Les facéties de Lucie

06 janvier 2018

"Il faut toujours perdre une partie de soi pour que la vie continue", Tant que nous sommes vivants d'Anne Laure Bondoux.

tant que

Acheté il y a presque un an... Mais c'était maintenant le bon moment pour le lire. (il faut que je prenne le temps de vous parler de la sublime bd de Vanyda aussi)

Avec ce roman, Anne Laure Bondoux campe encore des personnages atypiques qui partent dans un périple incroyable à travers des territoires inconnus et en tirent de belles leçons. Dans Pépites, il s'agissait d'une rousse flamboyante et de son père à la recherche de l'or. Dans Le temps des miracles, un garçon de 12 ans , Blaise Fortune, partait à retrouver sa mère d'adoption. Ici, il s'agit de Bo et Hama, éperdument amoureux, devenus parias contraints de fuir leur ville dévastée par un accident d'usine. 

Une fois encore la galerie de personnages est inoubliable (Bo et ses drôles de pouvoirs, La tsarine aux jambes d'acier alias Titine grosses pattes tenant cabaret ou encore Melkior et ses prophéties inquiétantes) et l'histoire est un passionnant conte initiatique et fantastique. 

"Il n'y a pas de fruit sans noyau. Nous avons tous besoin de savoir d'où nous venons." page 172 et 322. 

" Vers quoi allions nous ? Je n'en avais qu'une idée vague. Vers nous, probablement, comme tous les voyageurs." page 301

"Sans le savoir, nous sommes souvent les artisans de nos propres échecs" page 323 

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05 janvier 2018

Le syndrome de la vitre étoilée de Sophie Adriansen. Coup de coeur. Encore.

le syndrome

 

Cela fait longtemps que sa lecture me tente et que je repoussais ce moment. Je pensais que le sujet serait plombant. Alors oui, dans ce roman, un couple galère pour faire un enfant mais non, le livre n'est pas triste. Au contraire. L'auteure aborde sans fards les complexités de la PMA, c'est vrai. Stéphanie en souffre, beaucoup. Son couple ne resistera peut être pas. Mais elle va se trouver elle. Comme jamais elle ne l'a fait auparavant. Parce que s'interroger sur son désir d'enfant, c'est aussi questionner la femme que l'on est. N'est on une femme à part entière qu'une fois devenue mère ? Sophie fait cheminer son personnage et rejaillir nos propres interrogations de femmes.

Je suis ressortie de cette lecture avec l'envie pressante de lire la suite Linea Negra. Et de refaire du yoga. 

Extraits : page 303 je veille à honorer chaque jour la divinité qui est en moi afin de garder haut mon moral. La clé de tout réside dans l'estime de soi. S'il y a une seule chose sur laquelle travailler, une seule chose à cultiver, c'est bien ça. "

page 273 "Freud a constaté que quoi que fassent les parents, c'est toujours mal perçu et insuffisant. Les miens comme tan d'autres ont interprété une pièce qu'ils n'avaient pas écrite. Ils ont composé comme ils ont pu avec les bagages dont ils étaient lestés. Personne n'est responsable. Personne n'est responsable sauf moi si je décide que c'est fatalité que leurs chagrins m'affectent. Ils peuvent exister en moi sans nécessairement me grever. Un enfant est toujours en droit de refuser un héritage. "

"la vie sait se monter savoureuse avec ceux qui osent la laisser venir à eux". page 304. 

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04 janvier 2018

Il est temps de suivre un régime et d'apprendre à voler de Michelle Ballanger. Premier coup de coeur de l'année.

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C'est Julie qui m'a donnée envie de lire ce roman et qui me la prêté. J'ai carrément avalé cette histoire d'une seule traite. Addictif et lumineux. Merci Julie !

Adam est écrivain public. Il rédige des lettres contre des lapins, des chaussures, bref on ne le paie pas, on troque. Dragos, son colocataire, est vendeur de poids et n'utilise pas la salle de bain. Dommage. Plus les gens qui se pèsent sur sa balance installée en place publique ont perdu de poids, plus Dragos gagne sa vie. Michelle Ballanger a crée autour d'eux une galerie de personnages touchants qui rêvent d'une vie meilleure loin de leur pays, la Roumanie. L'auteure enchâsse habilement leurs histoires et nous dévoilent peu à peu les secrets qui pèsent sur leurs coeurs. Elle nous fait marcher avec ces personnages vers la lumière dans un pays qui essaye, lui aussi, de se relever malgré son lourd passé. 

