rester vivant

Un couple, deux enfants, deux accidents de la circulation, un seul survivant.

Oui, parfois le sort s'acharne et c'est une chanson qui vous maintient la tête hors de l'eau et vous lance sur les routes des Etats-Unis à la recherche des couleurs disparues. Peu à peu, votre monde, devenu noir et blanc, les retrouve par petites touches.

Coup de coeur pour ce roman dans lequel le soir tombe avec panache, les bus s'ébrouent, le narrateur/auteur se sent fondu-enchaîné, la vie tel un feu follet reprend ses droits, crépitante et brûlante.

Il est des instants de nos vies où l'on a le sentiment qu'il nous faut fixer via rétine, enregistrer les images et mémoriser les visages. Ce matériau nous servira plus tard. C'est ce qu'il se passe pour le narrateur pendant ce périple qui fait jaillir des flashs du passé. Ecartelé entre présent et passé et ainsi maintenu dans le flou, il finit par faire la netteté et retrouve l'envie de construire et d'avancer. De vivre.

Quasiment une leçon de lâcher prise : au lieu de se laisser engloutir par les flots tourmentés, il reste à la surface et se laisse porter jusqu'à ce que la mer se calme pour recommencer à nager. Il a confiance en demain. Sans naïveté. Il sait que quelque chose va changer. Il ne sait pas quoi, ni quand mais en attendant il accueille sans se raidir la douleur de l'absence.

Splendide !

Un extrait parmi tant relevés : "Je sens l'air froid dans mes narines, et, en remontant doucement, il se met à aérer mes pensées. Elles s'ouvrent au monde. Elles me questionnent. Elles me demandent si, malgrè tout, ce fracas de l'existence ne vaut pas la peine d'être vécu. Le soleil explose soudain, envahit les rochers, la route, la ville, nous balayant comme des fétus de paille". Page 113.