Sur une idée originale de Gwen, reprise par Enna, la consigne est la suivante : écrire un texte en incluant les titres de ses lectures du mois précédent.

L'arbre de l'oubli/ Profanes/ Là où je vais/ Heather Mallender a disparu/ Le bonheur de l'imposture/ Ecoute la pluie/ Nos pleines lunes/ Le corps de Liane/ Je t'aime Maintenant/ L'abandon du mâle en milieu hostile/ Folle d'absinthe/ Replay/Ciseaux/ la part manquante/Comme une bête/ Cherche jeune filles à croquer (oui, 16 je sais...)

"Homme abandonné en milieu hostile cherche jeunes filles à croquer". Ce matin cette annonce m'a laissée perplexe, ciseaux en l'air.

Tous les jours, devant mon bol de café, je découpe le journal. Je traque les faits divers insolites. Je les colle dans un cahier. "Heather Mallender a disparu" , " le corps de Liane enfin retrouvé", "Un homme traqué comme une bête". Aujourd'hui rien d'original : des disparus, des retrouvés, des criminels en fuite. Jusqu'à cette annonce, donc, qui m'intrigue. Il y a un numéro de téléphone. Je le relève.

Asaf Avidan en mode replay, j'aime écouter le même morceau jusqu'à écoeurement. Je continue à éplucher le journal. Je devrais déjà être en train de méditer, position arbre de l'oubli, lotus inversé ou je ne sais plus quel nom d'animal. "Ecoute la pluie" me dit mon coach, accueille les sons. Il m'invite à prendre conscience de ma présence au monde alors que, folle d'absinthe, j'aime plutôt la dissoudre dans l'alcool. Bon c'est vrai que cela m'amène parfois à dire je t'aime maintenant à de parfaits inconnus, à affirmer haut et fort que dans le ciel il n'y a peut être pas d'étoile filante mais qu'il y a nos pleines lunes et qu'elles nous rendent fous, à crier "qui m'aime me suive là où je vais" en fonçant sur la piste de danse les mains levées. Ces nuits là, je savoure le bonheur de l'imposture en m'inventant une identité. Bref, tout est merveilleux jusqu'au lendemain matin. Je sens le tabac froid, le noir sous mes yeux me fait réaliser que j'ai du oublier de me démaquiller. Et dans le miroir, je suis toujours là. Je n'ai pas réussi à me fuir. Alors je me fais couler un grand café, je prends mes ciseaux et je découpe, ça me détend. 

Et si c'était moi la part manquante de cet homme abandonné ? Gageons qu'il n'a rien contre les profanes dans mon genre. Je ne pige rien aux relations amoureuses.  Allez je me lance : j'appelle !