comment trouver 

si tu

Ce roman je l'ai acheté parce que le titre à rallonge et sa parenthèse, parce que le Rouergue et la collection la brune, parce que Pascal Morin est drômois comme moi, parce que la 4ème de couverture annonce "un roman qui introduit de la magie dans nos existences minuscules", une "ronde lumineuse", un "entremêlement de destins".

Bref on annoncait roman choral et optimiste, c'était pour moi.

Posé sur ma pile à lire, je l'ai recouvert d'autres romans au fil de mes achats. En juin, j'ai rencontré l'auteur à Chambéry et me suis promis de faire remonter son livre sur ma pile. Puis Sonia David a repris l'avantage, Erwan Desplanques, Anthony Robbins, les deux romans à lire dans le cadre de l'opération On vous lit tout organisée par Libfly et le Furet du Nord (je ne peux pas encore publier mes billets et vous dire combien je les ai aimés, grrrr !!!).

Je l'ai glissé dans mon sac pour partir dans le Vercors en séminaire de développement personnel. Je l'ai ouvert chaque soir, en ai lu quelques lignes oubliées le lendemain. Bref, mal partie cette affaire.

Et puis dimanche matin, je décide de le lire pour de vrai. Grand bien m'en prend, je l'ouvre et ne ne peux plus le refermer. C'est quasiment une illustration du séminaire que j'ai suivi ("affirmation de soi"). 

Comment devenir chef d'orchestre de sa vie, être heureux et épanoui ?

En dézinguant les croyances limitantes sur soi et les autres (si Dorothée me lit, elle sourit à cet instant et dégaine ses flingues) et en choisissant d'emprunter les chemins que l'on s'interdisait par peur de déplaire à sa famille, aux autres.

Quitter un costume qu'on s'est fabriqué mais qui gratte, une panoplie qui est devenu déguisement. Il est encore question de Mue finalement et de laisser cette ancienne peau au vent. 

Pour tous les personnages de ce roman, un élément déclencheur. Une claque qui les fait s'assoeir un instant. Sonnés, ils se mettent en retrait de la vie, cessent d'aller travailler ou d'aller au lycée, c'est selon. Ils font un pas de côté pour se repositionner et déterminer où envoyer l'énergie qui sommeille en eux.

Se poser les bonnes questions, faire de l'échec une opportunité, une chance. Se mettre en mouvement vers ce qui leur plait vraiment, ce qui leur ressemble. Terminés les chemins tracés d'avance, ils trouvent le leur. Et quand on est correctement engagés, à sa place, alors les portes s'ouvrent, les mains se tendent, tout bouge autour de nous. 

Catherine, Natacha, Dimitri, Robert, Cindy, Jérémie sont tous parisiens et pourtant tous d'ailleurs. Et pour eux, comme pour nous en réalité, tout est possible. Même de trouver l'amour à 50 ans (ou 18, 30 ou 40). 

Je salue le talent de Pascal Morin pour tricoter ce maillage d'hommes et de femmes.

Loin d'un simple patchwork, c'est un tissu où s'entremêlent les fils de toutes les couleurs dont un doré qui fait briller l'ensemble.

Le résultat est drôle, touchant, captivant, inspirant.

Et voici donc la preuve en roman qu'il est bénéfique de faire le tri dans son socle de valeurs et de croyances. On sort gagnant quand on en abandonne certaines, même si cela fait peur.

Se réconcilier avec soi-même, faire preuve de bienveillance, ce sont quelques uns des messages véhiculés par les parcours de ces personnages qui ont eu la force de changer de sillon pour faire entendre une autre mélodie et élargir un cadre devenu trop étroit...

J'ai particulièrement aimé la mue de Catherine, la prof de français aux idées bien arrêtées, les "monologues égoïstes juxtaposés" de Cindy et Natacha et leur séance de relooking. Les mantras pour avancer " je suis majeure et vaccinée" et j'ai relevé des tas d'extraits : 

"Ce n'est pas encore après, mais déjà, ce n'est plus avant"

"Cindy, elle ne pouvait rien entreprendre sans un soupir. On pouvait facilement croire qu'elle était de mauvaise volonté, cependant il n'en était rien. Soupirer était devenu au fil du temps une ponctuation nécessaire, indispensable à sa partition intérieure, pour ainsi dire."

Ce qui lui faisait plaisir, à elle, c'était les mots. La fulgurance du sens, quand il advient. Elle aimait par-dessus tout ces petites épiphanies, ces instants qui éclairent d'une lumière soudain différente les éléments du quotidien, au moment où l'on s'y attend le moins."

"On ne se débarrasse jamais de sa famille, même quand on cesse de la voir, même quand on met entre elle et soi des kilomètres d'autoroute, voire des océans. L'image mentale des parents, elle, persiste. A vie. Imago gravée dans le marbre.

"Comme toujours quand elle était dans le désarroi, elle chercha du réconfort dans la littérature."

"Il n'y a pas que le costume. Le bâti compte autant que les vêtements. Le tracé des rues, la forme et la matière des trottoirs, l'intervalle entre les arbres. Tout cela façonne la façon de marcher, de bouger, cela crée une gestuelle spécifique, un corps dont la silhouette s'encastre à celle des autres pour ne former qu'un tout. Il voyait en l'obésité américaine la conséquence de l'espace disponible, et les corps menus des chinois comme adaptés à l'extrême densité des villes effervescentes. Même nus les corps portaient, selon lui, la marque de leur ville. Il le croyait. Il l'avait vu à l'oeuvre. Sur lui et sur d'autres, aux joues rouges, fraichement débarqués de leur province, méconnaissables six mois après."

L'avis de Keisha qui elle non plus ne l'a pas lâché.