Conquise. (et j'ai comme Adam et Dragos bu des litres de café noir pendant ma lecture)

Quelques extraits : 

page 40 : La révolution a obligé les Roumains à compter au-delà de cent- les cents choux de leur jardin. Auparavant la centaine passée, l'Etat calculait pour eux. Mais l'Etat était devenu fou. 

Page 27 : Une homme, une femme, avant de monter sur ma balance, a une idée de lui-même qui le rend souriant ou pas. Et puis, il lit le nombre qui apparaît sur le cadran et là, le regard peut changer, devenir un bonheur, un souffle de joie et il ou elle repart avec bien moins de poids que de kilos. Au contraire, il ou elle repart en laissant de profondes empreintes dans le sol. Pourtant rien n'a changé entre avant et après. Sauf le regard qu'ils portent sur eux mêmes. Les gens se jugent, se condamnent ou s'acquittent, se félicitent ou se torturent. 

page 45 On ne devoile rien aux étrangers. Ne laisser entendre que la voix officielle, même quinze ans après la révolution. ces choses là ne changent pas avec les révolutions. 

Page 60 Elle disait que vivre ce n'était pas obéir à ceux qui nous dictaient qui nous étions au travers de discours sans fin, répétés à chaque occasion. 

page 82 les hommes entre eux parlent de leurs femmes et les femmes entre elles parlent de leurs hommes "Qu'y a t-il d'autre d'intéressant?"

page 132 l'été au lycée "Quand les élèves n'y sont plus. Ils ont laissé leur rires quelque part dans les escaliers, dans les toilettes et dans les salles de classe aux volets clos."

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12 décembre 2017

Juste quelqu'un de bien d'Angéla Morelli. A glisser sous tous les sapins.

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Le teasing était fabuleux, le livre est à la hauteur. 

Un gros coup de coeur !

"- Je trouve juste que la vie est injuste. 

- Elle l'est. Injuste. Terrible. Mais aussi excitante et magnifique. Et courte, ma chérie, terrbilement courte. Nous n'avons pas de temps à perdre avec les regrets et les remords." page 219.

Une chose est sûre, Bérénice ne regrettera pas d'avoir quitter son "vrai travail" pour devenir écrivain. Elle a plusieurs romans publiés à son actif. Pourtant, quand on la rencontre en ouvrant ce roman, elle a le syndrome de la page blanche. Panne sèche aussi dans son coeur. Des amants en pagaille mais aucun qui ne la fasse palpiter. 

Pour relancer sa vie amoureuse et sa plume, Bérénice doit affronter son passé pour comprendre son rapport aux hommes. 

Et toi lectrice, quand tu commences ce roman, tu as une seule envie : ne plus le lâcher et qu'il ne s'arrête jamais. Droguée tu deviens. Addict. 

Grand merci Angéla. Elle fait du bien ton histoire. 

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07 décembre 2017

Premier billet de rattrapage qui contient un coup de coeur à offrir pour Noël.

summer

clafoutis

Je passe 70 h par semaine sur mon lieu de travail et encore un poignée d'heures à chercher de nouvelles recettes et classer mes papiers. Ceux qui suivent mon facebook ou mon instagram voient passer des photos de livres et me demandent souvent comment je fais pour lire autant. Je ne lis pas tant que ça en réalité. Je m'endors au bout de deux paragraphes, ne parviens souvent pas à ouvrir le moindre roman. Alors une fois que je suis allée au bout d'une histoire, venir vous écrire ici mon ressenti, c'est mission impossible. 

Ce soir je le tente et vous parle de deux romans. 

  • J'ai lu le premier d'une traite à la faveur d'une coloscopie paternelle. Un hall d'attente de clinique dromoise, un siège qui grince, deux capuccinos et deux napolitains, 3 heures d'attente, voilà comment j'ai avalé Summer de Monica Sabolo. D'abord ravie par la plume au point de photographier de nombreux passages, je suis passée par des phases d'ennui qui auraient eu raison de ma motivation si j'avais eu un autre roman dans le sac à main. 

Benjamin, le narrateur, ne se remet pas de la disparition de sa lolita de soeur 25 ans plus tôt. Et il s'englue tellement dans ses souvenirs qu'il a bien failli me faire râter le dénouement. Deux mois après lecture je ne sais plus si j'en recommande la lecture, c'est triste cette histoire. Merci quand même à Gaëlle pour le prêt. 

