des souris et des hommes

Des souris et des hommes. Je m’en souviendrai. Une demi-heure pour trouver une place sur l’esplanade bondée. C’est fête foraine ou quoi ? Arrivés au pied des bulles, faire la queue. Etre obligé de respirer les parfums fleuris et poudrés des voisines. Contraint de partager l’œuf téléphérique avec 4 autres personnes. Pourvu qu’on ne soit pas bloqués en pleine montée par une panne. Sont tous endimanchés ces cons.  Pour moi c’est polaire Quechua et puis c’est tout. Arrivés en haut, attendre encore pour entrer. En file indienne. Ceux qui essayent de passer devant nous m’agacent. Pas de placement pour cette pièce de théâtre alors ça joue des coudes pour entrer en premier.

Léa est ravie de cette sortie. On ne descends jamais de notre moyenne montagne pour sortir à la ville. Encore moins pour aller voir une pièce. Léa connaît une des actrices de ce soir. Elle avait très envie d’assister à la représentation. Nous sommes invités à rester après pour un pot avec la troupe. La ca-ta quoi. Je suis incapable de feindre la joie et l’enthousiasme. On dirait que j’ai avalé une enclume. Est-ce moi qui suis anormal ? On finit par entrer dans la cave en pierre voutée qui tient lieu de salle de spectacle. Ça sent l’humidité. Il fait froid. Je me félicite d’être aussi chaudement habillé. Ils doivent se peler les costards trois pièce et robes de soirée. L’attente des trois coups est interminable, nous sommes assis sur des bancs sans dossier, je reçois des coups de coudes, de pieds, ça téléphone, ça parle fort : et le savoir vivre bordel ! 

C’est parti, les acteurs démarrent enfin. Je ne connais pas cette histoire que tout le monde semble avoir lue. Je la trouve glauque. Et triste. J’ai hâte que cela se termine, qu’on en soit aux applaudissements. Léa a l’air absorbée, passionnée. Et déçue aussi, de mon attitude. Je le vois bien. Les acteurs saluent bien bas, reviennent une fois, deux fois. Récoltent ce qu’ils ont semé. Clap clap nombreux, succès donc. Va recommencer la bousculade pour sortir de cette fichue cave. Une boisson chaude est offerte. Ils se précipitent sur le buffet. C’en est trop pour moi. Je glisse dans l’oreille de Léa des paroles qui, je le sais, vont lui faire l’effet d’un glaçon : je ne peux pas rester, reste, toi, si tu veux, moi je descends, j’en peux plus. Elle n’est pas sûre d’avoir compris. Puis, si. « C’est bon, on s’en va. » Elle renonce, elle abdique, n’essaye même pas de me faire changer d’avis. Ne reste pas non plus. M’entraine vers le téléphérique retour. Sans un mot. Pas étonnée je crois. Déçue, mais pas étonnée.

Je m’en veux un peu de lui gâcher le moment. Je suis soulagé de m’extraire de cette foule, de regagner ma voiture, de rentrer chez moi. D’éviter un chevreuil de justesse. De relancer le feu en arrivant chez nous. Je n’y arrive pas. C’est plus fort que moi. Je fais souffrir Léa. Il faut que j’arrête ça. 

 

Pour lire les textes des autres participants c'est par là ! Merci Leiloona !!!