station_thermale 

"Ces endroits te font te sentir bien, dit Lucia, mais ils remuent tellement de choses, c'est comme des marmites que quelqu'un touille...Moi je me sens comme ça...

- Comme ça comment ?

- Remuée.

- Moi aussi, je croyais venir ici pour ne pas penser...alors que je ne fais que ça...C'est bizarre que cette chose que tout le monde fait, une chose si commune, personne n'y arrive...

- Quelle chose ? 

- Vieillir."

Pour qui, comme moi, vit dans une station thermale, ce roman semble incontournable, non ?

En réalité, où que vous viviez cette lecture va vous ravir !

Je suis complètement sous le charme des mots de Ginevra Bompiani admirablement et délicatement traduits de l'italien par Jean Luc Defromont. 

Les trois femmes et la petite fille de ce roman sont venues rejoindre Les petites mères de Sandrine Roudeix et hantent mes journées.

Une station thermale en Italie.

Emilie et sa nièce Lucy. La première parle seule, pleure souvent et écrit une lettre ou plutôt, peine à écrire une lettre qui semble être une confession. Que veut-elle coucher sur le papier qui reste coincé dans la gorge comme la boule qu'on y abrite avant de pleurer ? Lucy essaye de comprendre ce qui attriste sa tante et cette enquête va lui éviter de s'ennuyer dans ce lieu sans enfant. 

Lucia et Giuseppina sont dans le même hôtel qu'Emilie et Lucy. La première est discrète, la seconde aime que les têtes se retournent sur son passage. Et si l'on regarde Giuseppina, ce n'est pas à cause de la béquille qui l'aide à marcher mais de la célébrité et de son port altier. 

Ces quatre là vont bien finir par se cotoyer de plus près. Après s'être observées de biais, elles vont s'apprivoiser. 

Dans cette parenthèse hors du temps que constitue la cure thermale, les pensées tournent en rond et prennent des proportions insoupçonnées. Que viennent chercher ces femmes dans l'eau des gobelets matinaux ? Une cure de Jouvence, la jeunesse éternelle, un coup de gomme sur ces signes du temps qui les obsèdent. Giuseppina est prête à subir toutes les tortures, pas Lucia. Quant à Emilie, qu'a t-elle besoin de laver avec cette eau enrichie ? Quels secrets la rongent ?

Ces femmes pensaient trouver dans cette station thermale un baume au coeur et au corps. Finalement, ça remue tout ce qu'elles ont enfoui profondément.

La bulle dans laquelle elles se croyaient plongées éclate au soleil comme les bulles de savons aux reflets irisés. La chute n'est pourtant pas trop douloureuse. Elles atterissent dans un tapis épais d'herbe ponctué de fleurs sauvages. 

J'ai relevé tellement d'extraits que je vais renvoyer son livre à Mirontaine et me l'acheter. 

"Elles ont un certain âge, ce qui veut dire un âge que personne n'a envie de deviner, ni d'avoir, peut être." 

"Les maladies sont les aventures des vieux. C'est pour ça qu'ils aiment tant les raconter."

Le corps de Giuseppina "a la grandeur d'un pays en guerre avec ses qualités spécifiques : dignité, solidarité, audace."

"Lucia n'a jamais réussi à vivre sans espoir, ça ne l'a jamais tentée. La réalité ne lui suffit pas. Elle a besoin d'illusion". 

"Le fait est que Giuseppina n'est pas envieuse. ça s'entend à sa manière de respirer. Elle n'a pas le souffle court. Ni harmnisé avec celui des autres. Il est libre et a son propre rythme. Même la toux de Giuseppina n'est pas une toux envieuse. C'est une toux qui a ses raisons internes."

Merci Mirontaine pour cette belle découverte !