Sur une idée originale de Gwen, reprise par Enna, la consigne est la suivante : écrire un texte en incluant les titres de ses lectures du mois précédent.

Belle manière d'afficher bilan !Je prends !

Mes titres de janvier : 50 nuances de grey / Les pays / L'atelier des miracles / Boulevard périphérique (pas fini, abandonné) / Certaines n'avaient jamais vu la mer (même sort que le précédent) / Les araignées du soir / 06h41/ Le voisin / Little big bang / Tout seul / Ressusciter. 

Mon texte :

Je n'ai jamais été douée pour trancher entre deux couleurs ni entre deux chemins, deux plats ou deux amants. Alors 50 nuances de grey, vous pensez ?! J'ai opté pour le gris ardoise, puis me suis ravisée, ai pensé au gris souris pour finir par prendre perle.

En même temps, mes invitées ne viennent pas pour la couleur des murs mais pour en remettre dans leurs vies. Elles ont été aspirées par un trou noir dans leur ciel formé par un little big bang personnel. Elles ont enfin réussi à s'en extirper et veulent maintenant pouvoir ancrer leurs deux pieds dans la terre et se tenir à nouveau droite, fière.

Leur train arrive à 06h41. C'est Firmin qui va les chercher, tout seul. Il dit qu'il faut un gars costaud pour porter les valises. Mais les sacs ne sont jamais lourds, ce sont les coeurs qui le sont. Firmin se figure être un envoyé du ciel, un ange dont les ailes peuvent protéger à tout jamais des coups qu'elles ont reçus, mes protégées. Je ne veux pas le contrarier alors je le laisse voler vers elles en premier. 

L'arrière-saison, dans les pays comme le nôtre, est propice à l'apaisement de la plus vive des douleurs. Fini le soleil éclatant de juin qui brûle la peau et empêche de voir l'horizon sans plisser les yeux, le front. La lumière de septembre est douce et enveloppante. Les couleurs deviennent sépias, il est temps de mettre les photos de l'été sous album et de tourner la page. Ressusciter, apprendre à voir les araignées du soir comme un heureux présage, porteuses d'espoir, tisseuses infatiguables. Elle ne se résignent jamais. Et quand chaque matin le petit voisin, Jean Marc, détruit leurs toiles, elles se remettent à leur ouvrage, le coeur joyeux. 

Quand ce nouveau groupe d'éclopées est arrivé, j'ai vu les traits tirés se détendre, les respirations coupées reprendre, l'iris des yeux s'éclaircir jusqu'à redevenir verts, poindre sur les lèvres de discrets sourires, il faut dire que certaines n'avaient jamais vu la mer. Elles ne connaissent que le sac et ressac des voitures sur le boulevard périphérique. Elles vont découvrir ici d'autres marées que la lune gouverne.

Une femme s'est détachée du groupe pour venir me dire tout bas, ses mains tenant les miennes :  "J'ignore si Dieu existe mais votre association, l'atelier des miracles, est une bénédiction".

"Venez, rentrons, j'ai fait du café, vous allez me raconter".