Lu dans le cadre du Grand prix des lectrices Elle 2012. Editions Sabine Wespieser, traduit de l'irlandais par Jacqueline Odin.

La narratrice de ce roman délicat est une fillette dont les parents attendent l'arrivée d'un enième enfant. Trop occupés pour s'occuper de l'aînée, ils la confient à un couple de fermiers, des taiseux.

Elle, dont personne ne se soucie d'habitude dans la nombreuse fratrie, devient fille unique le temps d'un été et fait l'objet de toutes les attentions. Choyée, considérée, elle découvre que les adultes peuvent être capables de tendresse et d'affection.

Pourtant, certains détails l'intriguent et notamment ces vêtements de garçon dont on l'affuble. L'enfant qu'elle est perçoit l'existence d'un douloureux secret.

Mon avis :

Quand je songe à ma lecture de ce roman triste et touchant à la fois, c'est une image évoquant la nature qui me vient à l'esprit : j'ai le sentiment d'avoir assisté à l'éclosion d'une fleur ou d'avoir vu un papillon sortir de sa chrysalide.

Cet été marque la fin de l'innocence de cette fillette. Son récit est fait de suggestions et de silences, aucune révélation fracassante ni de mot plus haut que l'autre. Pourtant une tension palpable nous fait craindre l'existence d'un évènement tragique dans l'histoire de cette famille et la peur qu'il se rejoue...

Mais les jours s'écoulent paisiblement et sont faits de petits bonheurs simples, ceux d'une famille qui vit à la campagne et confectionne tarte et confitures. Alors même si tout est nouveau pour cette fillette, qu'elle ne comprend pas tout ce qui se passe dans ce monde d'adultes, les sentiments grandissent et l'attachement, si necessaire pour oser voler de ses propres ailes, se fait.

Les sentiments de chacun sont évoqués avec retenue et pudeur. Il faut dire que ce trio n'a pas besoin de beaucoup de mots pour se comprendre et s'aimer.

On est heureux qu'ils se soient rencontrés pour se soutenir les uns les autres, sortir de l'ombre et marcher vers la lumière.

"Tu n'es pas toujours obligé de dire quelque chose. Pense que la parole n'est une nécessité en aucune circonstance. Nombre de gens ont beaucoup perdu pour la seule raison qu'ils ont manqué une belle occasion de se taire." page 75

Ce roman est un enchantement pour Clara, Leiloona est bluffée par la narration, fable intemporelle pour Lily , sandrine l'a carrément relu aussitôt terminé (il est possible que la relecture permette de saisir plus de subtilités, oui) et c'est une pépite pour Canel mais comme moi Valérie est restée sur sa faim attendant davantage que de fines suggestions pour rentrer dans l'histoire.

Quant à moi je ne place pas ce roman dans mes coups de coeur ou sur mon étagère à pépites parce qu'à l'ellipse et à l'implicite je préfère l'explicite et ne suis pas adepte de narration minimaliste.