"Le joli mois de Mai" de Emilie de Turckheim
La team de blog o book me permet encore une fois de découvrir un petit bijou de roman écrit par une auteure que je ne connaissais pas du tout et que j'aurais peut être la chance de rencontrer à la fin du mois. Saluons les éditions Heloïse d'Ormesson, maison dénicheuse de pépites !!!
C'est un roman court (126 pages) dont le récit est mené par un narrateur qui paraît benêt, simplet : il se prénomme Aimé.
Il ne maîtrise pas bien le français et nous répète sans arrêt que Lucette aurait mieux dit les choses.
Il est l'homme à tout faire de M. Louis décédé il y a peu.
M. louis avait l'habitude d'accueillir dans sa propriété des citadins aimant chasser et cherchant une forêt giboyeuse.
Les habitués sont conviés une dernière fois pour qu'il leur soit fait lecture du testament dans lequel M. Louis les a couché.
Aimé accueille donc cette équipée hétéroclite : un tenancier de maison close : Sacha Milou avec ses tenues de M. Loyal, un policier à la retraite : le commandant Lyon Saëck, collectionneur d'armes, un couple vénal : Monsieur et Madame Truchon, ancienne cantatrice dont les poumons débordent de ses vêtements, et un militaire asiatique très discret : M. Hi .
Aimé nous raconte leur arrivée et l'attente du notaire, ce huis clos étrange. On comprend au fil des pages ce qui unit ces 5 personnes et ce qui se trame. Les liens entre les personnages et cette Lucette, dont nous parle sans arrêt Aimé, se font peu à peu.
Le voile se lève peu à peu sur les secrets de chacun. Je ne vous en dit pas plus et vous conseille de ne pas lire la quatrième de couverture. Le dénouement est étonnant et savoureux.
Pour moi c'est un coup de coeur !
J'ai d'abord été désarçonnée par l'écriture car Aimé nous raconte l'histoire avec ses mots, ses phrases truffées de fautes de français et d'expressions incorrectes ("malgrè que", "à cause que", pourquoi que". Un langage qui nous fait penser qu'Aimé est niais, benêt voire analphabète. Un plouc inculte. Il est pourtant moins bête qu'il n'y paraît. Il use d'ironie et sa naïveté, sa fraîcheur, est touchante. On a parfois le sentiment qu'il est finalement plus clairvoyant que ces "messieurs-dames de la ville" : il comprend l'essentiel.
Allez lire l'excellent billet de Sophie Havette, la lettrine a bien failli abandonner ce roman qui "sent le plouc" mais a bien fait de continuer car elle a apprécié l'humour grinçant, pour Choco "Emilie de Turckheim nous offre ici une histoire douce-amère de vengeance qui oscille entre humour noir et tristesse et se laisse découvrir avec plaisir". Pour Clara, c'est un avis mi-figue mi-raisin car elle a été lassée par la narration et a trouvé que les pièces du puzzle se mettaient trop rapidement en place.L'escale Littéraire vous conseille de ne pas passer la rentrée sans ce roman.
Une petite phrase pour la route : "la vulgarité c'est quand on fait des efforts tellement voyants pour être belle que tout ce qu'on voit au bout du compte c'est les efforts et pas la beauté". page 51