Les facéties de Lucie

27 mars 2018

Ces jours qui disparaissent de Timothé Le Boucher

ces jours

 

Je rêvais de découvrir cette bande dessinée de Timothé le Boucher, Price Minister me l'a envoyée dans le cadre de l'opération la BD fait son festival

L'histoire est dingue : Lubin agé d'une vingtaine d'années tombe sur la tête lors d'une répétition de danse acrobatique. Dès lors, sa vie bascule dans un drôle de rythme : lorsqu'il se révéille le matin, il s'aperçoit qu'il s'est écoulé un jour entier sans lui.

Le phénomène empire : il se fait virer du supermarché qui l'embauchait en tant que caissier et se fait remplacer dans sa troupe de danse tant ses absences se font de plus en plus longues. Il comprend très vite que les jours qu'il ne vit pas, c'est une autre version de lui qui les investit.

Le psy qu'il rencontre lui conseille de rentrer en contact avec ce jumeau maléfique en lui adressant des messages videos. Le mal empire, le double est son exact opposé : maniaque et business man, quand Lubin est un artiste rêveur et bordélique. Lubin tente de déjouer les plans de son double parfait et ce combat dure des années. 

 

Si j'ai bien accroché aux 3/4 de cette bd à la thématique originale, j'avoue que j'ai moins adhéré au dernier quart par trop de fantastique dans les notes finales de ce récit. J'en garde toutefois un souvenir plus qu'agréable et des réflexions sur la manière dont notre cerveau peut réagir face à un évènement traumatique. Le black out est parfois salutaire pour continuer à vivre coûte que coûte.

Un grand Merci à Price Minister ! Et puisqu'il faut la noter sur 20 je mettrai un 14. 

Foncez vous procurer cette BD originale ici.  

Extraits en image : 

pas de tant pis

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19 mars 2018

La fissure de Jean Paul Didierlaurent, la splendide découverte.

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C'est grâce à Madeline que j'ai eu la chance de dévorer cette pépite. Je n'ai pas lu le Liseur du 6h27, le précédent roman de cet auteur. Je l'ai vu passer sur la blogo sans qu'il ne retienne mon attention. Je vais désormais me le procurer pour retrouver la plume alerte, drôle et tendre de Jean-Paul Didierlaurent. 

Pitoyable représentant de commerce en objets statutaires à vocation décorative extérieure, voilà comment se voit Xavier Berthoux après avoir découvert une fissure sur le mur de sa résidence secondaire. Dès lors il ne pense plus qu'à ça, arracher la vigne qui la camoufle; colmater cette brèche, en venir à bout, quitte à perdre pied. Il se contrefiche des ventes de nains de jardin de piètre qualité depuis que leur fabrication a été délocalisée en Chine, il est obsédée par ce trait épais qui fend sa maison en deux. Sa quête de perfection va le mener aux confins de la folie, aux antipodes peut on précisément dire, avec pour compagnon de voyage un nain de jardin collector qui lui tient le crachoir et l'encourage à suivre les signes pour accomplir son destin. 

Je ne vous en dis pas plus au risque de vous gâcher le plaisir de lecture. Il a pour moi était immense en raison de la construction "sans faille" du roman et de cette écriture singulière. On s'attache, on lit d'une traite. On est heureux du chemin parcouru par cet homme et on s'interroge un peu sur le nôtre. Elle est belle cette histoire. 

Merci Madeline !!!

Extraits 

"Avec le temps, la sellerie de sa voiture de société s'était avachie, accueillant son corps tel un vieux gant de base-ball sa balle de cuir. " page 41

"Les hommes ont tous une fissure quelque part qui les attend, une fissure bien à eux, aussi unique et personnelle que leur ADN. Et si la plupart des gens passent leur vie sans jamais tomber dessus, il arrive que de petits veinards comme toi se retrouvent un beau matin nez à nez avec leur faille et se mettent à gamberger, à remettre tout en cause, à se poser enfin les bonnes questions auxquelles il leur faut soudain trouver des réponses." page 197

"ça le saisit comme une fringale. Une envie soudaine d'exercice physique, un besoin viscéral de s'abrutir par le gaste avant que la pensée obscurcisse tout. Nécessité de bouger, d'occuper coûte que coûte son temps pour sortir de cette hébétude avant qu'elle n'engourdisse totalement son esprit. " page 282

