Chez Claudie Gallay, les femmes qui doivent faire le deuil de leur amour recherchent la solitude et partent loin de chez elle. Dans "les déferlantes" c'était Le Cotentin, ici c'est Venise.

Les éléments s'en mêlent toujours : en Bretagne, une tempête s'était déchaînée, à Venise ce sont les grandes marées de l'hiver. Claudie Gallay est aussi talentueuse pour décrire les embruns de la bretagne que la lagune, la lumière, les ponts, les ruelles et les gondoles de Venise. 

L'art est toujours présent permettant d'exprimer les blessures et de les dépasser : sculpture pour "les déferlantes", peinture et musique dans "seule venise".

Il y a toujours un homme qui fait renaître l'attente du désir et de l'autre chez ces femmes en convalescence qui se demandent comment elles vont pouvoir aimer à nouveau. 

Elles deviennent les confidentes de ceux qui sont empêtrés dans leur passé. Elles les aident à retrouver l'être qui les hante. Elles s'arrachent à leur chagrin en s'intéressant aux autres.

Ici la narratrice a 40 ans. Nous ignorons son prénom. Nous sommes en décembre, chez le discret Luigi, tenancier d'une pension dans le Castello, qui nourrit 18 chats, et attend le retour de sa fille en faisant des maquettes avec des allumettes. 

Notre narratrice joue aux échecs et boit du bon vin avec un artistocrate Russe en fauteuil roulant. Elle lit les pépites littéraires que lui glisse entre les mains Manzoni, un libraire taciturne qui l'initie à la peinture. Elle observe avec nostalgie Valentino et Carla, jeune couple qui en est encore au stade de l'amour fusionnel.

C'est encore un très beau roman que signe là Claudie Gallay. Elle fait le portrait d'une femme qui doit s'accommoder de cette nécessaire douleur qui accompagne toute séparation, qui doit reprendre son souffle et se reconstruire. Les personnes qu'elle rencontre lui permettent de revenir tout doucement à la vie, à l'amitié, à l'amour.