veines 

Le figaro littéraire affirme que les nouvelles ont le vent en poupe. J'applaudis mais je le dis : j'ai toujours aimé ces bijoux de concision. 

En ce moment je ne lis quasiment que ça d'ailleurs et j'enchaîne les pépites. Le recueil des 17 nouvelles d'Emmanuelle Carl-Tanneur en est et je ne suis pas la seule à le dire car ses textes ont été plusieurs fois primés. Liliba est tombée sous le charme aussi (elle était pourtant dotée au départ d'un scepticisme sévère) et Françoise Guérin lui a laissé page blanche le temps d'un billet. S'il vous plait !

Emmanuelle est comme un peintre qui saurait manier avec la même dextérité fusain, aquarelle et peinture à l'huile. Tantôt surréaliste, impressionniste, pointilliste ou réaliste, elle maîtrise tous les styles avec brio.

Elle brosse les portraits de ses personnages en quelques traits habiles, fait des collages, étale épais la matière puis gratte un peu au couteau. Toutes ces touches font mouches y compris les plus sombres.

Les chutes sont cruelles et amères comme si Emmanuelle avait soudain mis la toile à nue. Elles sont souvent teintée d'une douce mélancolie. Elles remuent le lecteur c'est certain.

La guerre et ses ravages, la peinture et la lecture et le rôle qu'ont ces arts dans nos vies, d'horribles et implacables vengeances, des messages d'amour, de paix, de réconciliation, de la poésie, de la solitude, des deuils à faire. Vous lirez tout ça dans ses histoires. La vie, donc, et les petites combines de chacun pour se sortir (ou pas) des coups du sort. 

Mention spéciale pour le bilbiomane de la première nouvelle dans lequel les lecteurs(trices) compulsifs(ves) se reconnaîtront, pour "Le cri de la corneille" et "Bloody Mary" ces nouvelles cruelles en milieu rural, pour la poésie contenue dans "Et dans ses veines coulait la sève" et "Les petites roues" qui abordent la difficulté pour un enfant d'appréhender la mort, et enfin pour "il suffit de passer le pont" dont les allures de contes m'ont fait penser à l'album de Valentine Goby et véhicule de beaux messages de paix et de réconciliation. Là, comme souvent, c'est une enfant qui fait le trait d'union entre deux adultes. 

Des extraits pour vous donner envie : 

"La beauté d'une œuvre tient aussi à ce que l'artiste y a mis de lui-même, tout comme le goût de la vie est celui que nous lui donnons."

"L'important c'est de ne jamais s'arrêter. Même si tu as peur de tomber, aie confiance, avance, tends la main et quelqu'un sera là, qui la prendra."

"J'ai compris que l'avenir ne se subit pas mais se construit et que le passé s'accepte pour pouvoir se transformer, simplement, en souvenirs."

Ce recueil est publié aux éditions Terre d'auteurs et vous pouvez le commander par là