Des extraits : "où sont les êtres que l'on a perdus ? Peut être vivent-ils dans les limbes ou à l'intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l'intéreur de nos corps, ils inspirent l'air que nous inspirons. Toutes les couches de leurs passés sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui- même. "

"Enfant, ce rire me terrifiait. Il surgissait de façon inappropriée, on avait l'impression que quelque chose ne fonctionnait pas dans son cerveau, qu'on avait par erreur interverti des branchements, et qu'ils n'étaient pas connectés aux émotions appropriées."

  • Le deuxième roman dont je veux absolument vous parler est un joli coup de coeur. Il s'agit d'"un clafoutis aux tomates cerises" de Veronique de Bure ou le journal intime d'une nonagénère qui vit à la campagne.

"Ce sont les jeunes filles qui tiennent un journal, pas les vieilles dames. Je n'ai plus d'histoire de coeur à y coucher, je ne fais qu'y radoter, que pourrais je faire d'autre ? Ils vont bien se moquer ceux qui trouveront ce cahier après ma mort" écrit Jeanne.

Oh que non, car son quotidien est loin d'être ennuyeux. Elle égrène, saison après saison, les plaisirs simples de vie, les apéritifs et les parties de cartes avec les copines, les coups de cafard et la difficulté de la solitude, les visites de ses enfants, le corps qui répond moins bien. J'ai corné des tas de pages tant sont nombreux les extraits qui m'ont touché, questionné, fait sourire et rire. Un roman à lire absolument, à relire, à offrir !!

"et puis l'automne, c'est aussi du rouge, de l'orangé, de l'or en feuilles. C'est l'odeur d'enfance des marrons chauds, le goût sucré des raisins mûrs et la saveur boisée des poêlées de cèpes."

"J'aime les longues soirées de juin, quand le jour s'étire jusqu'aux premières étoiles."

"Elle devient triste, et la tristesse, à trop la fréquenter on finit par l'attraper. "

Dans mon deuxième billet de rattrapage, je vous parlerai du roman de Lorraine Fouchet, "Les couleurs de la vie "et du "livre que je ne voulais pas écrire" de Erwan Larher, que je n'ai toujours pas réussi à terminer. 

Merci à ceux qui restent fidèles malgré la rareté de mes écrits. 

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07 août 2017

"Je me demande combien de chances on a dans une vie." La fille idéale de Gilly Macmillan. Le thriller idéal.

la fille ideale

 

Voilà un polar génial que j'ai dévoré en 10 jours en plein festival d'avignon. Et  quand on sait que je suis traiteur et que juillet est mon plus gros mois de l'année et bien on comprend combien le livre est prenant. 

L'histoire s'ouvre sur un concert de musique classique. Au piano Zoe et Lucas. Dans la salle dès les premières notes un homme crie au scandale. Zoe s'enfuit. Elle a accidentellement tué la fille de cet homme il y a des années. Elle a payé, sa mère et elle ont déménagé. Apparemment pas dans la bonne ville. Maria, la mère de Zoe, s'est installée avec un homme, le père de Lucas, qui ne sait rien du passé de sa fille...Cette soirée gâchée débouche sur une nuit cauchemardesque : un meurtre est commis. Zoe, morte de trouille, essaye de comprendre ce qu'il s'est passé. Elle sait qu'en la matière la vérité est parfois plus complexe qu'il n'y parait. 

Je ne peux pas vous en dire davantage sous peine de vous casser tous les effets de la lecture de ce thriller qui est un véritable page turner. Emmenez le en vacances, n'importe où, on s'en fout, Lisez le. 

extraits "Un bon échange, honnête, avec un officier de police, vous fait retrouver la foi en votre profession, et vous donne la force d'affronter le train-train quotidien du monde criminel. Cet échange courtois, entre deux parties, vous apparait alors comme honotable. C'est ce qui permet de chasser au loin l'image de ces avocats marrons qui ne s'occupent que d'affaires de dommages et intérêts pouvant rapporter gros et de flics qui ne seraient que des bouffeurs de beignets et des as de la matraque. " page 64

"lorsque les choses étaient parties en vrille, quand tout le sable de mon sablier s'était écoulé, quand je n'avais donc plus le temps, j'avais pu le retourner et recommencer. Et je me demande si c'est encore possible désormais. Je me demande combien de chances on a dans une vie. " page 155

Un grand merci à la traductrice Christel Paris et aux éditions Les escales. 