 

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18 mars 2018

Saut en hauteur. Une photo, quelques mots n°298.

jumping

 

Dans le bus, et toute la journée d'une salle de cours à l'autre, trainer un sac supplémentaire. A l'heure dite, traverser le passage clouté pour atteindre le gymnase. Enfiler le jogging glacé, les baskets, changer de tee-shirt. Garder son pull torsadé beige, il fait trop froid. Quelqu'un est il allé récupérer le filets de ballon de hand et les chasubles qui sentent la transpiration ? Non, pas la peine, aujourd'hui c'est saut en hauteur. Tout ce que je déteste. Des sauts d'essai pour trouver son pied d'appel. Je n'ai toujours pas trouvé le mien. Qu'importe le coté par lequel j'engage mon corps, il me semble être un sac de plomb, je ne prends pas de hauteur. Je fais tomber la barre, au mieux la touche du pied.

Et puis, arrive le temps de la fac. Plus de sport obligatoire. Il est proposé en option que je ne prends évidemment pas. Et je deviens elève Erasmus. Autrement dit je pars en Australie. Six mois. Je vis dans une ferme. Je m'occupe des bêtes et des champs. J'améliore mon anglais. Et sans le vouloir mon niveau en sport. Une fin de journée de Mars, je suis chargé de faire le tour des terres pour vérifier les clôtures. J'ai le vent de coté, il souffle dans mon oreille gauche. La droite perçoit le bruit sourd d'un galop sur la terre qui a manqué d'eau cet hiver. C'est un fucking taureau, j'ai dû me tromper de patûre. Il me fonce dessus. L'adrénaline me donne des ailes il faut croire. Sur l'image capturée par mon ami Victor, on dirait que j'ai fait ça toute ma vie. Une main en appui sur le bois, les deux jambes propulsées vers le haut, je franchis la barrière sans difficulté. Je devrai l'envoyer à mon prof de sport de collège, il n'en croirait pas ses yeux. 

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12 mars 2018

Une photo, quelques mots n°297, l'atelier d'écriture de Leiloona.

fontaine

 

Linda à la mer, Linda fait du vélo, Linda démarre une cure de jus détox, Linda mange une raclette (ah, ah ! elle est un paradoxe à elle toute seule), Linda à Paris, Linda à Amsterdam, Linda fait son marché, Linda boit un chaï latte. Elle se met en scène, use et abuse des filtres. Elle poste ses photos sur instagram et facebook, elle guette les like et les commentaires. Certains de ses amis pensent qu'elle est au comble du bonheur, qu'il n'y a aucune ombre au tableau. Tout n'est pas toujours rose, non. Mais ses instants choisis sont lumineux. Elle aime les partager avec toutes les personnes dont elle a croisé la route ces dernières années. Je l'ai rencontré grâce à ses publications sur instagram. Je suis le mec au sac à dos à coté d'elle penché vers l'eau sur la photo.  Nous étions à Rome. J'ai jeté une pièce dans la fontaine de Trévi en faisant un voeu. Celui qu'elle se déconnecte, qu'elle soit enfin dans le moment présent sans chercher sans cesse à le capturer-partager. Si mon voeu se réalise, je n'aurais plus besoin d'attendre qu'elle prenne en photo mon plat au resto avant de commencer à manger. Terminé le café froid à cause des mises en scène interminables avec sa collection de tasses emaillées. Fini aussi les milliers de coup d'oeil à son téléphone pour vérifier que ses publications rencontrent bien leur public. 

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27 février 2018

Ni tout à fait une autre de Caroline Vié, foncez l'acheter Jeudi !

nini

J'enchaine décidemment les bonnes lectures. De Caroline Vié j'avais adoré "Brioche", été touchée par " Dépendance day" et j'ai dévoré d'une traite "Ni tout à fait une autre". Et j'ai corné des dizaines de pages. 

On déguste dans la vie. Et Caroline Vié explore encore une fois ce thème avec sa plume tranchante et son mordant teinté d'humour. J'ai adoré. 

