peage 

Folie pure. Prendre la route hier soir juste après qu'on ait raccroché. Te rejoindre. Me dire qu'on ne vit qu'une fois et que nos chemins ne se sont pas croisés par hasard. Il est assez rare d'être en phase à ce point. On aurait tort de cesser de tisser tant nos fils sont solides et colorés.

A quelques centaines de kilomètres de toi, aux deux tiers du parcours, dans cette station d'autoroute face au péage, ma raison reprend le dessus. Même la mousse de mon café se fait point d'interrogation. Je ne vois que les croix rouges lumineuses qui semblent me dissuader de continuer ma route.

J'ai un coup de chaud. J'ai peur tout à coup. La fougue qui m'a donné l'élan a disparu en même temps que les doutes sont arrivés. Après tout, tu es marié. Je ne peux pas me pointer chez toi et sonner. 

Si je regarde plus loin que ces guérites d'autoroute, je vois le ciel presque rouge. Ce flamboiement matinal est comme un feu qu'on tisonnerait au réveil pour qu'il renaisse de ses cendres et émette à nouveau de la chaleur.

Je remonte dans ma voiture. Les mains sur le volant, je respire profondément, je relis tes messages d'hier. Me voici regonflée, prête à avaler les derniers kilomètres. Cette fois, je ne reculerai pas. 

 

C'était ma participation à l'atelier de Leiloona, La photo est toujours de Romaric Cazaux.