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04 août 2017

David Bowie n'est pas mort de Sonia David. A lire.

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J'ai lu ce roman sans perdre jamais le fil malgrè le nombre d'interruptions qui a égréné ma lecture.

La phrase de fin m'a interpelée. Notez bien, je n'ai ni frère, ni soeur. "Chaque fois que j'entends l'une ou l'autre prononcer son mot, son expression, il me vient comme une évidence que les enfants uniques sont terriblement à plaindre". Je ne suis pas d'accord mais la vie d'une fratrie n'est en rien comparable c'est évident. 

Pour preuve, Helène, Anne et Emilie, sont trois soeurs qui perdent coup sur coup une mère fantasque et égocentrique et un père généreux à s'endetter. Avant cette double perte, elles se sont alliées et aimées, détéstées et opposées et ont parfois préféré mettre des kilomètres entre elles. La mort et la maladie de leurs parents les rappochent le temps de régler les détails administratifs. Funérailles, biens à se partager, dettes à refuser, il faut tout gérer dans la douleur.

On remue les souvenirs, on les disperse et la vie reprend. Jusqu'à la mort de David Bowie qui est la goutte d'eau qui fait déborder le vase et fait rejaillir ce qui s'est joué entre les 5 éléments de cette famille.

Voici un texte qui renvoie à notre propre histoire et qui émeut, serre le coeur, fait rire et sourire aussi. Sonia, vos mots, parfaitement choisis comme toujours, touchent y compris la fille unique que je suis et qui a déjà vécu la première partie de ce roman et n'est absolument pas pressée de vivre la deuxième. 

Je vous recommande ce roman. Et je dois vous dire que chaque échange avec Sonia ou lecture de ses romans me redonne envie d'écrire. Elle a été ma coach d'écriture pendant quelques semaines il y a 3 ans. Allez zou notez ce titre et foncez en librairie !

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02 août 2017

Le vertige des falaises de Gilles Paris.

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De Gilles Paris, j’avais adoré Au pays des kangourous notamment à cause de l’écriture « arc-en-ciel » et imagée de l’auteur. Et puis j’étais passée à côté de l’été des Lucioles.

Le vertige des falaises m’a captivée. Marnie Mortemer, 14 ans, est une ado tellement attachante. Elle vit sur une île avec sa mère Rose et sa grand mère Olivia dans un palais de verre et d’acier à flanc de falaise. Elle s’en échappe souvent pour calmer ses tempêtes intérieures. Sa best friend forever est Jane, aveugle et fille de Prudence l’intendante de la famille.

 L’image que Marnie a des hommes est plutôt pitoyable compte tenu des modèles que lui offrent Luc et Aristide, ses père et grand père. « Les hommes n’apportent rien de bon » dit elle. Elle rêve d’un garçon qui aurait autre chose à lui proposer que le malheur.

Au fil des pages on comprend mieux qu’elle n’ait pas éprouvé tant de chagrin que ça à la mort de son papa.

Les points de vue de Prudence, Rose, Marnie, Olivia, du médecin de l’île, du curé, de la fleuriste la prostituée forment un kaleidoscope qui permet peu à peu de reconstituer l’histoire dramatique de cette famille. Ils sont autant de témoins de ces femmes brisées que de porteurs d’un lourd secret.

L’écriture de Gilles a gardé sa poésie imagée et colorée tout en gagnant en puissance. Bravo !

 Quelques extraits pour le plaisir et une invitation à le lire !

 « je l’aime à la folie et qu’une seule marguerite ose me dire le contraire » page 19

« j’ai des cheveux incendies, des tâches de rousseur partout, et des yeux verts qui changent de couleur selon mes humeurs, tout comme grand mère et maman. » page 28

« elle disait que les accrocs de la vie rendaient les instants de bonheur plus intenses » page 53

« Les hommes sont des enfants qui grandissent malgrè eux. Et dieu sait combien leur bêtise est sans limites. Certes, ils ne cassent plus de jouets. Ils brisent le cœur des femmes. » page 21

« j’ai de beaux cheveux courts, gris argentés (…) Ils étaient bruns, autrefois, et longs. J’y attachais un crayon à papier et les ramassais en un chignon bohème. Les hommes en étaient fous. J’ai toujours ce regard vert qui pénètre les êtres et farfouille leurs âmes tourmentées. Personne n’ose me mentir. Sauf Arsistide. » page 20

« Je me souviens à peine comment j’étais à son âge. Sûrement peureuse et ignorant tout de la vie. Je ne comdamne pas mes choix. La vie est ainsi faite, on se trompe souvent. Page 168.

