solo

Antoine, sculpteur, presque 30 ans. Inapte à l'amour. Embrasse et étreint des tas de femmes. Ignore jusqu'à la couleur de leurs yeux. Se perd en elles sans jamais y glisser le moindre sentiment. Le corps sans le coeur.

Clara n'en peux plus de cet homme qui ne sait pas l'aimer. Elle le quitte. Il en bave. Pourtant avec Jane, il ne fait pas mieux. Laisse pourrir l'histoire. Encore.

Sabotage du coeur. Ne se mouille pas, jamais. Peur de l'abandon. Jusqu'à Lola, peut être...

Et les mots d'Eric Genetet encore une fois ont opéré. M'ont emportée. J'ai corné des pages. Relu des passages comme on se regarde dans un miroir.

C'est un récit emprunt de poésie moderne. Roman d'une époque, d'une génération ? Je ne sais pas.

Nos rythmes ne sont plus les mêmes, tout s'accélère, on zappe pour ne pas s'ennuyer. Est ce inéluctable d'en faire de même dans notre vie sentimentale ? Addicts aux premiers frissons, tentés de ne vivre que des rencontres, des premiers moments et se sauver quand les habitudes apparaissent.

Ce roman pose des questions, met la lumière sur une solitude qu'on fuit autant qu'on la provoque, sur l'embrasement des débuts et la peur de l'enlisement dans un quotidien qui ternit les plus brillants des sentiments.

"Dans cinquante ans le couple n'existera plus que dans les livres au rayon Sciences humaines des librairies. Nous sommes condamnés à la solitude. Regarde autour de toi. Tu connais un couple qui va bien ? Deux êtres qui respirent le bonheur et qui se disent chaque matin : "Nous allons protéger cet amour aujourd'hui encore, c'est une chance d'être ensemble toi et moi, ensemble nous prendrons les plus beaux tapis volants". Tu en connais au moins un ? Pas moi. J'en ai marre d'être seul, j'ai ma boite vocale à vendre. Antoine, tu connais le vrai problème ? Et bien je vais te le dire. La dimension d'une histoire qui commence manquera toujours au quotidien de la plus belle histoire d'amour. "

"-Tu veux quoi ? Un couple fusionnel ? Tu veux qu'on se colle l'un à l'autre comme des Chamalows ? Tu prends ça pour un signe de désamour, mais c'est merveilleux de s'espérer, d'attendre nos rendez vous deux fois par semaine. C'est bon pour notre histoire de ne pas s'envoyer dans la tête les missiles du quotidien, juste des missives les soirs de pluie. (...) au bout d'un moment, si on vit l'un sur l'autre, on ne se laisse plus de petit mot sur le plateau du petit déjeuner, on commence à planquer des bombes à retardement sur les oreillers.

-Je crois que tu as peur. Peur de ne plus être seul et peur d'être seul en même temps. Tu ne veux surtout pas que je grignote quelques miettes de ta sacro sainte indépendance..."

"Je suis passé de femme-pansement en femme-pansement, jamais vraiment seul, toujours vraiment seul".

J'aimerais un homme qui me dise "j'ai très envie de devenir votre homme, de vous faire le café tous les matins de la vie quand rien d'autre n'existe, (...) de manger un tajine de poulet au citron avec vous"

Le billet du petit carré jaune visiblement remué.

Merci Eric !

Mon billet coup de coeur sur Et n'attendre personne.