cloche COUP de COEUR !!!

Les sons, les odeurs et les couleurs nous ramènent à l'enfance comme Proust l'a été par sa madeleine.

Pour le narrateur qui s'adresse à sa mère dans ce roman, c'est le tintement de la cloche de la porte du bar, les odeurs de tabac brun et d'anisette, les senteurs du lilas et de la glycine, l'odeur contenue dans les pages d'un roman, la couleur mauve d'une robe...

Quand un ado de 12 ans croise la route d'une femme qui le fascine (ou la découvre derrière un buisson) et que celle ci abandonne sa lecture en cours dans l'herbe, se saisir du livre revient à pénétrer le monde mystérieux des femmes.

Ce roman, c'est "du côté de chez Swann" et il va représenter bien plus qu'un éveil à la sensualité. Ses personnages vont peupler son quotidien et une lecture de ses phrases alambiquées sera faite chaque soir avec Paola, sa mère. Un rituel qui s'ajoute à ceux qu'ils ont déjà tous les deux et va ancrer une complicité dont Aldo, le mari et père, exclu, va devenir jaloux.

Mais Paola est malade. Aldo déploie des trésors d'imagination pour la distraire et éloigner le démon. Il ne fabrique pas de grigris et n'a pas de mantras magiques. Juste des idées lumineuses : une escapade à Cabourg sur les traces de Proust (quitte à faire rater une soirée décisive à son fils), une lecture à voix haute par Pierre Arditi et un spectacle dont leur fils sera l'auteur. La proustmania atteint dès lors toute la commune et fait flamber le cours de la madeleine.

S'il n'empêche pas l'usine de métallurgie de fermer et la maladie de Paola de progresser, ce roman de Proust soude ses lecteurs désormais unis en une communauté bienveillante et forme un matelas de mots rendant pour toutes et tous la chute moins douloureuse. C'est un "grimoire empli d'heureux sortilèges" qui font la vie plus douce et plus drôle.

Un bijou de délicatesse et de tendresse ce premier roman de Paul Vacca. Il est également truffé d'humour.

L'épisode du casting pour le spectacle est très drôle, la prof de français arrogante est joliment mouchée, les réflexions que font naître la lecture de Proust parfois savoureuses, la Proustmania et ses conséquence aussi : l'horlogerie est rebaptisée ("le temps retrouvé") et le poissonnier vous invite à partir "à la recherche du thon perdu" !. On sourit des petits mensonges du jeune homme autour de sa prétendue idylle à Cabourg (qui ne s'est pas inventé un amoureux éloigné ?) et des conseils de Stéphane, son pote, alias Mouche, qui ne sont pas toujours bien avisés (sans compter le fait qu'il est parfois défaillant dans les missions qu'on lui confie)

Ode au pouvoir de la littérature dans nos vies. Refuges et guides, les romans nous aident à grandir, à comprendre, à accepter, à vivre. Traits d'union entre les êtres, ils nous donnent le sentiment d'appartenir à quelque chose de plus grand, et nous permettent de confronter notre solitude à celle des autres.

Un grand merci à Paul de m'avoir offert ce roman.

Clara aussi a aimé, elle l'a refermé la gorge serrée d'émotions. Pour théoma, "une premier roman d'une justesse éblouissante qui possède la force de toucher universellement les lecteurs." Fais moi les poches a aimé aussi cette tendresse infinie qui affleure.

Ce roman a fait naitre chez moi l'envie de lire Proust ce que je n'ai encore pas fait. J'ai la trouille des phrases de 10 mètres de long, du style et des mots de ce grand Auteur.

Quelques extraits : "la vie d'un écrivain ça n'a pas de rapport avec ce qu'il écrit dans les livres".

"le bouche à oreille n'est pas chez nous un mode de communication haute fidélité."

"l'acteur se fait funambule. Délicat et aérien, il évolue élégamment sur le long fil des phrases proustiennes. Celles ci se déploient dans l'espace, donnant vie à un monde vibrant et lumineux".

"On est perusadés qu'en refusant de nommer le mal, il finira par se lasser. En l'ignorant superbement, on est sûr qu'il abandonnera la partie. Dans ce combat psychologique de tous les instants, il ne faut pas lâcher la garde, pas même une minute, on sait qu'il faut se montrer intraitable. Pour être capable de conjurer le sort, il nous faut absoulument rendre plus beau, plus intense, chaque instant de notre vie à tous les trois. Seul moyen de ne pas céder un pouce de terrain à l'ennemi. Nous avons notre plan de bataille : ne pas laisser le quotidien devenir quotidien."

"- Vous avez commencé à lire ? cherches-tu à savoir avec un zeste de fébrilité. (...) Martine et Sylvie se toisnet mutuellement dans un grand silence embarassé. Tu ne peux cacher ta déception.

- ça ne vous plait pas, c'est ça ?

- Non pas exactement, se défend Martine, les phrases sont belles... juste un peu longues, peut être...non ?

Elle titille Sylvie du coude pour qu'elle prenne le relais :

- Oui, oui, y a du style, c'est sûr ! Mais...c'est juste que...on doit tout le temps revenir en arrière pour comprendre où on en est de l'histoire...

- L'histoire ? rebondit Martine. Quelle histoire ? J'en suis à la page 63 et il ne s'est toujours rien passé !

- Ouais, ça manque peut être un peu d'action. Remarque, il ne fait que dormir au début, il attend sa mère, il faut reconnaitre que ce n'est pas très engageant."

"Lire, c'est aller vers l'inconnu, c'est chercher à découvrir de nouveax mondes, à percer de nouvelles énigmes... Sans garantie de succès. D'ailleurs , on ne fait jamais le tour d'un livre, on n'épuise jamais la totalité de son mystère. C'est même peut être ce qui nous échappe qui est le plus important. "

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