La servante du Seigneur de Jean Louis Fournier
De Jean Louis Fournier j'avais déjà beaucoup aimé "où on va papa" dans lequel il usait d'humour noir pour parler de ses deux petits oiseaux handicapés et j'ai été particulièement touchée par "Veuf" roman doux amer dans lequel il évoque la mort de sa femme.
J'ai lu La servante du seigneur quasi d'une traite. La fin m'a fait l'effet d'un coup de poing. La servante du seigneur c'est la fille de Jean Louis Fournier. Elle est entrée dans les ordres comme on dit et pour son père c'est comme de l'avoir perdue.
Dans chaque chapitre il emploie le tutoiement pour évoquer sa fille avant qu'elle ne rentre dans la chrétienté et le vouvoiement quand il parle de la religieuse qu'elle est devenue.
Cette alternance met en balance une graphiste joyeuse, lumineuse et vivante et une religieuse triste, éteinte et campée sur ses certitudes. Cette dichotomie gouverne tout le livre.
Et le final surprend.
Les pères projettent, les pères espérent, les pères ont une certaine idée du bonheur pour leurs enfants et ne comprennent pas toujours qu'ils ne la partagent pas. Ils sont déçus, ils se sentent abandonnés. Et parfois ils font fausse route parce que leurs enfants ont trouvé la leur, la bonne.
Un extrait éloquent :
"Etre heureux ne devrait être conjugué qu'à la première personne du singulier et par le principal interessé. Il n'y a que lui qui sait s'il est heureux ou pas. Conclure que quelqu'un est heureux est toujours risqué. On peut avoir tout pour être heureux sauf le bonheur. Les symptômes comme le rire, l'humour, la bonne humeur, ne sont pas suffisants pour diagnostiquer le bonheur. Le bonheur est bien plus compliqué. C'est une harmonie aussi difficile à obtenir que le pianissimo de centaines d'instruments différents dans un orchestre symphonique"

