bateau leil

 

 

D'habitude je fais bref. Je dépasse difficilement les quinze lignes. Je fais dans l'instantané. Je suis comme un scientifique qui prélèverait une carotte pour analyser le terrain. J'extrais et expose le bout d'une histoire. Je ne développe jamais. La longueur me fait peur, je ne tiens pas la distance.

Mes textes courts sont visiblement agréables à lire. On n'a pas besoin de s'y attarder longtemps. Je ne donne pas matière. Et pourtant certains réclament la suite de mes débuts. Touchée et surprise par cet enthousiasme, je dis parfois "ok je vous écris une suite". Je reprends le fragment mais je ne peux pas l'étirer, ça reste tout condensé. Je ne vois pas où aller. J'essaye d'écouter ce que me souffle les personnages, il parait que certains auteurs font ça. Les miens ne me disent rien du tout. Je ne sais pas broder davantage. Ce serait du superflu, de l'inutile.

Parfois je me dis que je pourrais reprendre tout mes petits bouts d'histoires, un fil et une aiguille et former un patchwork. Les personnages que j'ai déjà crées pourraient se croiser et donner naissance à une histoire plus longue. Mais avant même d'avoir essayé, je fonce tête baissée sur la photo suivante, je ponds à nouveau un petit récit. Une micro nouvelle qui déborde d'émotions. Mes amants y sont souvent déçus, mes maris infidèles, mes vieilles aigries alors que mes célibataires sans enfants s'impatientent. La plupart d'entre eux finissent par être touchés par le rai de lumière que je fais passer entre les plus gros nuages. Je n'aime pas les laisser sans espoir, mes personnages...

Sur la photo de cette semaine, les cumulus sont cotons , ils forment un sacré plafond. Et puis ce bateau, il est sans ambition, je ne le vois pas plonger ses filets en pleine mer. Dans la tempête, il serait une coquille de noix sans résistance. Il ne m'inspire rien. J'aime juste la manière qu'il a de se regarder dans le miroir de l'eau calme. Limite je le personnifierais ce bateau. J'en ferai un narcisse maritime. A la fin de mon histoire, il coulerait de s'être trop aimé sans avoir quitté le port. A sa place, on trouverait des nénuphars et son petit frère le canot pleurerait sa disparition. 

 

C'était ma participation à l'atelier de Leil, à partir de la photo de Kot et en réponse au défi lancé par les livres voyageurs : écrire un texte plus long que d'habitude...