"L'attente" de Catherine Charrier
L'attente est une pieuvre qui vous attrape le coeur et le ventre avec ses tentacules. Elle se saisit de vous un jour et vous relâche des mois, des années après, exsangue, poupée de chiffon, le coeur comme essoré et desséché.
C'est une traîtresse l'attente. Vous la preniez pour une amie bienveillante, elle rendait votre vie palpitante, la remplissait de surprises, elle allégait vos journées, elle attisait le plaisir et embellissait l'ordinaire.
Si elle vous servait souvent de moteur, elle vous privait parfois d'air, rongeait votre coeur, tourmentait votre âme et vous soumettait à un drôle de rythme.
Quand elle vous quitte, vous êtes seule et désoeuvrée. Mais vous avez vécu intensément.
L'attente est personnifée dans les passages en italiques qui ponctuent le récit de cette histoire d'amour adultère.
C'est comme un comédien qui rentre en scène avec une réplique, qui mène la danse et ensorcelle le public jusqu'au moment où il tire sa révérence avec une sentence finale. Le rideau tombe enfin. Le public sort groggy du théatre, les yeux dans le vague.
Pour Marie, c'est avec une phrase que commence l'attente et c'est une autre qui la fera cesser. Entre les deux : 13 ans.
Un drôle de décompte démarre à partir des mots porteurs d'espoir prononcés par Roch, l'amant irrésistible, et donne leurs titres aux chapitres J+....
A J + 968, elle se dit qu'elle devrait arrêter cette relation qui lui fait mener une vie au rabais. Mais continue.
Une femme amoureuse d'une lucidité incroyable, accepte l'inacceptable parce qu'elle veut vivre l'histoire jusqu'au bout, quitte à bien souffrir, à se haïr, à s'écoeurer, à en vomir chaque jour, à vouloir mourir.
Ses sentiments sont une alternance de force et de tendresse, elle est viscéralement attachée à cet homme, dépendante affective au point d'en perdre le sens des réalités.
Lui prend peu de risque en définitive, gardant un pied sur terre quand l'autre est sur le pont du bateau. Rejoindre pour de bon l'embarcation, il le promet. Il ne le fait pas. Cet amour le dévore pourtant tout autant.
Ce premier roman m'a emporté , j'en ai lu les deux premiers tiers avec avidité. L'auteure déploie avec talent la complexité de l'amour, sa grandeur et ses petitesses.
Elle ne nous épargne rien de la douleur, des zones d'ombres de cette passion dont les cendres rougoient longtemps, au moindre souffle de vie, alors qu'on on les croyait froides et éteintes, qu'on avait jeté un seau d'eau dessus, sans conviction sans doute. Difficile de renoncer à sentir son corps vibrer...
