17 octobre 2009
"la rêveuse d'Ostende" d'Eric-Emmanuel Schmitt
Ayant adoré le recueil de nouvelles "odette toulemonde et autres histoires", je n'ai pas hésité lorsque j'ai vu "la rêveuse d'Ostende" sur les étagères de ma bibliothèque ! Je l'ai emprunté. Et une fois ouvert, je l'ai dévoré à très grande vitesse !!
Je suis encore une fois enthousiaste mais je me rend compte, en allant chercher d'autres avis de lecteurs sur internet, que les lecteurs qui ont aimé ce livre ne sont pas très nombreux. Je trouve les critiques émises assez dures même si je peux comprendre que l'on n'accroche pas au style de cet auteur.
Pour ma part, c'est un coup de coeur.
5 histoires ayant un thème commun : l'imagination et son pouvoir dans nos vies.
Notre imagination nous joue parfois des tours. C'est le cas dans les histoires "crime parfait" et "les mauvaises lectures". Dans le premier récit, "crime parfait", une femme pousse son mari dans le vide lors d'une randonnée. Personne ne peut pourtant y croire. Le couple qu'elle formait avec son mari était tellement parfait...et pourtant. Dans le second récit,un homme se targue de ne pas lire de romans car il n'aime pas la part d'invention qu'ils contiennent. A l'occasion de vacances en Ardèche avec sa cousine, il va se laisser aller à la lecture d'un polar. Cela va influencer fortement sa perception des choses et lui faire imaginer le pire...
Dans le récit qui donne son titre au livre, un homme se réfugie à Ostende, ville endormie face à la Mer du Nord, pour se guérir d'une rupture. Sa logeuse mystérieuse finit par se livrer et raconter sa vie à son invité. Une vie bien terne et sans homme, selon sa nièce. Alors, la belle histoire d'amour qu'elle lui conte sort elle tout droit de son imagination ou bien l'a t'elle vraiment vécue ?
Dans "la guérison", une infirmière qui se trouve moche a l'impression de rêver : un patient lui dit qu'elle est jolie. Le patient en question est devenu aveugle et est enivré par l'odeur de la jeune femme qui va peu à peu retrouver confiance et jouer de son pouvoir de séduction.
Dans "la femme au bouquet", tous les jours, à la gare de Berlin, une femme, un bouquet à la main, semble attendre quelqu'un. Personne ne la rejoint. Tout ceux qui la croisent imaginent une raison à sa présence ici. Quelle version est la bonne ?
A noter de jolis passages : "La mer du Nord avait des couleurs d'huître, du vert-brun des vagues au blanc nacré de l'écume ; ces teintes altérées aux nuances précieuses, alambiquées, me reposaient de mes éclatants souvenirs de Méditeranée, bleu pur et sable jaune, d'un chromatisme vif aussi primaire qu'un dessin d'enfant. »
"En voyage, les noms m'attirent avant les lieux. Dressés plus haut que les clochers, les mots carillonnent à distance, distincts à des milliers de kilomètres, envoyant les sons qui déclenchent les images. Consonnes et voyelles dessinent un plan, dressent des murs, précisent une atmosphère. Quand la bourgade porte le patronyme d'un saint, ma fantaisie le construit autour d'une église; dès que son vocable évoque la forêt - Boisfort- ou les champs- Champigny- le vert envahit les ruelles; s'il signale un matériau - pierrefonds- mon esprit gratte les crépis pour exalter les pierres; évoque-t-il un prodige -Dieulefit- je conçois une cité posée sur un piton escarpé, dominant la campagne. Lorsque j'approche une ville, j'ai d'abord rendez vous avec un nom." page 10.
Bernard n'a pas été emballé par ce recueil d'histoires ordinaires, Vincent est mitigé, histoires convenues, prévisibles , faciles pour laurence. Mais alors, suis-je la seule a avoir adoré ? Non, sachaguitry a trouvé c'était un régal !!!
Commentaires
Je n'ai lu aucun livre de cet auteur, mais il est vrai que Odette Toutlemonde et autres histoires me tentait énormément et ce livre-ci me semble tout aussi intéressant. Qu'importe les autres critiques je le met dans ma LAL :)
@geishanellie : je vais essayer de lire oscar et la dame rose du même auteur.
J'aime l'auteur donc je le lirai ;)
@stephie : ah bein voilà il n'ya pas que des gens qui descendent cet auteur ! ça fait du bien à entendre !
J'ai bien aimé ce que j'ai lu de Schmitt à date mais je n'ai pas encore tenté le coup avec les nouvelles... peut-être, donc!
Magnifique livre !
Un de mes préférés chez M. Schmitt.
@karine et angel : ah contente de voir qu'il y a d'autres personnes qui l'apprécient !!
A OSTENDE
A Ostende l'onde est un songe, la lumière une vague, l'écume une bière âcre.
Là-bas les mouettes se lamentent et les hommes ont l'âme lourde, ce qui est hautement réjouissant car à Ostende tout ce qui gémit est béni.
On vient à Ostende non pour y mourir mais pour voir mourir : dans cette ville en perpétuel automne la mélancolie est un spectacle intime. Les nuées y sont sombres, les âmes brumeuses, les flots lumineux.
A Ostende au casino face à la mer on joue, on perd, on pleure : on est heureux.
Dans cette capitale de la nostalgie l'amour est lunaire, la mort intermédiaire, la vie un interminable regret.
L'existence y est pâle, sereine, quasi funèbre. C'est la chose la plus délicieuse d'Ostende.
A Ostende il y a plein de vieilles en rouge à lèvres qui traînent leurs secrets d'amour glorieux et désuets : dans la ville flamande une tendre poussière recouvre les coeurs séniles.
Ostende est une ville égarée entre la mer et les étoiles, figée dans un siècle de naphtaline.
Raphaël Zacharie de IZARRA