labroJ'ai lu d'une traite ce roman dans lequel Philippe Labro décrit comment lui, l'homme qui avait tout pour être heureux, a pu sombrer un beau jour dans une dépression nerveuse lui rongeant le ventre et lui faisant perdre toute estime de lui. 

La dépression, cette douleur psychique, est, parait-il, la pire des douleurs qui soit, pire même que la plus grande des douleurs physiques. Elle touche une personne sur cinq. Nul n'est à l'abri.

Elle arrive sans prévenir, sans crier gare. Elle s'infiltre insidieusement. Un matin on sent que quelque chose a changé sans savoir quoi et comment être autrement. Tout perd sens, rien ne vaut la peine, le doute s'installe et ouvre la voie à toutes les inquiétudes, les faiblesses, les contradictions. On regarde des photos de soi prises à un moment où nous étions heureux et on se demande à quoi riment ces images, quelle est cette vie affichée et dans laquelle on ne se reconnaît pas.

L'entourage ne vous reconnait plus. Vous êtes devenus un étranger, irascible, intolérant, qui a perdu tout désir, incapable d'un geste de tendresse, d'un seul regard chaleureux ou complice. Vous êtes devenu un personne que rien n'intéresse, ni n'amuse, dont rien n'avive la curiosité, l'appétit, tout vous irrite, tout vous froisse. Vous avez perdu l'étincelle dans vos yeux, cette "petite paillette de gaieté"... 

Les psys vous semblent inutiles : vous êtes plus intelligent qu'eux, tout ce qu'ils vous disent sur vous, vous le savez déjà. Pourtant vous vous dévalorisez sans cesse "quel con je fais !" et vous avez le sentiment que tout le monde vous pense foutu et voit le malaise écrit sur votre visage.

Les médicaments que l'on vous a prescrits provoquent des effets indésirables tels qu'ils vous font douter d'une possible guérison.

Vous pensez vous en sortir tout seul. Vous ne voyez pas vos proches qui se démènent pour vous aider (alors qu'ils sont perdus face à cette maladie), vous êtes emmurés dans votre douleur que vous ne comprenez pas puisque vous avez, objectivement, tout pour être heureux...Vous culpabilisez de faire du mal à vos proches...mais vous n'y pouvez rien...c'est plus fort que vous. Cela vous dépasse. 

Et puis peu à peu, vous vous sentez moins mal que la veille, et vous remontez doucement à la surface. 

Que cette maladie vous ait touché (vous, vos proches) ou non , ce roman vaut le détour en ce qu'il évoque sans fard et sans concession la dépression. Le ton est juste. Tantôt extérieur à lui, tantôt dans l'introspection, Philippe Labro en se livrant nous fait toucher du doigt cette maladie complexe.

Pour lui, la douleur se situe dans le ventre , ça tourne comme une centrifugeuse, comme une vrille, comme une bétonnière qui broie sable et chaux pour en faire du ciment. Il s'accroche au travail comme à une bouée de sauvetage.

Philippe Labro dit l'importance des proches qui doivent trouver la juste distance pour aider sans sombrer eux mêmes, le regard des autres sur cette maladie (être dépressif est connoté négativement dans une société où l'on se doit d'être toujours performant et c'est une maladie que l'on peine à comprendre quand on ne l'a pas vécu), il dit la patience dont il faut faire preuve avant d'apercevoir enfin le bout du tunnel.

Il évoque la dégradation de l'image et de l'estime de soi, la perte du désir, les antidépresseurs et leurs séquelles. Il évoque l'origine du mal, si différente selon l'histoire de chacun et la présence d'un évènement déclencheur qui réveille les démons du passé.

Mais surtout il affirme haut et fort : oui on peut s'en sortir !!!! à force de patience, de compréhension et d'amour. Oui il y a un moment où l'on voit le bout du tunnel, où l'on aime à nouveau la vie et ses petits plaisirs.

On rebondit immanquablement grâce aux ressorts que l'on a en nous...

Pour Jérôme Vermeulen, psychologue ce roman est à lire absolument pour le message d'espoir qu'il contient, témoignage poignant pour Miss RoseCacahuète a aimé ce récit juste.

Extrait "Le corps a une mémoire, votre psyché aussi. Quand le pan d'une falaise s'écroule soudain dans la mer, tout le monde sait bien que ce n'est pas une fêlure spontanée et immédiate qui a provoqué cette chute. Il y a déjà très longtemps que les fissures et les craquements souterrains avaient commencé leur invisible travail de sape." 

«  Il y avait ce vide total, cette perte de toute perspective, toute projection dans l’immédiat, il y avait une peur absolue de tout et l’aveuglante certitude d’une absence de solution. Aucune pensée construite, aucune capacité de réfléchir à ce qui était en train de m’arriver. »