l'atelier des miracles 

En 2009, j'avais lu, aimé, offert et recommandé "Providence". J'avais aimé Big aussi. Je ne pouvais donc pas ne pas lire le dernier roman de Valérie Tong Cuong. 

Après 06h41, je reste dans les questions d'aiguillage avec cette histoire. L'auteure excelle dans l'art de faire croiser les chemins de ses personnages pour leur éviter la catastrophe ou s'en remettre après coup. Une rencontre fait parfois basculer le destin. 

Au début de ce roman, Millie, secrétaire intérimaire, Monsieur Mike, ex militaire et SDF, et Mariette, Professeur d'histoire-géo, touchent tous le fond au point de finir entre les mains de blouses blanches.

C'est Jean qui va les aider à se relever et à remettre un pied devant l'autre. Il est le créateur de l'atelier des miracles et se propose de les y accueillir le temps pour eux de se recontruire avant de reprendre leur envol.

Mais ce bon samaritain est-il animé par les meilleures intentions ? Tend-t-il la main de manière tout à fait altruiste ? Qui est-il vraiment ?

Au fur et à mesure de la lecture, c'est comme si l'on appliquait du dissolvant qui enlève doucement le vernis. Rien de reluisant en dessous, des mensonges, des bassesses commises par maladresse, par calcul, pour se racheter une conscience, se débarrasser de la culpabilité, faire taire la petite voix en soi qui souffle "je suis un râté, je ne vaux rien". 

C'est d'un réalisme parfois désarmant en ce qu'il met au jour nos pires instints, nos mesquineries et nos jalousies, reflets de notre mal de vivre. 

On fonce dans les pire panneaux quand les mots prononcés sont ceux qu'on rêve d'entendre. On est prêt à suivre n'importe quel gourou s'il nous promet le bonheur maintenant et la fin de nos souffrances. Une fois qu'il connait nos failles et nos cicatrices, il lui est facile d'appuyer dessus si l'on entend se soustraire à son emprise. Et si ça peut faire mal, cela sert aussi de tremplin. On avance malgré tout, l'élan vital retrouvé grâce à ce marchepied.

L'humain est une drôle de pâte à modeler. Il est si facile de se perdre de vue et de laisser les autres avoir de l'emprise sur soi.

Mais ce roman nous souffle qu'il est possible de reprendre le contrôle. Nous ne sommes pas des marionnettes.

On peut quitter les lunettes avec lesquelles on regardait la vie jusque là, changer de filtres

Cet histoire n'est pas un énième récit sur la résilience, la seconde chance et la force de la solidarité. Elle met au jour la petite mécanique à l'oeuvre, ses rouages. S'il est important qu'aucune pièce ne manque et qu'aucun point de rouille ne vienne gripper l'ensemble, on s'interroge rarement sur l'intention qui l'anime ...Lorsque l'on tend la main le fait-on seulement pour sauver celui qui s'en saisit ?!

Peut-on vraiment parler de chance, de bonne étoile ? N'est ce pas plutôt l'effet d'un réseau que l'on tisse et dont on sait tirer parti ? 

Un roman qui m'a beaucoup plu vous l'avez compris. N'a pas tant eu l'effet d'un baume apaisant que d'un activateur de particules me faisant réaliser la force des liens crées et notre incapacité à vivre sans. C'est ce qui donne de la couleur aux trames de nos vies. 

Extrait

"Cet homme est plein de bonnes intentions [...] mais incapable de réaliser qu'il ne suffit pas d'identifier un problème pour le résoudre. Il est comme ces psychanalystes qui mettent le doigt sur vos noeuds, appuient très fort puis vous écoutent un demi-heure trois fois par semaine pendant dix minutes à prix d'or, et pourquoi ? Au bout du compte, ces noeuds vous en connaissez chaque fibre, chaque contour, chaque dessin, chaque marque d'usure, mais vous n'en avez pas dénoué un fil, au contraire, vous finissez par en mesurer la solidité, l'irreversibilité et ce constat vous amène à consulter le même psychanalyste les dix années suivantes, imbibée d'antidépresseurs : des mots, toujours des mots".

L'avis de Clara qui est sortie émue de cette lecture et surtout remplie d’espoir. Elle a aimé cette chaine humaine dont tous les maillons sont importants.

A lire sans reprendre son souffle pour Rue 89

Le site de l'auteure qui fait la part belle aux avis de blogueurs(ses).

Allez donc écouter l'interview de l'auteure par Philippe Chauveau sur Web Culture