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12 juillet 2017

Quand Le petit carré jaune m'invite à écrire...

Quand Sabine m'invite à écrire pour une fenêtre estivale sur son blog et que j'ai en tête la photo d'un atelier de Leiloona, ça donne ça...

talons-aiguilles

 

« Tu veux que je te dise ce qui me plait dans cette histoire de smileys et d’émoticônes ? »

Juchée sur des escarpins vernis noirs, elle fume une dernière cigarette avant le moment fatidique. Elle ne me laisse pas le temps de lui répondre.

« C’est qu’on s’envoie sans arrêt des bisous, des sourires et des cœurs. Même mes clients m’envoient des bonhommes qui pleurent de rire, des cotillons et des bouteilles de champagne et mon père m’envoie des petits chats qui ont des cœurs à la place des yeux ! C’est quand même formidable ! On n’en fait pas autant hors écran. On n’ose pas se câliner, se dire merci et qu’on s’apprécie. Alors que là bham ! On glisse des cœurs de toutes les couleurs, des mains en prière de gratitude ou qui applaudissent, une bouille couverte d’effroi ou de tristesse. On assume nos émotions, on les affiche. » Elle jette sa cigarette et l’écrase de la pointe de sa chaussure vernie.

« - C’est à vous dans 15 secondes » lui annonce le jeune homme à l’oreillette qui tient clipboard et est avec nous dans les coulisses.

La robe de Mélinda paillette grave, elle fait boule à facettes. Son parfum rend dingue. Je lui enverrai bien une pluie de cœurs sur les cheveux, là, maintenant.

Elle s’apprête à se mettre à nu devant des milliers de paires d’yeux et quatre dossiers de fauteuils en skaï rouge.

Melinda en a assez d’être la pulpeuse chanteuse, le joli morceau. Elle en a marre d’entendre « c’est sûr qu’avec des poumons pareil, elle doit avoir du coffre ».

Melinda veut seulement qu’on l’aime pour sa voix, pas pour son corps de dingue et son joli minois. The voice c’est sa chance. Melinda la saisit comme elle le fait chaque fois qu’ils s’en présentent dans sa vie, des moments propices. Je suis toujours dans l’ombre, dans les coulisses. Soutien indéfectible. Pense bête, porte sac, secrétaire, épaule sur laquelle pleurer, pote avec qui picoler. Mais je ne suis jamais sur le devant de la scène. J’en rêve souvent sans oser lui dire. Et si je lui envoyais un sms truffé d’émoticônes expressifs ? Le rideau s’ouvre, elle commence à chanter. Je croise les doigts et répète comme un mantra : retournez vous les jurés, tapez sur le buzzer, retournez vous….

Et toi Mélinda, Regarde moi. 

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13 avril 2017

Le coeur du Pélican de Cécile Coulon "Il faut que la vie vous arrache le coeur sinon ce n'est pas la vie."(C.Bobin)

le coeur du pelican 

J'ai tellement entendu parler des romans de Cécile Coulon que j'ai décidé d'essayer moi aussi. J'ai choisi cette histoire d'homme qui court et illustre bien cette phrase de Christian Bobin. Je l'ai commencé, puis laissé pour un roman jeunesse. Je l'ai récupéré, puis j'ai failli flancher et le lâcher dans les derniers chapitres. Bref. Ma lecture a eu à peu près le même rythme que le destin d'Anthime : j'ai dévoré ses débuts prometteurs, fait une pause avant sa chute et lut laborieusement sa tentative de vengeance. J'en ressors avec un sentiment étrange : une tristesse pour cet homme aigri par l'échec qui a fait le choix d'une vie sans joie.

Cécile est née en 1990 et c'est à peine croyable tant son écriture est mature et son observation des relations humaines poussée. Elle nous donne à lire le portrait d'un homme dont l'orgueil blessé va guider tout ses choix. Autour de lui gravitent trois femmes, sa soeur Hélena, son fantasme Béatrice et sa femme par dépit : Joanna. Les deux premières lui donnent des ailes quand la troisième lui coupe. Cet homme à terre qui se remplit va trouver un moyen de venger l'adolescent blessé qu'il était. Il va aller au bout de lui même quitte à se perdre. 

Quelques extraits en images.

peur

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