papiers (photo du making of!)

Sur une idée originale de Gwen, reprise par Enna, la consigne est la suivante : écrire un texte en incluant les titres de ses lectures du mois précédent.

C'est une occupation sans fin que d'être vivant/Mue/Parapluies/Renâitre de tes cendres/La station thermale/Et dans ses veines coulait la sève/Les petites mères/Silhouette/Le 6ème continent. 

Une fois tapés, ces 9 titres me semblent incasables...et pourtant. Voici mon texte : 

Voilà 8 mois que j'ai ouvert la boutique et c'est la première fois que je vends autant de parapluies. Nous sommes pourtant en mai.

Mes sacs Nat & Nin fuchsia, curaçao, corail, abricot et vert gazon ne tentent aucune cliente. J'ai beau leur expliquer que l'été va débouler plus vite qu'on ne le croit, "la pochette Vicky jaune paille sera comme un petit soleil à votre bras", elles reportent leur achat.

Mes voisines mercières, les petites mères comme je les appelle, sont venues boire le café ce matin. Leurs vieux os barométriques ne prédisent pas encore la douceur.

"Réchauffement climatique, tu parles !" Ginette, la plus âgée, est branchée écologie et développement durable. "Ce 6ème continent dans le Pacifique, c'est un scandale, tu ne trouves pas ?" 

Si, évidemment un île géante formée par nos déchets, c'est affligeant. Mais ma pov' Ginette, on galère déjà pour habiter correctement nos corps et modeler nos silhouettes, alors la planète ! 

"Et ta soeur, elle y est bien dans sa station thermale ? ça doit être plein de retraités perclus de rhumatismes, d'ado couverts d'eczéma et de nanas sinusitées qui viennent respirer le souffre et se tremper le cul dans la flotte ! " 

Le monologue de Ginette me fatigue parfois même s'il a le mérite de faire taire ma radio mentale. Aujourd'hui, le volume de ma voix intérieure est trop fort pour que la mélodie chevrotante et aigue de Ginette ne la couvre.

J'attends un printemps qui ne se presse pas pour renaître de tes cendres. Tes cendres sont toujours dans l'armoire à côté des chaussures de papa et de la super 8.

Urne prune, boite en feutrine. Cinq ans qu'on fait comme si c'était normal. Ceux qui savent que tu es dans la penderie disent que c'est malsain, illégal et que cela va nous rendre fou à force. Ils ont peut-être raison.

On devrait te disperser au milieu des tournesols, petits bonnets qui tendent leur visage vers le soleil. Tu ne dénoterais pas dans cette nature car dans tes veines coulait la sève. Les plus forts déshérbants n'ont malheureusement pas réussi à tuer le chiendent. Il a fini par t'étouffer.

C'est une occupation sans fin que d'être vivant et parfois on renonce. On enfouit ses rêves sous la terre avec les non-dits. Un mélange fertile pour les mauvaises herbes qui nous privent d'oxygène. Alors qu'il suffirait de se faire couleuvre et de laisser notre peau sur les pierres chaudes de la terrasse, une mue salutaire pour continuer à vivre.