Ici c'est une quinqagénaire dont le mari, une rockstar, meurt d'une overdose d'héroïne. Elle a vécu dans son sillage, en fidèle assistante quasi maternelle. Elle est donc totalement désoeuvrée à son dècés. 

Elle rencontre Adrien, blogueur qui souhaite l'interviewer. Elle tombe peu à peu amoureuse de ce jeune homme qui ne partage absolument pas ses sentiments. Elle fabule, s'imagine, cherche le moindre signe positif chez lui. En vain. 

Heureusement qu'il y a le pata negra. 

Dès jeudi dans vos librairies !!!! Foncez !

Extraits

"La vie est faite de renoncements infimes, si minuscules qu'on ne les remarque que quand on en fait la somme". page 35

"On ne sauve pas les gens qui ont décidé d'y rester. L'amour ne sert absoulument à rien. " page 39

"On n'identifie les plus beaux moments de sa vie qu'après coup. " page 43

"Une relation se fait à deux. Chacun porte son cabas de responsabilité" page 64

"La cocaine donne l'impression que vous pouvez déplacer des montagnes, traverser des océans en dos crawlé, jongler avec des éléphants. Pendant quelques instants, on est Dieu." page 66

"L"heroïne c'est autre chose. c'est le bonheur à portée de seringue. On se sent bien. C'est pour cela que c'est dangeureux, qu'on ne s'en sort pas facilement. On peut accepter de redevenir mortel. Il est presque impossible de renoncer à l'absence de douleur. Le bonheur est un habitude tenace. "

"Je ne crois pas en ce conneries ! Je n'ai pas eu le temps de mettre le filtre. C'est sorti d'un seul coup. Tiphanie semble avaler une gorgée de vinaigre blanc." page 67

"Je mords dans chaque syllabe comme dans une meringue" page 100

"Adrien rougit. Aujourd'hui, il tend vers la betterave. c'est décoratif. (...) Adrien est maintenant écarlate. La fortune est à ma porte. Je vais écrire un roman coquin que je baptiserai 50 nuances de red. " page 101

" S'il parait qu'on revoit toute sa vie en accéléré avant sa mort, il en va de même pour une relation quand on prend un râteau". page 118

"C'est par des aventures que commencent toutes les belles histoires." page 133

"Comme la pointe d'un compas, je m'entoure d'un cercel épais au crayon gras. Je me rends inaccessible. " page 138

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19 février 2018

Une photo, quelques mots n° 295

asiat

 

De la contrainte naissant la liberté, il fallait écrire un texte à partir de la photo et y intégrer les mots suivants ; pantin, asphalte, oxymore, escargot, bois. Génial ! Je ne serai jamais allée vers cette histoire sans ça.. 

 

Je me souviens de ce soleil d'hiver qui peinait à nous réchauffer. De nos écharpes de laine enroulées sur nos gorges serrées. Sur nos genoux, dans nos bentos, le déjeuner. Un curry de légumes et des sobas au sarrasin. Assises côte à côte sur le même banc de bois, nos regards n'allaient plus dans la même direction depuis ta confession. Tu fixais l'asphalte comme si du goudron allait émerger un bon génie qui exhaucerait tes voeux. Ton silence était éloquent. Oui, tu vois, j'ai enfin compris comment former un oxymore. Pas comment j'ai pu être aveugle à ce point. Tu as été manipulée comme un pantin et un piège s'est refermé sur toi. Cette homme, ton mari,  a fait de toi son souffre douleur, sa chose. Je te croyais très amoureuse, trop pour prendre le temps de voir ta famille, y compris moi, ta soeur. Je n'imaginais pas qu'il te coupait du monde, faisait tout pour que tu n'ais plus à travailler, ni à sortir de chez toi. Tu te rappelles de la chanson Katatsumuri que l'on avait apprise en classe maternelle ? En substance, cela disait : "escargot, escargot, où sont tes yeux, sors tes cornes, sors tes lances, sors tes yeux ". J'aurais du sortir mes yeux avant. Ce jour là sur le banc au soleil je n'avais pas encore tout saisi. Que quelque chose en toi était définitivement brisé, ça j'avais pigé. Qu'il avait éteint la lumière en toi, aussi. Mais je n'avais pas senti que sommeillait en toi une vengeance légitime. Au fil des jours, ta rage au coeur s'est transformée en énergie destructice. Je n'aurais jamais imaginé que tu puisses le poignarder. Toi, Yoko, si douce, si pacifique. Hiroshi t'a transformée en meurtrière. L'ami de papa, tu sais, l'avocat, il va te sortir de là, plaider la légitime défense. J'espère que les gardiens ne mangeront pas les mochis que j'ai glissé dans ton colis. Je viens te voir la semaine prochaine ma soeur. Tiens bon. Je t'aime. 

