imposture La mère encore et toujours. Elles sont fantasques et cassantes dans les romans que je lis en ce moment (l'arbre de l'oubli) .

Celle là, Eléonore, écrivain, a beau être morte et enterrée, elle est toujours juchée sur les épaules du narrateur, Archibald. Il se demande s'il ne devrait pas consulter un psy, un paysagiste comme il le nomme, pour s'en défaire.

En bon cartographe, il se dit qu'il ne peut pas y aller sans plan, sans intro. L'accroche parfaite, il la cherche pendant tout le livre piochant dans ses souvenirs comme il choisirait une carte postale sur un tourniquet. Il prend, regarde la légende et repose, insatisfait.

Il faut dire que la mère a réecrit tous les passages de la mythologie familiale, a fait de sa vie une oeuvre, des tas de romans dans lesquels le fils cherche la clé du mystère. La demi soeur décortique moins, il faut dire qu'elle n'a pas d'Oedipe à régler, elle.

Et si le mari, père transparent n'avait pas été difficile à Eliminer pour Archibald, l'amant allemand flamboyant est plus difficile à déloger. Eléonore a passé sa vie à célébrer cet absent, à le porter aux nues, à l'aimer, à le chercher. Ce fantôme pèse lourd dans l'héritage. 

Roman coup de coeur !!!

Pour le sens de la formule, les images, les métaphores. Pour la plume qui sonde les reins, les coeurs, les ventres et les cerveaux.

Pour le portrait si bien dressé de cette femme qui fait de l'imposture un mode de fonctionnement, et convoque des doublures à tout bout de champ.

Pas étonnant que cette mère à facettes multiples ait conçu un enfant qui se sent double. Va-t-il consulter pour se réaligner ou garder ce flou dans lequel il s'est construit ?

Hubert Nyssen est le fondateur de cette belle maison d'Edition qu'est Actes Sud. 

Extraits : "On a toujours une chance de remonter à la surface pourvu qu'on s'y emploie."

"J'avais beau me creuse le coeur, me tordre les tripes, m'essorer la conscience, je n'arrivais pas à la tristesse."

"Eiffel a inventé le porte-jarretelles. La tour Eiffel [...] une créature à la Giacometti, un corps de métal pourvu d'une guêpière et d'un porte-jarretelles à croisillons."

"Si depuis la mort de ma mère, je crois avoir besoin de vous, de votre écoute, de vos questions, de vos silences, dirais-je un jour au paysagiste, c'est parce que mes sous-bois, mes taillis, mes fourrés sont hantés par des vivants qui font les morts et des morts qui se prennent pour des vivants".

"En vieillissant, on prend de l'altitude et on découvre des perspectives longtemps ignorées."