyen de ne pas céder un pouce de terrain à l'ennemi. Nous avons notre plan de bataille : ne pas laisser le quotidien devenir quotidien."

"- Vous avez commencé à lire ? cherches-tu à savoir avec un zeste de fébrilité. (...) Martine et Sylvie se toisnet mutuellement dans un grand silence embarassé. Tu ne peux cacher ta déception.

- ça ne vous plait pas, c'est ça ?

- Non pas exactement, se défend Martine, les phrases sont belles... juste un peu longues, peut être...non ?

Elle titille Sylvie du coude pour qu'elle prenne le relais :

- Oui, oui, y a du style, c'est sûr ! Mais...c'est juste que...on doit tout le temps revenir en arrière pour comprendre où on en est de l'histoire...

- L'histoire ? rebondit Martine. Quelle histoire ? J'en suis à la page 63 et il ne s'est toujours rien passé !

- Ouais, ça manque peut être un peu d'action. Remarque, il ne fait que dormir au début, il attend sa mère, il faut reconnaitre que ce n'est pas très engageant."

"Lire, c'est aller vers l'inconnu, c'est chercher à découvrir de nouveax mondes, à percer de nouvelles énigmes... Sans garantie de succès. D'ailleurs , on ne fait jamais le tour d'un livre, on n'épuise jamais la totalité de son mystère. C'est même peut être ce qui nous échappe qui est le plus important. "

cloche1

Posté par lulu38 à 06:46 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

15 juin 2013

Solo de Eric Genetet

solo

Antoine, sculpteur, presque 30 ans. Inapte à l'amour. Embrasse et étreint des tas de femmes. Ignore jusqu'à la couleur de leurs yeux. Se perd en elles sans jamais y glisser le moindre sentiment. Le corps sans le coeur.

Clara n'en peux plus de cet homme qui ne sait pas l'aimer. Elle le quitte. Il en bave. Pourtant avec Jane, il ne fait pas mieux. Laisse pourrir l'histoire. Encore.

Sabotage du coeur. Ne se mouille pas, jamais. Peur de l'abandon. Jusqu'à Lola, peut être...

Et les mots d'Eric Genetet encore une fois ont opéré. M'ont emportée. J'ai corné des pages. Relu des passages comme on se regarde dans un miroir.

C'est un récit emprunt de poésie moderne. Roman d'une époque, d'une génération ? Je ne sais pas.

Nos rythmes ne sont plus les mêmes, tout s'accélère, on zappe pour ne pas s'ennuyer. Est ce inéluctable d'en faire de même dans notre vie sentimentale ? Addicts aux premiers frissons, tentés de ne vivre que des rencontres, des premiers moments et se sauver quand les habitudes apparaissent.

Ce roman pose des questions, met la lumière sur une solitude qu'on fuit autant qu'on la provoque, sur l'embrasement des débuts et la peur de l'enlisement dans un quotidien qui ternit les plus brillants des sentiments.

"Dans cinquante ans le couple n'existera plus que dans les livres au rayon Sciences humaines des librairies. Nous sommes condamnés à la solitude. Regarde autour de toi. Tu connais un couple qui va bien ? Deux êtres qui respirent le bonheur et qui se disent chaque matin : "Nous allons protéger cet amour aujourd'hui encore, c'est une chance d'être ensemble toi et moi, ensemble nous prendrons les plus beaux tapis volants". Tu en connais au moins un ? Pas moi. J'en ai marre d'être seul, j'ai ma boite vocale à vendre. Antoine, tu connais le vrai problème ? Et bien je vais te le dire. La dimension d'une histoire qui commence manquera toujours au quotidien de la plus belle histoire d'amour. "

"-Tu veux quoi ? Un couple fusionnel ? Tu veux qu'on se colle l'un à l'autre comme des Chamalows ? Tu prends ça pour un signe de désamour, mais c'est merveilleux de s'espérer, d'attendre nos rendez vous deux fois par semaine. C'est bon pour notre histoire de ne pas s'envoyer dans la tête les missiles du quotidien, juste des missives les soirs de pluie. (...) au bout d'un moment, si on vit l'un sur l'autre, on ne se laisse plus de petit mot sur le plateau du petit déjeuner, on commence à planquer des bombes à retardement sur les oreillers.