Pour lire les autres textes foncez sur le site de Leiloona !

 

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17 février 2018

Les indifférents de Julien Dufresne Lamy, Une claque !

les indifferents

 

Une sacrée claque ce roman. Une écriture vive et fraiche pour un scénario glaçant. Un dénouement qui te gifle comme une vague frappant la rive. Un page turner magistral. Rien que ça.

"Je n'ai jamais fait partie d'un groupe. Je préfère les amitiés seules. Les murmures, les gestes dans le noir, les aveux courts. Le groupe, je ne suis pas taillé pour. Je ne crois pas aux idéologies, aux foules organisées, aux amen scandés docilement qui s'enracinent dans les têtes. Mon corps est athée. Avec Théo, Léonard et Daisy, on forme un clan pourtant. On vit de façon fusionnelle depuis quatre ans. Il y a des rituels, des processions, nos yeux ressemblent à des mots d'amour. Chez nous, la vie de groupe est devenue une seconde nature. Jamais de heurt et de chardon. On grandit et on s'aime à en crever. Je suis devenue croyante. Mais depuis l'arrivée de Milo, le groupe perd la foi. Cela a surgi vite, comme une embardée. Peu à peu, on enfreint les règles. On se dégrade. C'est ma faute peut-être. On devient égoïste. On s'évite et on cogne. Les uns font du mal aux autres. Les autres préparent leur vengeance. C'est la loi. La société jusqu'au bout. C'est la vie et la mort d'une bande. "

Le bassin d'Arcachon. Le Cap Ferret. Justine y a débarqué d'Alsace avec sa mère, recrutée pour faire la comptabilité d'un notable du coin. Théo, le fils du notable, introduit Justine dans son cerle d'amis. Après un traditionnel bizutage, elle fait partie de la bande et vit avec ses membres de très belles heures. Jusqu'au drame sur la plage. 

"Nous, on nous appelle les indifférents. Ceux qui restent entre eux. Les gens à distance. Indifférents aux autres. C'est notre business."

On sait dès le début qu'il s'est passé quelque chose de grave, que la bande a dépassé les limites, que le groupe est devenu meurtrier. On découvre petit à petit ce qu'il s'est passé. Et le fin mot de l'histoire coupe le souffle. 

"Les bourgeois on les abrite. On les immunise contre le danger. Mais est ce qu'on les juge ? "

Les privilégiés et les autres. Deux mondes qui ne peuvent pas cohabiter. Et quand ils le font, cela dégénère. 

C'est un coup de coeur pour la rousse bouquine. Pour moi aussi. Il est impossible de refermer le livre une fois ouvert.

Et le billet de MR K du blog Le capharnaüm éclairé est le reflet fidèle des émotions qui m'ont traversée pendant la lecture. 

"J'éteins le téléphone d'un mouvement raide en pensant à ma mère, à nous, aux amoureuses. A nous, les fragiles, qui se prélassent seules sur le sable. Les affolées, les rêveuses, les tirées d'affaire, les émues, les vulnérables. A toutes celles, comme ma mère et moi, qui croient éperdument au miracle. " page 324. 

