photo (1)Chaque matin la flamboyante Bella Rossa se réveille en se demandant quelle calamité va lui tomber dessus. Il faut dire que lorsqu'on est né à Maussad Vallée, on parait prédestiné au malheur.

Cette "Calamity Janes" de 20 ans est une force de la nature, une fille des plaines taillée pour résister aux tourments de l'existence.

Sa poitrine opulente, "dotée d'une existence autonome", est un aimant à hommes mal intentionnés. L'un de ces vicieux paiera pour tous, mort, le crâne fracturé par une casserole. Pour le venger, les autres lancent à Bella Rossa quantités de ce même ustensile devenu arme. De quoi se faire un joli stock pour sa quincaillerie ambulante. 

Le père de Bella Rossa, Lom'Pa ne parle pas, il aboie, depuis son fauteuil de paralysé et il boit des litres d'alcool fort. Il a au moins cessé d'user du ceinturon pour corriger sa fille, c'est déjà ça.

Quant à sa mère, "elle avait une religion, une bible, des prières pleins la bouche, mais cela ne l'a jamais protégé contre les claques" alors elle s'est sauvée il y a fort longtemps. 

C'est par cette même route empruntée par la mère que Bella Rossa se sauve avec son paralysé de père lorsque le sergent Jaro vient leur annoncer que la guerre est à leurs portes.

Elle n'échappe pourtant pas aux tirs. Sur les trois balles reçues seules deux sont extraites, laissant en elle une pépite de plomb lui otant toute chance d'avoir un enfant.

Compagnon de blessures, le sergent Jaro, un bras en moins, tombe amoureux de la rouquine. Et "la plus grande des calamités" s'abat "sur elle : l'amour" et son cortège de mochetés :  la jalousie et l'infidélité. Jaro joue au poker, Jaro boit, Jaro ne cesse de refermer trop lentement de son unique main les boutons de son pantalon ...

Le sergent, lesté d'un passé trop lourd, se joint au duo père/fille. Ils font route vers l'Ouest pour vendre leur camelote aux chercheurs d'or.

De village raciste en secte évangélique, les campements ne sont pas toujours accueillants. "L'or était dans toutes les têtes mais rarement au fond des tamis".

Toutefois, notre drôle d'équipée ne se décourage jamais et migre toujours plus à l'Ouest en quête d'un Eldorado et de la mère de Bella Rossa. 

J'ai beaucoup aimé ce roman. Les balles s'y logent dans la tête, le ventre et arrachent un bras en épargnant parfois le coeur.

Une pépite ni d'or ni de plomb mais de papier qui transperce l'âme pour faire jaillir la lumière !

Un roman eminement positif.

La jeune femme à la chevelure rouge fait feu de tout bois et se sort des pires impasses.

Quand elle a une idée en tête, elle fait tout pour que son projet se réalise et ne baisse jamais les bras.

Cette jolie "plante sortie de son pot" n'a peut être pas des racines très solides mais même lorsqu'on la croit sèche, elle verdit et fleurit de nouveau.

Une vivace cette Bella Rossa ! Une vivante !

Extraits : "le regard de Bella Rossa perfora son coeur et son être tout entier. Ce fut fulgurant précis et douloureux comme une balle de fusil. Sa vie venait de prendre son sens."

"le soleil tomba de l'autre côté du monde et une nuit d'encre, pratiquement sans étoiles, engloutit les plaines."

"Au nom de Dieu, le pire comme le meilleur pouvait se produire" p 158

"Elle devait se débrouiller avec ce que la nature lui avait donné : une poitrine démesurée, un père irascible, deux vaches, un drôle de cheval, une pépite de plomb qui naviguait dans ses entrailles, la carriole, et cette force obstinée qui, depuis l'enfance, lui permettait de surmonter les calamités".

"Si l'existence ressemblait pour le moment à une flaque de boue, rien n'interdisait de croire qu'il n'en sortirait pas, un jour, une pépite". p 192

"Bella Rossa entendait son propre coeur pulser dans sa poitrine. A croire que cette machine s'arrêterait jamais et qu'il faudrait sans cesse vivre, et souffir, et aimer malgré tout." page 219