Non justement le bonheur n'attend pas. Il n'est donc pas question de le laisser filer, de le laisser se faire doubler par le malheur et s'il attend sur un banc, il faut le saisir même si le banc semble loin. 

Et ça les plumes québecoises sont assez douées pour nous le rappeler : Ce n'est pas parce que nous avons un passé chargé et que la valise semble lourde à porter, que nous sommes interdits de bonheur.

Boris Cyrulnik nous parlerait de résilience. Oui, on peut rebondir après les plus grandes tragédies, oui.

Parce que la vie continue. Et quand des livres nous le clament haut et fort et bien il faut les lire parce que ça fait du bien !

C'est une grande tragédie - une tuerie dans une grande école - qui mène à la petite : le suicide de Vincent qui se sentait coupable de s'être enfui et d'avoir échappé au massacre. Peu de temps avant de se donner la mort, il avait conseillé à son papa d'acheter un immeuble dans Montréal qu'ils retaperaient ensemble.

C'est tout seul que Philippe, son père, a rénové l'immeuble comme pour anesthésier la douleur. Cela n'empêche pas son cerveau d'être hanté par Vincent. En réalité il est dans toutes les têtes des locataires de cet immeuble.

Il y a Philippe et Roxane les parents de Vincent; Emile, son meilleur ami, et sa demi soeur Charlotte violoniste talentueuse; Mme Edouard bien plus heureuse depuis le décès de son mari mais perturbée par la disparition de Gitane, son chat noir; Jeanne et son petit ami Nicolas, thésard en histoire médiévale, Pierre qui noie son chagrin (sa femme Marie est parti) dans l'alcool au grand dam de sa fille Julie, Rodolphe le chauffeur de taxi Haïtien et M. et Mme Nguyen deux vietnamiens qui tiennent le dépanneur en bas de la rue (une petite supérette).

On suit la vie de tous ces habitants, partageant avec eux leurs joies et leurs peines. Ils se croisent s'épaulent, s'entraident. C'est un roman qui met du baume au coeur comme "ensemble c'est tout" d'Anna Gavalda, une espèce de réunion d'éclopés de la vie qui essayent de retrouver le chemin du bonheur. C'est loin d'être tout rose, les coups durs de la vie laissent de douloureuses cicatrices mais oui, malgré tout, ce livre nous dit que l'on peut retrouver une certaine légèreté et s'autoriser le bonheur. 

page 89 " l'immeuble des Larrivée était un phare, un refuge. Chacun y amenait ses deuils, ses manques, ses peines, ses douleurs, ses tristesses et ses secrets. c'était une maison compréhensive et tolérante. pleine de bonté et de bienveillance"

Ce que j'ai aimé c'est la chaleur humaine qui se dégage de ces habitants. Il y en a toujours un prêt à dégainer le thermos de café pour réchauffer les corps et les âmes. Une belle humanité alors que chacun pourrait se terrer dans son appartement sourds aux malheurs des autres. C'est la politique de la main tendue parce que l'on est suffisamment seul avec sa peine et que c'est bon d'en parler et puis parce qu'il faut tourner la page. La vie peut être courte, le destin nous jouer de sacrés tours alors on ne peut pas perdre son temps à pleurer, paralysé par la tristesse. Alors oui quand l'idéal s'effondre, on doute de tout mais il faut avancer malgré tout car les petits bonheurs de la vie attendent d'être cueillis à chaque coin de rue.

Il est également beaucoup question de culpabilité dans ce roman : culpabilité de ne pas avoir vu la souffrance, d'être vivant (pourquoi eux et pas moi ? ) de ne pas avoir pu éviter le pire.

Comme lalou j'ai lu quasi d'une traite ce roman tant je me suis attachée à ces personnages dont on partage le quotidien, les angoisses et les rêves! !Le bonheur est assis sur un banc et il attend On ne sombre jamais dans le pathos, ni dans la mièvrerie. Il semble parfois loin le banc sur lequel le bonheur attend.

En fait ce roman, c'est la vie, juste la vie. 

Allez lire l'excellent billet de Danielle Laurin qui craignait un mauvais remake québecois d'"ensemble c'est tout" d'Anna Gavalda et qui a été agréablement surprise par un vrai bon roman vivant écrit par une merveilleuse conteuse.  

Pour Lalou : "Ce livre est bouleversant, dans tous les sens du termes, émouvant, revigorant, charmant…

Pour Pierrette Boivin ce roman est la "La célébration de l'amitié, du partage et de la solidarité"

bob_part un grand grand merci à BOB et aux éditions Pocket pour cette belle découverte !!!!

Foncez l'acheter vous ne le regretterez pas (environ 6 euros)!

"Le bonheur est assis sur un banc et il attend" de Janik Tremblay est publié aux éditions Pocket. 251 pages.