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Dans ce roman, Monica Ali nous emmène au Portugal boire un verre ou deux de caïpirinha à Mamarrosa. Les maisons y sont blanchies à la chaux et la nature fournit bougainvillées, plumbagos, amandiers, chênes-lièges, eucalyptus, orangers, anémones, cystes et saponaires. Dans ce petit village, le café Paraiso est le lieu où défile toute la galerie de personnages crées par Monica Ali. Leur point commun : ils sont venus chercher une vie plus douce dans cette région du Portugal. Douce comme un pastel de nata que l'on dégusterait avec un thé.

C'est Vasco le tenancier de ce café. Il se noie dans la graisse pour oublier sa tristesse et est doté d'une voix qui ne cadre pas avec sa corpulence. Il ne donne pas longtemps à ce café Internet qui vient d'ouvrir et qui brade sa bière. Les gens se lasseront, ils ne viendront pas chercher ce qu'ils ont chez eux, alors que les bonnes répliques de Vasco ne passent pas à la radio ! On vient boire un verre pour les entendre. Il l'anime, lui, son café !

Et voici une famille d'anglais atypiques, les Potts. Ils font jaser les locaux surtout Ruby la fille qui passe son temps à aguicher les hommes. Cela va attirer quelques ennuis à sa mère.

Harry Stanton, le boit-sans-soif, est un écrivain anglais en panne d'inspiration. Son compagnon de boisson, Dieter, ne cesse de clamer que s'ils étaient en Allemagne cela ne se passerait pas comme ça, ce serait mieux.

Sophie, professeur de français et ex dépressive, et son fiancé Huw, passionné par les oiseaux sont anglais aussi et sur le point de se marier. Ils se sont pourtant promis de ne pas aborder ce sujet épineux pendant leurs vacances. Il trotte toutefois dans leurs têtes à tous les deux. Ils n'ont de prise sur rien, c'est la famille de Sophie qui organise tout et fait de l'Eglise un passage obligé. En visitant celles de cette région du Portugal, ils interrogent leur foi et leur amour.

Oh ! et j'ai adoré Eileen, cette anglaise qui se qualifie de gros pudding et dont le mari est un pur cartésien qui travaille dans une usine qui fabrique les petits houx en plastique qui hornent nos buches à Noël. Il a des idées bien arrêtées : L'horoscope: foutaise ! les vacances : une occasion d'emmagasiner des infos nouvelles. Il veut vivre parmi les autochtones pour mieux les comprendre alors qu'il ne le fait même pas avec son fils homosexuel...Eileen se verrait bien vivre à Mamarrosa, seule.

Teresa, est née ici et aide sa tante au magasin. Elle a le don de cerner les gens rien qu'en les observant. Parfois elle préfèrerait ne pas avoir ce sens aiguisé qui lui fait ressentir la souffrance des autres. Elle a un projet secret : partir en Angleterre où elle sera jeune fille au pair pour fuir cette vie au Portugal. Mais avant elle veut vivre sa première fois avec Antonio. Sera-t-elle aussi romantique qu'elle se le figure ? Et sa vie en Angleterre aussi idyllique qu'elle le souhaite ?

Enfin il y a Marco, l'enfant du pays qui revient après avoir réussi, parait-il. Il est attendu comme le Messie et les plus folles rumeurs circulent à son propos. 

Dans ce roman l'alcool coule à flot et les langues se délient, colportent les rumeurs, font naitre les rancoeurs et mettent au jour le malheur. Certains personnages semblent faire un arrêt sur images, ils se demandent s'ils auraient vraiment pu choisir leur vie et font le compte des rêves auxquels ils ont renoncé. D'autres, à un carrefour important, se demandent si la voie sur laquelle ils s'apprêtent à s'engager est la bonne. Ils cherchent tous celle du bonheur. 

Ah l'attrait du pays étranger ! Ceux qui veulent y partir pensent y trouver une vie meilleure, un eldorado. On croit l'herbe plus verte ailleurs mais on oublie que l'on part avec ses casseroles attachées au sac à dos. On ne laisse pas les démons du passé à la frontière.

Ceux qui reviennent au pays alimentent tous les fantasmes, ils ont forcément fait fortune. Et si après tout, la vraie richesse était celle du coeur et l'envie de le faire battre plus fort en vivant pleinement, quel que soit le pays où l'on vit ?!

C'est un roman à lire pour le plaisir des descriptions et pour cette belle philosophie anti remords : quand on a un désir, il faut tout faire pour le réaliser.  

Chapeau à la traductrice Isabelle Maillet !!!

Un grand merci à Blue Grey qui m'a offert ce roman !

Quelques extraits (j'en ai noté tellement !!!) :

"le soleil jouait dans les cimes, disséminant ici et là diamants et émeraudes. La lumière reveillait les violets et les pourpres du champ labouré et ombrait les collines lointaines d'une délicate nuance de nostalgie."

"Quand on a un désir, faut tout mettre en oeuvre pour le réaliser. Vous en voyez beaucoup autour de vous des personnes heureuses, réellement heureuses ? Non vieux, vous n'en voyez pas, parce que les gens sont des fossoyeurs. Ils enterrent leurs désirs, tous leurs putains de désirs."

"La cliente avait continuer à jacasser, parsemant son disours d'intonations tour à tour courroucées, inquiètes et curieuses, de sorte qu'à elle seule elle évoquait un poulailler tout entier"

"la lune presque pleine brillait bas dans le ciel velouté comme si elle avait rebondi sur les toits."