contretemps

La quatrième de couverture m'avait séduite (et pas seulement au toucher) : elle me promettait le récit d'une rencontre, de la "carambole des coeurs", de la perte des repères. Elle m'annonçait que le tout était découpé en brefs tableaux. De l'épure donc, tout pour me plaire. Et puis le fait que Nathalie Kuperman se soit prêtée au jeu de la réecriture de ce qui fut son premier roman, c'est carrément intéressant.

Ce Marc, ce Paul, peu importe comme on l'appelle c'est le Sam de l'une, le Dom de l'autre, bref, on en a toutes eu un. Des qui vous font trembler en vous embrassant dans les escaliers la première fois, vous rendent fébriles, vous font attendre un regard, un mot, une caresse (et vous laissent sur votre faim), vous rendent jalouse et vous trahissent, vous meutrissent. De ceux qui font parler votre corps : il picote, serre et parfois lâche...De ceux qui vous font tomber le ciel sur la tête quand ils vous quittent froidement pour une autre. Le temps passe. Puis vient un matin où l'on peut mettre à distance, poser les mots sur le papier et là, comme le dit l'auteure, on se sent sauvée.

Bilan en demi-teinte de la lecture ce roman, incapable de dire ce qui m'a gêné. Peut être l'écho qu'il a eu en moi ou le fait que je n'ai pas forcément envie d'envisager les histoires de coeurs dans ce qu'elles ont de plus cruel en ce moment.

Je l'ai donc à la fois aimé et trouvé triste, car une telle histoire racontée avec le recul est décharnée, réduite à l'état de squelette sans chair et sans âme. Cette lucidité pour disséquer les sentiments est sans doute cathartique, thérapeutique pour celle qui écrit car elle permet l'oubli mais elle ôte toute magie. La première version de ce roman était elle plus épaisse, plus dense, écrite à fleur de peau ? Je ne sais pas, mais ici c'est comme si on avait tranché dedans au couteau...