plage 

"Une plage c'est un théatre, ouvert à tous les regards, un théatre où cent histoires se déroulent simultanément. Quelle tentation de papillonner de l'une à l'autre, pour moi qui, en attendant que tu sois là, n'en ai pas, d'histoire, moi qui suis libre comme l'air !"page 21. 

C'est une des raisons qui rend la lecture à la plage très difficile pour moi, trop perméable à ce qui m'entoure...

Comme je peine à vous parler de ce roman ! C'est normal c'est un coup de coeur, je ne trouve jamais que mes mots sont à la hauteur.

Grand merci à Mirontaine qui m'a donné envie de le lire ICI.

C'est tous les jours plage pour cette femme qui attend la venue de l'homme qu'elle aime. Elle observe et écoute ses voisins de serviette et leur invente des vies. Elle prend des notes dans un carnet et ne se défait jamais de son portable qui la relie à son amant. Cette bibliothécaire est amoureuse d'un prof de philosophie de 20 ans son aîné et portant alliance puisque marié. Il doit la rejoindre pour passer une semaine avec elle dans cet hôtel de plage bretonne. 

Et comme le dit la quatrième de couverture "qu'il vienne ou non (...) elle ne sera plus jamais la même". 

Grâce à cet homme elle est devenue femme, belle, loin de l'image de vieille fille que sa mère lui a collé. Elle est sortie de l'ombre, elle n'en est plus une. Paradoxal pour une femme qui ne peut pas vivre son amour au grand jour...

Sur cette plage, les gens qui l'entourent ignorent la joie qui l'habite, la chaleur qui se répand en elle quand elle pense à lui. Elle vit chaque instant en pensant à lui, à ce qu'il aimerait, ce qu'il ressentirait. Et si elle a retrouvé une grande légèreté avec cette histoire, cela ne l'empêche pas d'éprouver un sentiment intense de solitude entre deux coups de fil ou lorsqu'elle voit les autres mener vie normale. Cette histoire clandestine a un côté irréel. N'existe t'elle que dans sa tête, dans son imagination ? Elle se le demande parfois...

On lit l'espoir, l'amour et les doutes qui serrent le ventre... Mais la voix de l'homme réanime et fait croire à nouveau.

Les mots de Marie Sizun sont justes et les images de plage se forment sans peine dans l'esprit du lecteur tant les scènes sont bien dépeintes.

J'ai relevé tant de passages...

"Aujourd'hui il ne fait pas très beau: c'est une autre gamme de camaïeux de gris, blancs indéterminés ...Sous cette lumière changeante, on dirait que la vie hésite, que le ciel s'amuse en variations infinies. J'aime beaucoup ce matin aux couleurs indécises, qu'illumine soudain l'apparition du soleil entre deux nuages... C'est chaque fois une surprise, une petite grâce..."

"Si seulement tu m'appelais maintenant. Même très vite. Ne serait-ce que pour me faire oublier ce drôle de pincement au coeur. Ce sentiment de délaissement. Ton dernier appel, c'était ce matin, et il me semble que c'est si loin. "

"Quand je t'entends, quand tu es là, près de moi par le téléphone, tout me semble à nouveau tellement simple. C'est comme si je reprenais vie, que le sang circulait plus vite dans mes veines. Les choses autour de moi, si ternes l'instant d'avant, retrouvent leur éclat, et je fourmille de projets, d'envie d'exister. Mais il était bien rapide ce coup de téléphone : je n'ai pas eu le temps de te poser les questions que je voulais...Si idiote, si écervelée, que j'écoutais ta voix au lieu d'aller à l'essentiel..."