Roman magistralement traduit par Catherine Eyjolfsson.

Quel bijou de délicatesse, de poésie ! Quelle explosion de couleurs, de lumière !

Rosa Candida c'est le nom d'une variété de rose sans épines à 8 pétales dont Arnljotur emporte des boutures avec lui lorsqu'il quitte son île pour le continent , et s'éloigne donc d' un père quasi octogénaire et d'un frère jumeau autiste. Sa mission : s'occuper d'une roseraie à l'abandon que tous ses manuels d'horticulture décrivent comme la plus célèbre du monde.

Pour son cartésien de papa, électricien à la retraite, jardiner n'est pas un métier. Seule sa mère l'aurait compris si elle n'était pas morte dans un accident de voiture car elle et lui partagaient la même passion. Elle réussissait à faire pousser des arbres dans la roche et développait des roses dans une serre devenue son royaume. C'est dans cette serre qu'a été conçu Flora sol, "l'enfant accident" de Arnljotur. Anna et lui ne sont pas un couple, seulement des parents. 

Peu de temps après son départ, la première étape c'est l'hopital où Arnljotur se fait opérer en urgence de l'appendicite. Il a bien cru que sa dernière heure avait sonné. Il a depuis une conscience accrue de son corps et de celui des autres. Il fera le reste du chemin avec une commédienne et fera encore étape chez une vieille amie. 

Arrivée à destination, un village sur un rocher, il découvre le monastère et son jardin au sommet. C'est frère Thomas, moine cinéphile et grand amateur de liqueurs, qui l'accueille et le guide. Loin des siens, Arnljotur met tout son coeur pour faire revivre ce jardin et ne se doute pas que sa vie va prendre un tour inattendu.

Ce roman est touchant, empreint de délicatesse et de poésie. On s'attahce vite à ce jeune homme de 22 ans affecté par la mort de sa mère brandissant à tout bout de champ la photo de sa fille sans bien réaliser ce qu'être père signifie. Cette paternité non souhaitée le trouble tout autant que son obsession pour le corps et la mort. La tournure que vont prendre les évènements va l'obliger à mûrir très vite...

Ce roman est parsemé de fleurs mais également de couleurs, celles des maisons, des vêtements de Josef, le frère jumeau, du ciel, de la lumière, du brouillard, de l'aube. Les chambres sont mauves, les cuisines orange, l'aube est violette, les feuilles carmins, la mousse mordorée et les bottes bleues, un véritable arc en ciel !!!

Elle m'a touché cette famille qui peine à faire le deuil d'une épouse et mère partie trop tôt. Le père, inconsolable, cherche à reproduire ses recettes, le fils à se remémorer les paroles de celle qui est très présente dans leurs coeurs, dans leur vie... Ce papa protecteur, très inquiet pour l'avenir de son fils, peine à comprendre un univers dont il se sent exclus mais qui est heureux d'être grand père.

Ces trois hommes cherchent un nouvel équilibre. Arnljotur part à la recherche de lui même. Le frère Thomas répond à ses questions existentielles de jeune homme par des films. 

Ce roman a des allures de conte initiatique. Récit initiatique parce qu'on chemine aux côtés d'un héros candide, incrédule, qui traverse des épreuves pour grandir. Conte parce que notre héros évolue dans un univers indeterminé (aucune indication de lieu ni de temps) et transmet une leçon de sagesse. 

Un roman à placer dans l'étagère des indispensables !!!

"les hommes passent leur vie à la recherche d'eux mêmes. On ne parvient jamais à un conclusion définitive en ce domaine." page 175

"je n'ai jamais été doué pour prendre des décisions irrévocables au point d'exclure toutes les autres options. En tout cas, pas quand il s'agit de personnes et de sentiments." page 189

Lecture bonheur pour Clara, bonheur de lecture pour Bellesahi, ce roman redonne une fraicheur au conte intitiatique pour Cathulu

Lu dans le cadre d'une lecture commune initiée par Valérie !

Un grand grand merci à ABeille pour ce splendide cadeau !!!