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Livre lu dans le cadre de l'opération On vous lit tout, organisée par Libfly et le Furet du Nord.

Plonger est un roman dans lequel on s'immerge sans pouvoir remonter à la surface avant la dernière ligne. Je vous préviens, il faut se munir d'une bouteille d'oxygène. On brûle de savoir qui est Paz cette femme mystérieuse et insaisissable dont César est chargé d'aller identifier le corps au Liban. Ce roman c'est la lettre qu'il adresse à son fils, à leur fils, Hector, pour qu'il sache quelle femme était sa mère, comment ses parents se sont aimés, puis perdus. Pour César, c'est une manière de mettre à distance et de tenter de comprendre mais également de capturer le monde dans lequel il vit, de s'en faire le témoin. En italiques ce qu'il ne peut pas lui dire, ce qu'on ne dit pas à son enfant.

César est journaliste et écrivain. Il flashe sur Paz, la belle espagnole, dans une épicerie du 14 ème arrondissement de Paris. Il enquête sur elle, déformation professionnelle. Il découvre qu'elle est photographe et se rend au vernissage de son exposition. Il achète une de ses photos de plage. N'ose toujours pas l'aborder. Il fait un papier sur son travail. Elle lui répond par le même biais. Mais son courrier dit à quel point il s'est trompé en parlant de son oeuvre. En substance, elle lui dit : rien à voir avec une célébration de la vie mes photos de plage, vous n'avez rien compris. Ils se rencontrent car elle veut corriger ce malentendu qui a tout de même attiré sur elle de nombreux projecteurs. Leur couple se forme et fusionne en Espagne avant de voyager dans toute l'Europe pour prendre le pouls culturel et capturer les images de plage. C'est à Venise que le couple commence à prendre l'eau. Elle lui reproche d'être passéiste, il perçoit à nouveau sa noirceur. Il veut un enfant d'elle, elle adopte un requin. L'incompréhension qui leur a permis de se rencontrer ressurgit, prête à faire exploser leur couple. Puis la mer se calme, les vagues disparaissent jusqu'au jour où Paz s'en va. César suit donc ses dernière traces, au Liban, pour l'identifier et faire la lumière sur ce qu'il s'est passé. Il découvre une autre facette de sa douce, encore plus terrifiante. Et dans la profondeur des mers, il découvre la vérité. 

J'ai lu cette histoire comme j'aurais assisté à la préparation d'une vinaigrette : César et Paz c'est le gras et l'acide, l'huile et le vinaigre. A priori, rien de commun. La cuillère magique ou le fouet, permet le mélange. Un temps. Mais il ne s'agit que d'une émulsion. Au bout d'un moment, chacun des éléments reprend son autonomie, sa liberté, ils ne sont pas miscibles. 

J'aime les images convoquées par l'auteur pour raconter la naissance d'Hector, les yeux de L'Asturienne, le ciel étoilé, le monde qui change, la plongée dans les fonds marins. J'aime le projet secret de livre de ce couple qui parcourt l'Europe : établir la liste de ce qui va disparaître. Cela donne lieu à l'écriture de fragments de toute beauté : "La paupière bleue de la mer qui s'ouvre et qui se ferme et dont les cils sont les vagues (Etretat)"

Une très belle lecture. 

"Sourire porte mal son nom. On devrait dire sur-rire, tant il transporte l'âme."

"Terrible quand même, cette non réciprocité de l'émotion, ces coups de foudre individuels."

 "la vérité, ça n'existe pas. Comme tous les absolus qu'on n'atteint jamais."

"Les plaisirs qu'on a eux sont tout ce qui reste d'une vie qui s'achève. Les grands chagrins se dissipent."

"Je veillais sur les marches de l'ancien monde, je puisais aux vieilles sources et les mêlais ax eaux pétillantes de la modernité pour concevoir mon propre cru. A déguster sur papier ou en doses digitales."

"Open space (...) alvéoles sans cloison d'une grande ruche nommée entreprise". 

"Le Lutetia (...) l'endroit où l'on trouvait encore des écrivains, cette espèce qui, je le souhaite, n'aura pas disparu quand tu liras ces lignes ou le monde s'ennuiera davantage". 

"le liquide qui monte dans la paille. Une sève de rhum et de menthe". 

"Dans la vie, n'attend pas que le destin te prenne en charge. Le destin te regarde, il sera séduit s'il te voit entreprendre, il sera bon compagnon et te filera un coup de main, mais c'est à toi de faire le premier pas. Ce que je veux te dire, c'est que ce sera toujours à toi de te lancer."