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Ce roman semble écrit d'une traite (ou est ce parce que je l'ai lu ainsi ?), sans que l'auteur ne reprenne son souffle.

De respiration, il est question dans ce texte. Celle qui est saccadée voire raccourcie par l'angoisse et le souci, le souffle qui cesse quand la vie nous quitte ou quand on choisit de la quitter.

Quand le coeur fait un noeud sur un souvenir, les bronches se rétrécissent, l'air se faufile comme il peut.

Emmanuel ne sait plus pourquoi il respire et comment il parvient à le faire avec le poids du secret familial sur la poitrine. C'est comme un mur qui empêche de prendre son élan vital pour sauter les obstacles et avancer.

Il faut dire qu'Emmanuel le consolide avec ses questions ce mur de non-dits. Alors il va en construire des vrais, en parpaings pour éprouver son corps, ressentir la douleur du corps qui souffre, anesthésier celle que la boucle de ses pensées lui causent. Cela n'empêche pas les fantômes de le suivre. Il faudrait les plaquer au sol et s'enfuir.

Peu de langues déliées à l'enterrement de sa grand mère, des langues de chat avec un thé qu'on ne boit pas. Ne parlons pas de ce qui fache, le grand père René qui s'est presque taillé les veines à la hache sans que l'on sache pourquoi. Remettons le couvercle.

D'abord désarçonée puis séduite et emportée par l'écriture de Manu Causse. C'est rythmé, ça balance, on est à mi chemin entre poésie et songe éveillé, le récit est réaliste, intimiste et parfois presque fantastique. Cela m'a donné l'impression d'une petite musique qu'on se fredonne dans la tête. J'ai beaucoup aimé les phrases laissées en suspens, pas terminées, la façon dont certaines sont coupées, une partie inattendue d'elles a sauté à la ligne d'après.

Il m'a touché ce jeune homme de 33 ans (l'âge des questionnements ?) qui cherche son chemin et aurait tant aimé que René le prenne par la main et lui dise de quoi sera fait demain. Il est aussi en quête de cette femme à la 2CV qui l'avait pris en stop le jour de l'enterrement, qu'il vénère, la fantasmant. Refaire couple l'effaie un peu, ne dis-t-on pas : s'être fait passer la corde au cou ?

Ce texte est quasi musical, et truffé de références et de fragments de vie. On entend l'accent de l'occitan, on sent les odeurs de raisins, le ciment qui englue les poumons.

La mort choisie fascine, effraie et fait naître des questionnements incessants dans la tête de ceux qui restent et doivent se construire avec ce trou béant, cet absent, ce référent masculin dont on tait la fin.

Suivre l'exemple ou sombrer dans la folie ?

Avancer amputé d'une partie de son arbre, retrouver la soif de vivre qui avait déserté l'ancêtre. Faire taire tous les doutes, dompter toutes les peurs, se débarasser de ses fantômes pour respirer sans entrave. Pour cela : laisser les mots sortir de sa bouche...

Je pense que vous l'avez compris mais j'ai aimé « l'eau des rêves ». Au point de le relire, pour retrouver des passages aimés (d'où les pages cornées) en découvrir certains que j'avais un peu négligés, l'attention trop portée sur les mots d'après.

Un grand merci à Manu Causse et la maison d'éditions Luce Wilquin pour l'envoi !

En librairie demain, alors vous savez ce qu'il vous reste à faire !