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D'abord, moment de gratitude : merci mon petit carré jaune pour cette découverte. Le premier exemplaire que tu m'as envoyée a été dérobé dans ma boite aux lettres, je serai curieuse de savoir si le voleur l'a lu et ce qu'il en a pensé...S'il l'a jeté j'espère que quelqu'un l'a sauvé de la déchetterie. 

Dans ce roman, Loïc Demey raconte, du point de vue de l'homme, la rencontre entre deux trentenaires parisiens. Hyper classique allez vous me dire, une histoire d'amour qui nait, ok c'est du déjà vu, rien d'original. Au contraire ! Cet auteur a eu l'audace d'oter les verbes, tout les verbes, et de les remplacer par des noms, des adjectifs ou des adverbes.  Il faut dire qu'il est chamboulé ce narrateur garçon depuis l'apparition de cette fille "sur une chaise verte du jardin du Luxembourg". Quand l'amour vous tombe dessus ainsi il y a de quoi en perdre facilement quelques mots au passage...On peut toutefois s'interroger sur l'origine du mal puisque le narrateur se prend un arbre en voiture : est ce vraiment l'amour qui lui a "confusionné" le langage ou le choc de l'accident ?

Antoine Wauters qui a préfacé ce bijou l'exprime très bien : "Ce livre nous rappelle, si besoin en est, ce que module en nous l'amour, comme soudain ça soulève et comme soudain ça pulse."

Ce récit devenu quasi absurde par sa folle rédaction est pourtant parfaitement compréhensible et lisible. C'est comme ces textes qui circulent sur internet et que l'on vous demande de lire et de comprendre alors qu'il manque tout un tas de mots. Notre cerveau est ainsi fait qu'il reconstitue, qu'il refabrique, qu'il s'en sort bien. Ici il se dégage de l'ensemble une mélodieuse poésie moderne

Le narrateur est en couple avec Delphine quand il rencontre Adèle "Mais depuis quelques mensualités, nos sentiments se pâles et se fades. le rouge se rose et le blanc se boue. On se trente ans passés avec pas l'envie de seul. On se fatalité, on se facilité. On se quoitien, on se tablette tactile et téléphone portable au petit déjeuner. le soir, on se télévision au lit. Elle se séries, je me navets. Et l'on se corps de moins en moins. Notre couple s'usure. Jusqu'à la corde. "

Alors qu'avec Adèle : "on s'entente, on s'osmose. On se fusion d'esprits. On se rire et sérieux. "

Le chapitre 8 qui évoque le soir deuxième est savoureux : " Je me chancelant, je me trac. Elle me chuchotements d'amour à l'oreille. La rue se nuit, le ciel se lune. Je la nue. La pièce se sombre, je m'orage. La fermeture éclair. La robe, tonnerre. (...) Elle me peau, je la pulpe des doigts. On s'épiderme."

Je ne vous en livre pas davantage, je vous invite à le lire, c'est splendide !

Le billet du petit carré ICI pour qui ce mec est génial, oui je suis d'accord. 

Le blog de l'auteur

Pour Clara c'est original et frais, une vraie friandise et pour tulisquoi c'est un immense coup de coeur,