-Je crois que tu as peur. Peur de ne plus être seul et peur d'être seul en même temps. Tu ne veux surtout pas que je grignote quelques miettes de ta sacro sainte indépendance..."

"Je suis passé de femme-pansement en femme-pansement, jamais vraiment seul, toujours vraiment seul".

J'aimerais un homme qui me dise "j'ai très envie de devenir votre homme, de vous faire le café tous les matins de la vie quand rien d'autre n'existe, (...) de manger un tajine de poulet au citron avec vous"

Le billet du petit carré jaune visiblement remué.

Merci Eric !

Mon billet coup de coeur sur Et n'attendre personne.

Posté par lulu38 à 02:02 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :

13 juin 2013

L'attachement de Florence Noiville

l'attachement 

Allez j'arrête de tourner autour du pot, je le rédige ce billet sur "l'attachement". Enfin, je le tape plutôt car tout est écrit depuis des semaines sur mon brouillon. J'ai "verdi" du papier tiré d'un carnet de ma propre mère. Sur une page, j'y ai trouvé entrelacé son prénom et celui d'un ou d'une Claude. Etrange coïncidence. Mais je ne suis pas Anna et je n'ai pas retrouvé de lettre adressée par maman à ce ou cette Claude. 

Anna, 20 ans, retrouve une lettre écrite par sa mère, Marie. Elle est adressée à un homme, un ancien amant, H. Marie a disparu il y a 6 ans dans un accident. En lisant cette lettre, Anna cherche à comprendre quelle femme était sa mère pour mieux se situer elle même. 

Mère et fille, se saississent de "ce fragment d'amour fou" et l'observent à la loupe, au microscope. Elles le tournent dans tous les sens. 

Marie décortique sur le papier l'histoire atypique qu'elle a vécue avec une homme de trente ans son ainé. Cet homme était son prof de lettres. Leur histoire s'est nouée autour de la littérature.

En couchant les mots sur le papier elle tente de saisir les ressorts de l'attachement, les raisons de l'attirance et de la fin de la fascination.

"Faire une récit qui tienne debout et m'aide à faire de même. "

Anna, quant à elle, retourne dans la maison familiale, dort dans les draps "aux initiales entrelacées, ceux dont (elle) aime sentir le poids sur (ses) jambes." Elle prend sa mère "en filature posthume".

"Je veux tout savoir d'elle, la prendre en filature posthume".

Elle va interroger Suzanne, sa grand mère, Stefa, la meilleure amie de sa mère, la tante Julie, Vincent, l'ami de promo, Laurent l'ami de son père. A l'époque, certains étaient horrifiés par cette relation hors normes, choqués et dépités.  

Entre les souvenirs réinventés de sa mère et des autres, où se trouve la vérité ? 

Anna n'a dès lors qu'une seule obsession : retrouver H pour qu'il lui parle de sa mère. 

"Comprendre (...) comment on surmonte l'amour premier. S'en remet-on vraiment ? Que fait-on des miettes, des restes, des fragments, des tessons coupants ? Faut-il les enfouir ou les laisser affleurer ? Quelles empreintes laissent-ils ? Quelle cicatrice psychique ?"

A en croire le puissant dénouement de ce roman, l'empreinte est indélébile et les manuels de neurologie impuissants à tout expliquer. 

Un coup de coeur pour ce roman.

A noter un bel éloge de la myopie dont souffrait Marie. Elle ne portait pas toujours ses lunettes car "elle avait besoin de ce flou délicat qui, aux yeux des myopes, enveloppe chaque chose comme une gaze. Rien de saillant, aucune arrête coupante. Elle vivait dans un monde adouci. "

Une phrase encore parmi tant relevées. "Le narrateur a tous les droits, y compris celui de mentir au lecteur."

Posté par lulu38 à 08:09 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,



12 juin 2013

Atelier d'écriture avec Paul Vacca.

IMG_4933

Je n'ai pas déambulé très longtemps dans le musée avant de faire mon choix.

C'était cette lumière là que je voulais reproduire, ce ciel, ce vent qui faiblit dans les voiles à l'arrivée au port.

