l'attachement 

Allez j'arrête de tourner autour du pot, je le rédige ce billet sur "l'attachement". Enfin, je le tape plutôt car tout est écrit depuis des semaines sur mon brouillon. J'ai "verdi" du papier tiré d'un carnet de ma propre mère. Sur une page, j'y ai trouvé entrelacé son prénom et celui d'un ou d'une Claude. Etrange coïncidence. Mais je ne suis pas Anna et je n'ai pas retrouvé de lettre adressée par maman à ce ou cette Claude. 

Anna, 20 ans, retrouve une lettre écrite par sa mère, Marie. Elle est adressée à un homme, un ancien amant, H. Marie a disparu il y a 6 ans dans un accident. En lisant cette lettre, Anna cherche à comprendre quelle femme était sa mère pour mieux se situer elle même. 

Mère et fille, se saississent de "ce fragment d'amour fou" et l'observent à la loupe, au microscope. Elles le tournent dans tous les sens. 

Marie décortique sur le papier l'histoire atypique qu'elle a vécue avec une homme de trente ans son ainé. Cet homme était son prof de lettres. Leur histoire s'est nouée autour de la littérature.

En couchant les mots sur le papier elle tente de saisir les ressorts de l'attachement, les raisons de l'attirance et de la fin de la fascination.

"Faire une récit qui tienne debout et m'aide à faire de même. "

Anna, quant à elle, retourne dans la maison familiale, dort dans les draps "aux initiales entrelacées, ceux dont (elle) aime sentir le poids sur (ses) jambes." Elle prend sa mère "en filature posthume".

"Je veux tout savoir d'elle, la prendre en filature posthume".

Elle va interroger Suzanne, sa grand mère, Stefa, la meilleure amie de sa mère, la tante Julie, Vincent, l'ami de promo, Laurent l'ami de son père. A l'époque, certains étaient horrifiés par cette relation hors normes, choqués et dépités.  

Entre les souvenirs réinventés de sa mère et des autres, où se trouve la vérité ? 

Anna n'a dès lors qu'une seule obsession : retrouver H pour qu'il lui parle de sa mère. 

"Comprendre (...) comment on surmonte l'amour premier. S'en remet-on vraiment ? Que fait-on des miettes, des restes, des fragments, des tessons coupants ? Faut-il les enfouir ou les laisser affleurer ? Quelles empreintes laissent-ils ? Quelle cicatrice psychique ?"

A en croire le puissant dénouement de ce roman, l'empreinte est indélébile et les manuels de neurologie impuissants à tout expliquer. 

Un coup de coeur pour ce roman.

A noter un bel éloge de la myopie dont souffrait Marie. Elle ne portait pas toujours ses lunettes car "elle avait besoin de ce flou délicat qui, aux yeux des myopes, enveloppe chaque chose comme une gaze. Rien de saillant, aucune arrête coupante. Elle vivait dans un monde adouci. "

Une phrase encore parmi tant relevées. "Le narrateur a tous les droits, y compris celui de mentir au lecteur."