papa"Où on va papa?" de Jean Louis Fournier. 155 pages. Récompensé par le prix femina 2008.

Jean Louis Fournier n'a jamais parlé de ses deux enfants handicapés. Un mélange de honte et de peur qu'on le plaigne l'en empêchait. Il leur a écrit un livre pour qu'on ne les oublie pas mais aussi pour dire ses remords et sa tristesse. Il parle de ses deux enfants avec beaucoup d'humour, seule façon pour lui de garder la tête hors de l'eau. Un humour noir qui n'est pas du goût de tout le monde. Essayez donc de rire du handicap en public et vous déclencherez des réactions outrées. Jean Louis Fournier m'a fait franchement rire parfois. C'est un livre tout à la fois drôle et poignant.

Il évoque tout ce que ses petits oiseaux ne seront et ne feront jamais, ce qu'il ne partagera pas avec eux. Il se demande bien ce qu'il a fait pour avoir de tels enfants. Il ose dire combien il a parfois du mal à les supporter et évoque les voeux de mort qu'il formule parfois. Il ose dire tout haut ce que d'autres pensent tout bas. C'est courageux.

Un seul bémol, je trouve : la fin de ce livre. J'ai tourné la page, ne pouvant me résoudre à ce que soit la fin, cette fin si triste et résignée...alors qu'il paraît se battre avec ses propres armes (dont l'humour) tout au long du roman. Mais je comprends que ce livre est aussi le constat d'un grand gâchis. Une sorte d' injustice devant laquelle parfois les bras lui tombent... Cette impuissance à changer la situation lui pèse.

Je conseille vivement cette lecture. Ma note : 9/10. J'ai noté tout un tas de phrases sur mon carnet, je vous en livre un peu.

"Quand je pense à Mathieu et Thomas, je vois deux petits oiseaux ébouriffés [...] il ne leur manque que les ailes. Dommage, ils auraient pu quitter un monde qui n'était pas fait pour eux." page 97.

"Où on va papa? On va prendre l'autoroute à contresens. On va en Alaska. On va caresser les ours. On se fera dévorer. On va aux champignons, on va cueillir des amanites phalloïdes et on fera une bonne omelette. On va à la piscine. On va plonger depuis le grand plongeoir dans le bassin où il n'y a pas d'eau. On va aller à la mer. On va au Mont St Michel. On ira se promener dans les sables mouvants. On va s'enliser. On ira en enfer." page 10