Ceux qui me connaissent seraient surpris de me voir me réjouir de copier un tableau. Cela fait des années que je peins sans m'inspirer de rien, ni de personne.

J'étale mes couleurs en couches bien épaisses, je les répands. Puis je gratte, je ponce presque jusqu'à retrouver la toile, la perforer.

J'aime voir mon huile briller comme de la laque jusqu'à pouvoir y apercevoir mon reflet. Mais j'aime aussi les mats qui absorbent et ne me renvoient rien. 

L'aquarelle m'apaise de temps en temps. Je m'y dilue, m'y édulcore.

Le feu en moi perd de sa virulence jusqu'à la prochaine bourrasque qui me renvoie sur la toile. Cet élan me fait parfois peur.

Je sors de mon atelier les cheveux en bataille, les joues rouges écarlates, les vêtements maculés. Comme si je venais de me battre.

Il fallait que je canalise cette rage. C'est pour ça, les cours de peinture.

La première séance m'a désarçonné. On allait apprendre à imiter les autres. A peindre à la manière de, alors que je brûlais d'être moi. Je m'agitais, mon corps s'y refusait.

Mais aujourd'hui dans ce port lumineux, j'entends les discussions des marchands et le chien joyeux qui aboie, je sens le vent, je l'entends quasiment siffler dans mes oreilles. Les sons reviennent.

J'ai envie de faire entendre ma voix, de cesser de crier sur la toile.

Mon aphonie va cesser, je vais te parler. 

 

Voici le texte que j'ai écrit lors de l'atelier d'écriture animé par Paul Vacca à Chambéry dans le cadre du festival du premier roman. Merci à toi Paul pour ta bienveillance et tes précieux conseils ! (et oui il arrive ce billet sur ton splendide roman "la petite cloche au son grèle")

Posté par lulu38 à 06:59 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

11 juin 2013

Eleven tag again

foulard

Alors oui c'est vrai j'avais déjà joué mais à moitié car j'avais zappé une moitié de la consigne qui est de dire 11 choses sur soi. Je profite donc de la proposition de Miss Alfie pour vous en dire un peu plus. 

1 comme les peintres, j'ai mes périodes : la période corail, turquoise, vert anis, fushia. Je colle cette couleur sur mes ongles, sur ma table, autour de mon cou. 

2 je connais ça aussi en cuisine : ma période légumes confits, tofu, poisson en croute de tomates, pistaches, fraises mascarpone au miel, soba, chocolat au quinoa. 

3 je fais ça aussi avec les podcasts : ma période "c'est pas la peine de crier", "le carnet d'or". 

4 Mince et je fais ça aussi avec les séries : ally mc beal, Clara Sheller, etc. (je suis obsessionnelle aussi avec les musiques, j'écoute en boucle par phases)

5 Je ne peux pas passer une journée sans lire ou écrire. 

6 Je rêve de faire une retraite dans un monastère.

7 Je suis souvent tiraillée entre mon envie d'écrire et la nécessité d'aller travailler.

8 Je m'émerveille d'un rien, tout le temps.

9 J'aimerais pouvoir me passer de sommeil pour avoir plus de temps. 

10 Je me suis remise à méditer chaque matin. 

11 Je souris très souvent toute seule. 

 

  1. Soir ou matin ? J'aime le matin quand je ne bosse pas et que j'ai le sentiment que tout est possible. Mais j'aime les soirs aussi. J'étire mes journées au maximum. (et par conséquent je raccourcis mes nuits)
  2. Eté ou hiver ? Je déteste la chaleur. Donc oui pour un été en Bretagne. Sinon Hiver du coup. 
  3. Rouge ou noir ? Les deux : le noir c'est tellement facile mais le rouge tellement énergique, j'alterne selon l'humeur et ce que je veux dégager. Et j'associe souvent le noir à une couleur pétante.
  4. Thé ou café ? les deux aussi, par phases (encore mes phases)
  5. Beurre doux ou beurre salé ? Beurre salé !!!
  6. Thriller ou poésie ? Thriller si personnages qui m'accrochent (pas si c'est seulement prétexte à passages sanguinolants et gore), poésie si ce n'est pas trop classique ou perché. 
  7. Slip ou caleçon ? caleçon ! Pull-in !
  8. Brel ou Cabrel ? Aucun des deux, désolée. (oui je sais je vous offusque, Cabrel ok la cabane les cailloux et tout, mais Brel, Lucie, Brel ! j'accroche pas)
  9. Papier ou numérique ? Papier. 
  10. Mayenne ou Haute-Saône ? oh allez Mayenne !
  11. Londres ou Paris ? Les deux aussi même si ce format de villes est trop grand pour moi. Mais j'aime pour les possibilités culturelles qu'elles offrent. 

