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Je n'ai pas déambulé très longtemps dans le musée avant de faire mon choix.

C'était cette lumière là que je voulais reproduire, ce ciel, ce vent qui faiblit dans les voiles à l'arrivée au port.

Ceux qui me connaissent seraient surpris de me voir me réjouir de copier un tableau. Cela fait des années que je peins sans m'inspirer de rien, ni de personne.

J'étale mes couleurs en couches bien épaisses, je les répands. Puis je gratte, je ponce presque jusqu'à retrouver la toile, la perforer.

J'aime voir mon huile briller comme de la laque jusqu'à pouvoir y apercevoir mon reflet. Mais j'aime aussi les mats qui absorbent et ne me renvoient rien. 

L'aquarelle m'apaise de temps en temps. Je m'y dilue, m'y édulcore.

Le feu en moi perd de sa virulence jusqu'à la prochaine bourrasque qui me renvoie sur la toile. Cet élan me fait parfois peur.

Je sors de mon atelier les cheveux en bataille, les joues rouges écarlates, les vêtements maculés. Comme si je venais de me battre.

Il fallait que je canalise cette rage. C'est pour ça, les cours de peinture.

La première séance m'a désarçonné. On allait apprendre à imiter les autres. A peindre à la manière de, alors que je brûlais d'être moi. Je m'agitais, mon corps s'y refusait.

Mais aujourd'hui dans ce port lumineux, j'entends les discussions des marchands et le chien joyeux qui aboie, je sens le vent, je l'entends quasiment siffler dans mes oreilles. Les sons reviennent.

J'ai envie de faire entendre ma voix, de cesser de crier sur la toile.

Mon aphonie va cesser, je vais te parler. 

 

Voici le texte que j'ai écrit lors de l'atelier d'écriture animé par Paul Vacca à Chambéry dans le cadre du festival du premier roman. Merci à toi Paul pour ta bienveillance et tes précieux conseils ! (et oui il arrive ce billet sur ton splendide roman "la petite cloche au son grèle")