araignées 

Cela fait déjà une semaine que j'ai lu "Les araignées du soir" quasiment d'une seule traite. Pantelante en le refermant, j'ai laissé infuser les mots en moi et mes impressions se décanter.

Est ce pour autant plus facile d'écrire un billet aujourd'hui ? Non. Car ce texte est venu me chercher loin. Il m'a remué le deuxième cerveau (comprendre le ventre). Il a résonné fort en moi, façon gong tibetain. Oui ce livre m'a fait "chanter le bol"...

Bon allez je me lance, je ne voudrais pas que vous passiez à côté de ce roman d'Elsa Flageul. 

On rencontre d'abord Victor, un homme englué dans le passé, ne parvenant pas à se saisir de l'instant, à le vivre pleinement. Il est amoureux de Véra. Mais elle l'aime bien, c'est tout. 

C'est Violette que l'on découvre ensuite. Bourguignonne, diplômée lettrée de la Sorbonne, elle attendait que la vie lui explose au visage comme une bombonne quand elle a rencontré Nigel, l'écrivain. 

Puis l'on comprend que Véra, fille d'immigrés roumains fuyant le régime, tombe amoureuse du même homme, Nigel, et devient sa maîtresse. 

Ces trois là ne se croient pas calibrés pour vivre intensément et en meurent pourtant d'envie. Ils attendent leur chance et veulent passer de l'ombre à la lumière sans avoir à hurler plus fort que les autres. La voix qu'ils veulent faire taire c'est leur voix d'enfant. Mais le peut-on vraiment ?

Pour Véra et Violette, "les hommes sont magiques", ils servent de révélateurs et leur font prendre conscience de leur valeur. Ce sont des miroirs sans le reflet desquels elles se trouvent sans saveur. Ne peut-on pleinement exister en tant que femme sans le regard des hommes ?

Quant à Victor, il est empli de haine et de rancoeur, celle de celui qui n'est pas choisi, qui a le sentiment de râter sa vie et préfère détruire le bonheur qui lui échappe.

Nigel ferme la marche dans l'épilogue. Cet homme, entre deux femmes, semble ne vivre que pour écrire. 

La mise en scène de ce quatuor par Elsa Flageul est magistrale.

On lit l'envie de s'extraire de la lignée familiale, de ne pas marcher dans les pas des parents qui ont vécu petit, de se défaire de leurs peurs et angoisses qui nous collent à la peau et nous empêchent d'avancer.

On lit l'envie viscérale de vivre, de ressentir, de ne pas traverser la vie sans tempête émotionnelle.

On lit la douleur d'aimer un homme marié, ce mélange d'amertume et d'espoir.

Avec une écriture à fleur de peau, au plus près des émotions, Elsa a l'art d'user des parenthèses et d'économiser les virgules pour faire s'enchaîner les mots.

Quel talent pour mettre en prose nos emballements, nos mélancolies, nos folies. Oui, nos, parce que l'écho est inévitable...

En refermant le livre on a envie de vivre encore plus fort quitte à avoir mal, parce que ça vaut le coup.

Le billet de Charlotte qui l'a trouvé brillant ce roman.