Posté par lulu38 à 12:05 - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :

10 juin 2013

Une photo, quelques mots (83)

banc

Il a l'air absorbé cet homme là. Il a l'air soucieux de ce qu'il va trouver dans cette lettre. L'expéditeur : sa fille. Il ne l'a pas revu depuis qu'il est parti. Alors il serait heureux qu'elle ait glissé une photo. On change en 20 ans. Lui, il a pris vingt kilos. Il est tronculo comme dit son endocrino. Il a le ventre rond comme un ballon.

Sur l'enveloppe, il a reconnu l'écriture de Solenn, penchée, ambitieuse et nerveuse. Il a gardé le courrier clos jusqu'à ce banc, son banc. Celui sur lequel il a parfois dormi. C'en est fini de cette vie. Il a enfin un toit. Et une boite aux lettres bien à lui. Et une fille quelque part. Une fille qui lui écrit alors qu'elle avait tellement honte de lui jusque là. Il sait qu'elle a préféré prétendre qu'il était mort. Il ne peut pas lui en vouloir. Il avait touché le fond, sombré dans l'alcoolisme, cessé d'espérer et de se laver. Il se dégoûtait lui même. Alors il la comprend sa douce Solenn...

Il espère que dans cette lettre elle demande à le revoir. Il espère que ses mots seront doux, chargés d'amour malgré tout et de pardon. Un effacement d'ardoise en quelque sorte. Un coup d'éponge.

Il décachette l'enveloppe avec peine parce que ses doigts sont engourdis par le froid et ses mains tremblent. 

Aucun parfum de Jasmin ne se dégage de la feuille de papier pliée en quatre. Il y a peu à lire, il craint le pire. Rien de manuscrit, des caractères tout droit sortis d'un traitement de texte.

Un papier à en tête qui le fait frémir, Tribunal d'Instance. Une signature qui lui fait froid dans le dos, celle d'un Juge des tutelles. Une carte bristol qui l'accompagne. Les pleins et déliés de sa fille : "Papa, la demande de curatelle a été acceptée. J'ai fait ça pour te protéger, ne m'en veux pas. Solenn."

 

C'était ma participation à l'atelier de Leiloona. 

Posté par lulu38 à 00:51 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :

03 juin 2013

Une photo, quelques mots (82)

rue2 

Ok, c'est la dernière, vraiment. Je sais que j'ai déjà dit cette phrase des dizaines de fois et que j'ai replongé, toujours. Mais cette fois c'est différent.

Je ne sais même plus pourquoi je l'ai entamée celle là. Il y a bien eu un déclic. Le pire c'est qu'elle ne me procure aucun plaisir, c'est machinal, mécanique. Inconscient. Pretexte à pause sans doute, à sortir prendre l'air. Mais je pourrais tout aussi bien me faire couler un café et le boire dehors ou faire quelques pas.

J'ai commencé il y a des années pour imiter les autres et être intégré au groupe. J'ai continué parce que cela me donnait une contenance en soirée. J'avais une amorce, une accroche quand une jeune femme me plaisait. J'ai augmenté ma consommation à mesure que le stress m'envahissait.

Puis j'ai arrêté. J'ai pris famille et amis à témoins pensant que je tiendrais mieux s'ils m'avaient à l'oeil. Officiellement donc je suis non fumeur. Mais quand je te retrouve, ma friandise, je ne peux pas m'empêcher d'en griller une. C'est un peu la récréation avec toi. Je suis toujours étonné que ma femme ne sente pas l'odeur du tabac et de ton parfum sur mes vêtements. 