Et Julien est doué pour brosser des portraits :  "Daisy est une contradiction. Douce et volubile, bavarde et mutique, pleine d'élan et de retenue. Face à elle, j'ai du mal à composer. Sa voix porte comme une alarme. Elle aime mettre des expressions américaines dans ses phrases pour montrer qu'elle est de là-bas, you know. Daisy porte des vetes outrancières qui disent, barre-toi de mon chemin. Elle n'a jamais peur de rien et c'est beau à voir. Comme Léonard, il y a quelque chose de cassé en elle. Une manie de traverser les routes sans regarder, de frôler les camions et de rire au nez des gens quand ils sont en colère. Mais elle est affectueuse. Tactile, à la limite de vous embarasser. Parfois, sans raison, elle tire la tronche. On ne sait pas ce qu'elle a. Léonard la supplie de dire quelque chose mais elle fait la gueule. Elle rentre chez elle en frappant du pied. Par frustration, Léonard la surnomme l'Alien. Une fille tellement jolie en apparence mais que, si on lui cisaillait le ventre, on découvrirait un moteur visqueux et des boyaux violets. "

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12 février 2018

Atelier d'écriture n°294.

des souris et des hommes

Des souris et des hommes. Je m’en souviendrai. Une demi-heure pour trouver une place sur l’esplanade bondée. C’est fête foraine ou quoi ? Arrivés au pied des bulles, faire la queue. Etre obligé de respirer les parfums fleuris et poudrés des voisines. Contraint de partager l’œuf téléphérique avec 4 autres personnes. Pourvu qu’on ne soit pas bloqués en pleine montée par une panne. Sont tous endimanchés ces cons.  Pour moi c’est polaire Quechua et puis c’est tout. Arrivés en haut, attendre encore pour entrer. En file indienne. Ceux qui essayent de passer devant nous m’agacent. Pas de placement pour cette pièce de théâtre alors ça joue des coudes pour entrer en premier.

Léa est ravie de cette sortie. On ne descends jamais de notre moyenne montagne pour sortir à la ville. Encore moins pour aller voir une pièce. Léa connaît une des actrices de ce soir. Elle avait très envie d’assister à la représentation. Nous sommes invités à rester après pour un pot avec la troupe. La ca-ta quoi. Je suis incapable de feindre la joie et l’enthousiasme. On dirait que j’ai avalé une enclume. Est-ce moi qui suis anormal ? On finit par entrer dans la cave en pierre voutée qui tient lieu de salle de spectacle. Ça sent l’humidité. Il fait froid. Je me félicite d’être aussi chaudement habillé. Ils doivent se peler les costards trois pièce et robes de soirée. L’attente des trois coups est interminable, nous sommes assis sur des bancs sans dossier, je reçois des coups de coudes, de pieds, ça téléphone, ça parle fort : et le savoir vivre bordel ! 

C’est parti, les acteurs démarrent enfin. Je ne connais pas cette histoire que tout le monde semble avoir lue. Je la trouve glauque. Et triste. J’ai hâte que cela se termine, qu’on en soit aux applaudissements. Léa a l’air absorbée, passionnée. Et déçue aussi, de mon attitude. Je le vois bien. Les acteurs saluent bien bas, reviennent une fois, deux fois. Récoltent ce qu’ils ont semé. Clap clap nombreux, succès donc. Va recommencer la bousculade pour sortir de cette fichue cave. Une boisson chaude est offerte. Ils se précipitent sur le buffet. C’en est trop pour moi. Je glisse dans l’oreille de Léa des paroles qui, je le sais, vont lui faire l’effet d’un glaçon : je ne peux pas rester, reste, toi, si tu veux, moi je descends, j’en peux plus. Elle n’est pas sûre d’avoir compris. Puis, si. « C’est bon, on s’en va. » Elle renonce, elle abdique, n’essaye même pas de me faire changer d’avis. Ne reste pas non plus. M’entraine vers le téléphérique retour. Sans un mot. Pas étonnée je crois. Déçue, mais pas étonnée.

Je m’en veux un peu de lui gâcher le moment. Je suis soulagé de m’extraire de cette foule, de regagner ma voiture, de rentrer chez moi. D’éviter un chevreuil de justesse. De relancer le feu en arrivant chez nous. Je n’y arrive pas. C’est plus fort que moi. Je fais souffrir Léa. Il faut que j’arrête ça. 

 

Pour lire les textes des autres participants c'est par là ! Merci Leiloona !!!

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10 février 2018

Encore un Coup de coeur ! Pas celle que tu crois de Mhairi McFarlane.

pas celle

 

Je n'aurais jamais cru pouvoir écrire ce genre de propos au sujet d'un roman édité par les éditions Harlequin. La maison a su se moderniser et trouver des plumes rafraichissantes et passionnantes. 

