tonie behar 

J'ai commencé ce roman dans le tram un vendredi matin sans parvenir à accrocher tout de suite. Mais je l'ai repris le samedi et lu d'une traite. Belle surprise !

J'ai a-do-ré ! C'est exactement la bouffée d'air frais et d'enthousiasme dont j'avais besoin. 

Doria a le regard photographique, elle zoome, fait le point et des gros plans. Mais elle n'a pas eu besoin d'ajuster son objectif pour voir son mec vérifier l'alignement des dents d'une nana avec sa langue. Ni une, ni deux, elle le quitte et rapplique chez son père, Max. Dans son appartement sur les grands boulevards, il vit avec Simon, le fils de la soeur de Doria, étudiant en médecine.

Quand Doria déboule avec son envie de pleurer dans les bras de son papounet, elle tombe en pleine partie de poker. Max a une vie de patachon : il fume, boit, enchaîne les conquêtes, joue et perd, et s'il gagne, il dépense tout. Pas vraiment un modèle pour le petit-fils donc. Mais Simon, en même temps, la fac de médecine, il n'accroche pas, il préfère se perdre dans les bras d'Angélique. 

"Ma prochaine relation sera stable ou ne sera pas. Je ne veux plus d'un truc perdu d'avance avec un mec impossible".

Voilà ce qu'annonce Doria, c'est sa nouvelle résolution. Il lui faut donc fuir les hommes dont le pourcentage de toxicité est trop élevé et éviter de succomber à l'irrésistible voix de Sacha. Trop tard...

Quand Max reçoit une lettre le prévenant que la Banque propriétaire de l'immeuble dans lequel il vit va le vendre par lots, ce sont tous les habitants qui se mobilisent et s'associent pour éviter l'expulsion.

Doria, comédienne cantonnée aux pubs pour le canard wc, se fait le relais de cette contestation sur les réseaux sociaux et grâce à elle le mouvement prend une sacrée ampleur.

Les camps se forment.

Les personnalités sont contrastées entre la fantasque vendeuse de sex toy et l'austère fiancier, l'auteure décline la gardienne chaleureuse, le designeur besogneux, la voisine du dessous à consoler, le barman challengeur, la serveuse libre, la mère créatrice de fragrances haut de gamme et la meilleure amie dont la fille joue avec un anneau vibrant.

Cette galerie a de quoi fournir des situations cocasses !

On résiste à coup de whisky/pistaches ou de vodka selon le niveau du moral.

Et dieu sait qu'il est chahuté quand Doria lève le voile sur le passé et découvre que l'histoire familiale n'est pas tout à fait celle qu'elle imaginait. 

Max en cuisine c'est un bonheur : sardines à l'escabèche et poulet roti aux poivrons avec frites maison. J'arrive !

Portes qui claquent, retournements de situations, quiproquo, happy end. On a tout ça et on en est ravi !!!

Comédie romantique peut être, mais ancrée dans son époque. Encore un miroir tendu qui donne à rire mais aussi à réfléchir. La finance toute puissante trouve parfois un os bien humain en travers du chemin et l'amour n'est pas forcément aussi loin que l'on croit. Pour peu qu'on ouvre les yeux et les mains, enfin. 

A mi chemin entre Bridget Jones et Clara Sheller, je l'ai lu comme je regarde une série addictive. 

Extraits : 

"Il se demanda quelle névroses en lui l'obligeaient à se mettre en retrait des bonheurs possibles, quelle peur, quel besoin de se punir. Doria, elle savait l'entraîner dans la vraie vie. Doria donnait de la joie, de l'energie, du temps et de l'attention."

"Elle aurait tout donné pour poser sa tête pleine de tristesse contre son épaule. Mais les hommes n'ont pas été crées pour consoler les femmes. Les hommes sont faits pour mener leurs propres combats et, parfois, tenir la main parfumée d'une compagne pour traverser un bout de vie. Elle devait s'en sortir seule, trouver la force de rebondir. "

"Ses pensées ping-pongant à l'intérieur de son crâne, cherchait une issue, une évasion."

"Certaines images explicites vinrent lui parasiter la mémoire, provoquant un petit pincement au ventre."

"Elle n'aspirait qu'à une chose de toute son âme : entrer dans la peau de quelqu'un d'autre, sentir, agir, vibrer ailleurs". 

"One shot mais l'épisode venait parfois squatter son esprit sans qu'elle s'y attende. Des pensées incontrôlables, qui lui mettaient des papillons dans le ventre avant de disparaître chassées par la raison".

"On dirait que tu as cherché ton père chez tous les garçons que tu as fréquentés. Ils étaient tous trop égoïstes pour rendre une femme heureuse."

"Doria bénit Facebook qui permettait aux esprits curieux comme le sien de pénétrer au coeur de la vie des autres."

Le billet de Stéphie qui y a trouvé un arrière goût des Chroniques de San Francisco et pour qui "Tonie Behar montre qu'on peut être française et savoir écrire une comédie romantique de qualité : simple, légère comme c'est attendu, légèrement caricaturale comme le veut le genre mais sans jamais tomber dans le ridicule ni le mièvre. Tout finit bien, c'est vrai, mais c'est un des attendus du genre. 

Lisez un autre avis positif chez Blablablamia et glissez ce roman dans votre sac de plage. 

Merci Tonie Behar et merci aux éditions JC Lattès !