Alors cette clope là, je vais l'écraser sous mon pied, en bas de ton immeuble. Je vais pousser la porte en verre, grimper les deux étages, sonner à ta porte. Je vais arrêter de fumer pour de bon mais pas de jouer avec toi. J'arrête pas toutes les drogues à la fois, je peux pas. 

C'était ma participation à l'atelier de Leiloona.

Posté par lulu38 à 06:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags :

02 juin 2013

La grosse de Françoise Lefèvre

la grosse 

Hier en triant et rangeant des kilos de papiers, de livres et de magazines, je suis tombée sur un billet rédigé au brouillon il y a un an et que je n'ai jamais publié sur mon blog. Il le faut pourtant car le roman dont il est question était un coup de coeur dont je me souviens encore. Je ne peux pas garder ça pour moi. 

Je l'ai lu d'une traite ce roman de 109 pages qui se délitait au sens propre puisque je perdais les pages à mesure que je les tournais, pas facile pour lire. 

Céline Rabouillot est garde barrière en Bourgogne. Cela lui convient de vivre dans un coin reculé et de travailler la nuit. Elle a besoin de cette mise en retrait du monde pour laisser retomber sa peine et attendre un signe, une lettre, de l'amour en retour. "Fuir les harpons du chagrin, loin des regards qui tuent, de la lassitude de vivre". 

J'ai lu ce roman à une époque où je croisais dans d'autres histoires des personnages qui ont édifié un rempart de kilos pour dissimuler une profonde tristesse : Vasco dans Café Paraiso et Rose dans Comme s'ils étaient beaux. Céline a fait ça aussi et elle a en commun avec les deux autres la perte d'un être cher, d'un être issu de sa chair. 

Gonflé d'absence et de tristesse, le coeur est lourd, il faut le porter à deux mains et éponger le deuil avec ses mots. 

A cette souffrance, s'ajoute celle provoquée par les moqueries des habitants du village, leurs moues de dégoût face à l'obésité de Céline.

Sa route de solitaire croise tout de même celle de deux enfants qu'elle babysitte (dont la mère fait 40 kgs toute mouillée et veut encore maigrir) et d'un vieil homme, Anatolis, que la vie quitte peu à peu et qui voit au-delà de la carapace. Lui ne la considère pas comme une grosse femme mais comme une beauté digne de porter une bague d'opale. Elle lui fait la lecture, elle est sa dernière confidente, sa lumière. 

On lit, affligé et attristé, la force des rumeurs, des jugements à l'emporte pièce qui peuvent ébranler le plus solide des corps quand le mental n'est pas d'acier. Mais on lit aussi la beauté du lien tissé entre Anatolis et Céline. Un amour pur et sain qui l'enveloppe, la réconforte. Ce baume suffira-t-il à apaiser la douleur ?

Ce billet était tout à fait inabouti j'en conviens, mais dans mes ratures et mes citations, sur mon brouillon, on lit l'émotion que m'a procuré ce court roman que je vais m'empresser de relire. 

Je me souviens d'une écriture délicate, des instants apaisants du quotidien capturés avec justesse, de l'émotion à fleur de pages, de cette femme dont le coeur meurtri a besoin de battre fort quitte à frôler l'arythmie. De la lumière qui continue à briller en elle malgrè toutes les tentatives de ceux qui ont soufflé sur la flamme...

Quelques extraits : 

"Les gens aiment à dire n'importe quoi d'inquiétant, de vaguement dégoûtant pourvu que cela s'en aille rouvrir une rumeur"

"Et l'on sait que l'absence grossit dans la poitrine, fait le coeur énorme et qu'on la porte en plus de son propre poids."

La vie c'est parfois comme ça, il faut se quitter. Alors, on songe à tous les moments passés ensemble où l'on ne savait pas qu'on était heureux. Vous aurez des souvenirs. Et quand vous serez seuls, vous sourirez en y repensant. Et puis, un beau jour, on se retrouve et chacun a beaucoup à raconter."

"Souris, Céline ! Ne te laisse pas voler ton sourire, jamais !"

Les tentatrices de l'époque étaient Cathulu et Antigone

Posté par lulu38 à 10:34 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : ,



Fin »