poissonEn voyant les flocons dégringoler vendredi dernier et paralyser la circulation, je me suis demandée si on ne devait pas cette tempête à un gars qui aurait demandé l'aide du ciel comme le fait le petit garçon de 11 ans dans le roman de Pierre Szalowski. 

Les pluies verglaçantes n'empêchent pas son papa de partir mais elles paralysent le Canada et privent ses habitants d'électricité les obligeant à d'improbables rapprochements dans les rares appartements disposant de groupe electrogène. Et les vies de ces personnages vont prendre une nouvelle direction. Quand on se sourit et qu'on se tend la main, il se passe de très belles choses.

Je connaissais la théorie du battement d'ailes de papillon, pas celle des noeuds appliquée aux poissons tropicaux dont la trajectoire peut être modifiée par un léger changement de température de l'eau. Petite cause, grande conséquence

Les personnages de ce roman sont trucculents : le cartésien chercheur Russe Boris Bogdanov aux pommettes un peu trop saillantes (toute ressemblance avec un personnage connu serait évidemment purement fortuite) obsédé par ses poissons au point de ne pas voir à ses côtés une femme nue sous son peignoir, Michel qui est allé au bout de son transfert avec son psy Simon, Alex qui s'emploie à detester la terre entière depuis le départ de sa mexicaine, Julie danseuse la nuit et collectionneuse d'hommes qui ne reviennent jamais (seul son chat Brutus le fait) et un papa de peu de mots.

J'ai aimé ce roman pour de multiples raisons :

  • la naïveté touchante de ce petit garçon qui pense avoir déchaîné les éléments en le voulant très fort 
  • l'étincelle qui revient dans les yeux d'une femme qui avait fait une croix sur l'amour
  • les expressions et mots québecois "ciboire" "décrisse !" "être tanné de", "tabarnac" (entendu et réentendu dans fais pas ci, fais pas ça)
  • le taciturne, hébergé par ceux qu'il est censé détester, qui finit par s'adoucir
  • les couples en morceaux qui se rabibochent (même si là j'avoue mon scepticisme mais c'est beau de temps en temps d'y croire) et ceux qui se créent entre deux êtres que tout semblaient opposer.
  • la croisée des chemins qui fait un joli pied de nez au destin !

Certains diront que ce roman est rempli de lieux communs (on fait tous des erreurs et on a droit à une seconde chance, les femmes tombent amoureuses parce qu'elles trouvent le mec différent mais font tout pour qu'il change)et de bons sentiments.

M'enfin lire un roman qui finit bien de temps en temps ça ne fait pas de mal. 

Livre doudou qui redonne envie de lire (parfait après lecture de pavé décevante) pour Miss Alfie (oui tu n'as pas tort quand tu parles de conte, c'est un peu ça, un conte de Noël, cela me fait penser aux téléfilms happy end qu'on nous diffuse l'après midi pendant les fêtes)

Une belle histoire d'humanité avec de l'humour pour Clara

Merci Pierre, "Douanier Rousseau de la littérature" comme vous vous qualifiez volontiers, votre roman est positif, poétique et drôle. Remède simple anti-grisaille et anti-morosité (devrait être remboursé par la sécu, tiens !)