J'ai dévoré ce page turner et je l'ai adoré. Cette comédie romantique mériterait d'être portée à l'écran !

L'écriture est enlevée et dynamique, l'histoire bien fichue. J'ai aimé les ascenseurs émotionnels, l'humour, tout. 

Je le recommande chaudement. Merci Fabienne pour le conseil de lecture ! 

Clarabel a beaucoup aimé aussi cette bulle de lecture pétillante et légère. 

L'histoire : Edie a 36 ans. Célibataire. Elle flirte via messagerie avec Jack, un collègue de boulot. Alors quand ce dernier annonce qu'il se marie avec Charlotte qui bosse dans la même agence de com', Eddie ne comprend plus rien. Et encore moins quand il se jette sur elle pour l'embrasser pendant la fête de son mariage. C'est la cata car Charlotte, la mariée, est témoin de la scène. Eddie s'eclipse comme elle peut de la fête. Charlotte quitte Jack et Eddie est priée par son patron de se faire oublier en allant bosser dans sa ville natale, Nottingham, loin de Londres. La mission : écrire l'autobiographie d'une star de série. Le garçon est réputé antipatique. Le dernier biographe a été éconduit sans ménagement. Eddie vit le retour chez son père comme un échec et les retrouvailles avec sa soeur sont comme le craignait : electriques. La voisine, Margot, a tout l'air d'une vieille alcoolique raleuse. Elliot, la star, est comme prévu, peu coopérant. Je ne vous en dis pas davantage. Simplement qu'une fois ferré, vous ne pourrez plus refermer ce livre. Eddie n'a pas tellement confiance en elle mais elle va pourtant bien mener sa barque...

Quelques extraits : 

"Arrêtez de laisser les gens s'amuser avec vous. Ce serait un bon début. (...) N'attendez jamais la permission dun homme pour vivre. En fait : n'attendez la permission de personne. " page 302

"Vous choisissez des hommes qui vous traitent comme vous vous traitez : mal. " page 214

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08 février 2018

"On passe notre temps à s'imaginer des choses sur les gens alors que, en réalité, on ne les connaît pas."

la meilleure

 

J'ai lu "La meilleure d'entre nous" de Sarah Vaughan il y a déjà presqu'un mois. Mais je peine à écrire un billet à la hauteur de mon impression de lecture. Tant pis j'y vais. Charlotte m'a envoyé ce roman en 2015, à sa sortie. J'avais essayé plusieurs fois de le lire sans parvenir à dépasser le premier chapitre. Et en Janvier dernier, bhim, je me suis trouvée ferrée à l'histoire.

A mi chemin entre Julie et Julia (ce roman dans le quel une blogueuse se lance le défi de faire toutes les recettes du livre de cuisine de la célèbre Julia Child) et le meilleur patissier de M6, je me suis régalée et j'ai eu envie de fabriquer des tonnes de gâteaux !

Il s'agit pour 5 candidats (4 femmes et 1 homme) de patisser le mieux possible pour devenir la nouvelle Kathleen Eaden. Kathlleen Eaden est une britannique qui a écrit un livre de patisserie mythique, "l'art de la patisserie" (1966) et qui a donné son nom à la chaine de supermarché haut de gamme que son mari a monté. La galerie de personnages est attachante :  Jenny, épouse gironde au mari volage, Vicki qui s'épuise à vouloir incarner la mère parfaite pour Alfie, Karen qui semble tout contrôler et avant tout sa silhouette, Mike qui élève seul ses enfants orphelins de mère et Claire en mal de confiance en elle. Au fur et à mesure des épreuves, le vernis s'ecaille et on découvre qui sont rééllement ces patissiers amateurs et ce que cuisiner veut dire pour chacun d'entre eux. 

Un coup de coeur ! 

"Peu d'entre nous sont aussi simples qu'il n'y parait au premier abord." page 296

"La porte ouverte à l'équivoque, voilà bien le problème, les textos..." page 397

"Tu devrais peut être arrêter d'être aussi dure avec toi même et accepter pour une fois qu'il n'y a aucun mal à faire passer ses désirs en premier, que c'est même une bonne chose."page 411

"J'ai fait de mon mieux, et sans vouloir t'assener une banalité, nous en sommes tous réduits à ça". Page 441

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