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Les facéties de Lucie
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17 juin 2013

Une photo, quelques mots (84)

londres

Me voici arrivée à Londres. Une couette de nuages doucement repoussée laisse entrevoir le bleu du ciel. Mon pull noir aimante la chaleur lorsque le soleil perce la ouate de ses rayons. J'emmagasine, j'accumule pour lutter contre le froid en moi. Je ferme doucement mes paupières parce que c'est comme si mon acupuncteur avait réservé toutes ses aiguilles pour mes yeux. Elles me perforent l'iris. Le bain de larmes qu'elles provoquent apaisent la douleur. Je ne sens plus les pointes, juste le filet d'eau salée qui dévale sur chacune de mes joues. J'imagine les traits verticaux plus clairs qui doivent maintenant être peints sur mon fond de teint.

J'ai changé mes plans au dernier moment. Je devais te rejoindre. Enfin, plutôt me rapprocher de toi. Etre dans les parages pour que tu puisses venir me voir dès que c'était possible. Quelques minutes après ce genre de sms : réunion parents/profs, on a deux heures devant nous. 

J'entends encore ton souffle court, tes longs soupirs et ta voix qui me réclame. Je ne te demandais pas de quitter ta femme. Non, même pas. Et pourtant. Du jour au lendemain, silence, plus rien. Ni appel, ni message, ni mail. Tu t'es ecclipsé. Tu as du te raisonner. Tu dois essayer de te recentrer sur cette vie de famille que tu es en train de ranger dans une boite. Une boite en moellons. Je ne suis rien d'autre qu'un vice de construction. Vive la garantie décennale. On peut colmater les brèches sans demander une rallonge de prêt. 

La femme et les enfants d'abord. Loin des récifs rocheux où se font bronzer les sirènes. Loin de leurs chants, on ne sait jamais. Elles émettent sur des fréquences à vous vriller le cerveau, à vous faire croire que la passion existe encore. Que la folie est permise, qu'on peut vivre intensément. 

J'ai cru que j'avais perdu la raison. Que la démence amoureuse n'était autre qu'une véritable folie. Que j'avais tellement envie d'y croire, envie d'aimer, que j'ai rêvé éveillée. Que je t'ai inventé de toutes pièces toi...

Tout à l'heure dans l'Eurostar, pourtant, j'ai cru t'aperçevoir. Encore une attaque d'épingles. Elles se sont précipitées comme aimantées sur mon cuir chevelu. Capillaires redressées, casque de chaleur. Un frisson a dévalé le long de ma nuque, a chevauché ma colonne vertebrale pour faire une arrivée fracassante dans mes lombaires...Ce n'était pas toi, évidemment. Le gars que j'ai fixé intensément a du me trouver illuminée. La théorie de la folie se trouve confirmée, je suis à deux doigts de me faire interner. 

Ta vie à toi n'a sans doute pas changé. L'eau troublée par les galets en ricochet a du retrouver sa clarté. On doit voir à nouveau les poissons tout au fond. Ils font mine de changer de direction mais tournent en rond. Ils se croient en pleine mer alors qu'ils sont dans un tout petit bassin d'eau douce qu'ils connaissent par coeur. Trop corrosif le sel du grand bain...

C'était ma participation à l'atelier de Leiloona. 

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Commentaires
L
@leiloona : merci, ton compliment me va droit au coeur et ce texte je l'aime, pour une fois que j'ose le dire...
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L
Je trouve que ton texte fourmille de très belles images : je crois même que c'est la première fois que tu en utilises autant. C'est très beau.
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L
@jeancharles : merci ! non, en effet pas chouette. Même si comme tu le dis on n'a pas la version de ce monsieur. La donnera t-il un jour ?
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J
Pas jolie cette façon de finir... mais peut-être qu'il a eu un accident, sans pouvoir la prévenir parce que justement femme et enfants l'entourent. Ben oui faut bien lui trouver une bonne raison. <br /> <br /> J'ai bien aimé ta façon de mener ton texte. :-)
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L
@miss alfie : merci !!! Oui et la souffrance qui va avec.
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