Une photo, quelques mots (28)

Le vent dans les rues de la ville est glacial. Il est 23h.
Un homme sort du théatre, hagard. Il se met à marcher sans trop y penser et suit un couple qui s'engouffre dans un café. Il commence à écrire un sms puis efface les premiers mots et recommence. La mousse du cappuccino qu'on vient de lui servir semble former un point d'interrogation comme un écho à ses pensées. Comment trouver les mots après tant d'années ?
Ses collègues à la fac l'appellent Monsieur Je sais tout, Mister Perfection. S'ils savaient comme il sait bien rater aussi. Lui qui aime tant que ses élèves emploient le mot juste n'en trouve aucun pour effacer une si grosse erreur.
Quand Mathieu lui avait annoncé qu'il stoppait ses études d'ingénieur pour poursuivre son rêve, il avait haussé les épaules et levé les yeux au ciel. Un gloussement insultant était sorti de sa gorge. Il avait tenté de le ramener à la raison en le menaçant de lui couper les vivres s'il poursuivait cette voie.
Mathieu était parti en claquant la porte.
Il n'avait plus eu de nouvelles de lui jusqu'à cette affiche sur les murs de Paris. Son nom y figurait en lettres capitales : Mathieu Briscard. L'homme n'en croyait pas ses yeux. Etait ce vraiment possible ?
Quand le rideau s'est ouvert tout à l'heure, il n'eut plus aucun doute. C'était lui. C'était lui, l'acteur principal de cette pièce qui faisait salle comble. Il était doué pour ce métier car c'en était un. L'homme avait mis du temps à le comprendre, peut être trop.
Allez ce sms il faut l'envoyer même si c'est un peu tard : "Mathieu,je t'attends dans le café au coin de la rue. Je veux pouvoir te dire en face combien je suis fier de toi. Papa."
Merci Leiloona pour cet atelier qui a tout juste 6 mois, c'est un joli bébé !