Dans ce roman, ce qui m'a d'abord frappé c'est l'objet livre. Il est magnifique grâce au talent de Lorenzo Mattotti, illustrateur et peintre italien, à une mise en page peu ordinaire et une police agréable. Le lecteur a la chance de se voir offrir un poster en bonus et ça franchement cela m'a charmé. 

Quant à l'histoire en elle même : la quatrième de couverture m'avait donné envie d'ouvrir ce roman. Elle promettait une histoire singulière et intéressante. Promesse tenue même si j'emets quelques bémols.

Récit mené par Jorge Baron Biza, fils d'un couple explosif : son père est Raul Baron Biza, figure de la politique argentine et auteur de romans sulfureux, sa mère est Rosa Clotilde Sabattini, femme engagée et rivale d'Eva Peron. Ces deux fortes têtes ont alterné ruptures et réconciliations et passé la moitié de leur vie en exil. Un jour le père vitriole sa femme sous les yeux de leur fils. Commence alors pour Jorge, 20 ans, et sa mère défigurée, un voyage vers les meilleures cliniques du monde, pour tenter de reconstruire le visage maternel. Il alterne quête de la mère, mémoire du père et perdition dans les bas-fonds délétères des grandes villes. 

Mon avis :

Bilan mitigé pour moi, je salue l'écriture ciselée et imagée, mais j'ai peiné à m'interesser à ce fils qui rejette le modèle paternel tout autant qu'il le fascine et tente d'aider sa mère à se reconstruire tout en se perdant lui même toutes les nuits...

Certains aspects politico historiques m'avaient échappé en cours de lecture mais, ouf, un décryptage est inséré à la fin du roman !

On suit Jorge dans une alternance épuisante : garde malade à l'hôpital le jour et fiesta la nuit. Autant j'ai aimé la lente reconstruction de cette femme défigurée, autant j'ai moins aimé cette autodestruction auquelle se livre Jorge comme pour mieux supporter l'incertitude des traitements infligés à sa mère. Trop sombre...

Un grand merci à Libfly, aux éditions Attila et à la libriarie le furet du Nord, pour cette lecture qui ne restera malheureusement pas dans les annales...

page 257 et 258 :"le visage est fait pour recevoir les autres; tout ce qui reçoit est dans le visage : l'oeil, l'oreille, la bouche, et même la joue qui reçoit les coups. Le visage est là pour que les hommes puissent se connaître à fond entre eux. C'est pour ça que le visage est sacré. [...] il y avait la délation, vous savez ! Tout le monde avait le droit de condamner à mort une poignée d'autres. On trahissait; l'oeil qui un jour te souriait, le lendemain te dénonçait. Comme leur visage changeait, à ces salauds ! Il semblait impossible que ce soit les mêmes gens. Un homme, mais deux visages... Aujourd'hui , tout est différent. Avec la paix, les visages semblent être toujours pareils. Mais je sais qu'il suffit que quelqu'un dans la politique se mette à dire des sottises pour que ces visages redeviennent doubles. "