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Ce roman charnel et sensuel m'a happé et fasciné. 

Dans Mue, il est question de peau, celle que l'on quitte pour avancer, qu'on griffe, qu'on marque, qu'on caresse, qui appelle celle de l'autre dans laquelle on aime parfois se glisser et celle dont on a envie de goûter la saveur salée. 

Dans Mue, au-delà de la peau, il s'agit d'amour, celui que l'on fuit, qu'on ne s'autorise pas, qui effraie, qui vous saisit et vous brûle.

Dans Mue, il est question du rôle de l'écriture et de la lecture dans nos vies. Lire c'est se nourrir des histoires racontées par les autres. Chacune apporte une pierre à notre édifice et nous influence. Lire c'est s'évader, s'ecclipser, endosser des costumes qui ne sont pas les nôtres. Ecrire permet de s'inventer un rôle, survivre, supporter l'angoisse, la semer. 

Lucie, gauchère, lectrice compulsive et auteure, est réceptionniste à l'hôtel de la Cigogne. Elle essaye de mettre K.O son angoisse, l'Immortelle, à coup de mots et de nouveautés. Elle se nourrit des autres, les absorbe quasiment. Avide de vivre, lumineuse et gourmande, insolente et libre, elle est pourtant aspirée vers le fond par une noirceur indicible. 

Jean est éditeur et abject avec les femmes qu'il consomme à l'hôtel où travaille la jeune femme. Mais ça c'était avant d'être obsédé par l'index de Lucie caressant les pages des romans qu'elle lit. Il va se retrouver pris dans les filets de sentiments qui le dépassent et qu'il tenait à distance pour ne pas s'impliquer et souffrir.

Viscéralement attiré par Lucie qui l'ignore, il devient quasi fou au point de voir un piano venu de nul part dans son salon. Pour une fois, c'est la femme, Lucie, qui mène la danse. Mais elle avance à cloche pied sur une marelle dont la dernière case est faite de glace qui menace de craquer sous son poids. 

Il se consume de désir, elle se recroqueville sur un douloureux et pesant secret. Jean et Lucie ressentent les choses si fort que cela en devient douloureux de vivre. Un peu comme lorsque le sang revient dans vos doigts paralysés par le froid.

Ce roman est venu me chercher au niveau du ventre, m'a attrapé, retourné...je l'ai ressenti physiquement.

J'en ai corné quasi toutes les pages, les mots ont résonné en moi. Tant de justesse et de proximité, c'en est troublant et envoûtant.

Un coup de coeur !

Merci Mélanie ! 

C'est grâce à cet article que j'ai découvert cette auteure 

Son blog est dans mes favoris désormais. 

Des extraits relevés il y en a tant : 

"Il y a dans l'imposture la liberté d'être autre chose que ce qu'on attend de nous."

"Les femmes sont pitoyables. Ce qui m'attriste le plus chez elles, c'est cette capacité à se mentir. Cette dévotion à l'autre. Quel qu'il soit. A croire en lui. A projeter. A s'imaginer que le type qui vient de les sauter est ou sera (souvent, elles croient aussi au changement) comme ceci, comme cela. Aveuglées par l'urgence d'appartenir à quelqu'un, elles se conforment à ce qu'elles croient qu'on attend d'elles. S'effacent. S'éteignent. S'abrutissent. Deviennent ce qu'elles ne sont pas, molles et soumises. S'accommodent à l'intolérable, à l'insupportable, en jouissent. Et le font payer.""la chambre huit devint un sas de rapports inédits avec une femme, une seule, libre et sauvage, qui, possédée par les lectures, incarnait plusieurs personnages. De manière inconsciente certainement, et immaîtrisable. Une femme, cette femme, cette fille dont la profusion du désir et la violente frénésie à jouir, de plaisir et de douleur, m'excitaient jusqu'à un état proche de la panique."

"le manque physique où je souffrais du besoin d'être touché. Touché par ses mains, sa bouche, son souffle qui m'enveloppaient dans quelque chose de chaud auquel mon corps réagissait, répondait. Et quand je dis corps, je ne pense pas au sexe. Mais à ma présence au monde, à mes cinq sens anesthésiés par ma médiocrité qui fourmillaient, crépitaient, ressuscitaient à la seule vue de Lucie, capable d'être là, de s'absenter de toute pensée. Le corps n'a pas de tabou. Il se passe de mots. 

"Parler ne changerait rien. Mais quelqu'un chez moi, si. Un quelqu'un qui m'attendrait, à qui je n'aurais rien besoin de dire pour être comprise. Il me servirait un café amer dans ma tasse de porcelaine blanche et verte. Sans sucre, ni crème. Avec une petite cuillère pour attraper la mousse. Nous irions sur le canapé. Il s'allongerait sur le dos, un bras sous la nuque et l'autre se tendrait vers moi. Je me blottirais contre lui, au creux de son aisselle. Il me serrerait très fort."